La boîte de Pandore.

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Arabi fora tagué à l’encre bleue sur un mur. «Les Arabes dehors!»…Des propos racistes éructés le jour de Noël dans l’île de beauté par des excités qui prétendaient profiter d’une manifestation pour nettoyer un quartier populaire d’Ajaccio. Il y avait bien longtemps que nous n’avions pas entendu le refrain obscène de la fin des années soixante-dix.
D’autant plus que certains scandaient même «il faut les tuer!» sans que nous sachions s’ils ciblaient les délinquants agresseurs de pompiers (incident scandaleux à l’origine de la manifestation) ou les habitants du quartier d’origine marocaine. Un salle de prière faisant office de mosquée fut saccagée et des Corans brûlés. Le discours de ces enragés a le mérite d’être clair: le mot «Arabe» a bien été employé. La timidité langagière qui prévaut dans la période actuelle vole en éclat. Oui, c’est bien la frisure de l’Arabe qui est visée, qu’il soit athée ou croyant, musulman ou même chrétien. L’islam n’a pas de couleur de peau, mais l’Arabe comme le Noir en ont une. Ce tatouage indélébile rend suspect des habitants pourtant intégrés depuis quarante ans. La victoire des Nationalistes Corses aux élections régionales a sans doute libéré une parole raciste qui n’a pu se contenir, immédiatement traduite en actes. Certains s’empressent de stigmatiser le caractère insulaire et sanguin, si j’ose dire, des Corses. Il est intolérable d’affirmer ce préjugé, lui aussi raciste, à l’encontre d’une population. Qui peut dire aujourd’hui ce qu’aurait pu provoquer sur le continent la prise de la présidence d’une région par le Front national? Ce parti parle sans cesse des Français d’origine étrangère comme d’une cinquième colonne. Les frontistes applaudissent des deux mains la proposition de déchéance de nationalité pour les bi-nationaux en cas de terrorisme, dont la définition est bien fragile. Cette mesure, déjà utilisée sous le régime de Vichy, comporte un risque majeur. C’est une véritable boîte de Pandore qui ne place plus les citoyens sur un pied d’égalité et donc accrédite en quelque sorte l’idée d’un péril étranger. Le mandat présidentiel inauguré par la promesse non tenue du droit de vote pour les étrangers aux élections locales devra-t-il se refermer sur la déchéance de nationalité?

http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/12/29/il-y-a-t-il-plus-de-racisme-en-corse-qu-ailleurs-en-france_4838911_3224.html

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