Blog à part.

La part du diable … ou la bouteille à l’encre

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Côtoyer un blogueur n’est pas une sinécure. Il faut prendre en considération la part frictionnelle qui ne manque pas de se glisser dans son travail d’écriture. À moins que ce ne soit un être futile qui expose à qui veut bien s’y intéresser, ses frasques, sa vie privée, ses activités festives, sa famille et ses enfants, l’écriveur de la toile a d’autres prétentions qui ne sont pas sans risque.

S’il se prend de la prétention d’écrire chaque jour, de mettre en mots des sujets qui, peu ou prou, le concernent de près, il touche alors au risque de l’indiscrétion, de la maladresse ou, pire encore, de l’indélicatesse. C’est d’ailleurs pour cela qu’il dissimule les noms, qu’il reste flou, qu’il s’inspire, plus qu’il ne la dépeint, d’une réalité précise.

Le blog est un acte littéraire. Qu’importe qu’il ne s’inscrive pas dans le marbre de l’édition. La chose demeure écrite ; elle laisse des traces qui peuvent blesser, toucher ou bien dévoiler. Ce n’est pas pour autant qu’il lui faut renoncer à cette pratique qui s’émancipe du réel pour aller bien vite sur les chemins de la fiction. L’écriture prend le pas sur le reportage ou bien l’essai. Elle impose sa logique et sa propre vérité.

Le blogueur se laisse entraîner par les expressions, le rythme de son écrit. En s’imposant cet exercice périlleux, il peut naturellement blesser ceux qui croient se reconnaître dans un billet. Il en va souvent ainsi pour les romanciers qui font du substrat de la vie quotidienne, la matière première de leur récit. La fiction pure est une illusion : il y a toujours des clefs, des indices, des portraits qui surgissent en filigrane.

Sont-ils une représentation fidèle ? C’est impossible. Même le reportage, le plus précis soit-il, impose le prisme d’un point de vue, propose une interprétation qui échappe à la restitution exacte. La subjectivité est inévitable ; elle l’est plus encore quand la volonté de brouiller les pistes se conjugue avec le désir de produire un texte cohérent, distrayant ou édifiant.

Vivre à côté d’un blogueur compulsif c’est accepter la part des anges : cette évaporation de la vérité dans les vapeurs de l’écriture. Si vous n’acceptez pas ce risque, il est préférable de ne pas venir lire ce pauvre fou qui se prend pour un écrivain, de le renforcer par cette illusion en lui accordant temps et protestations. L’indifférence sera le plus sûr moyen de le renvoyer dans le vide qui est son domaine de prédilection.

Si vous avez un peu d’humour, si vous êtes capable de distance, si vous savez faire la part du diable, alors, faites-lui donc l’aumône de quelques lectures. C’est le moteur de sa déraison. Vous évitez de le flatter ; il ne faut pas trop en faire. Son ego doit se passer de compliments, il n’y survivrait pas.

Si par extraordinaire, vous souhaitez le mettre en pièce, le porter sur le bûcher pour un billet qui vous serait resté en travers de la gorge, évitez le ridicule de vous attaquer à un moulin à vent. Prenez donc la peine de le juger sur pièces, d’examiner le tout et non la pauvre pièce à charge qui vous met en émoi. Et surtout, pensez qu’en lui faisant grande publicité par votre vindicte, vous renforcez cet orgueil démesuré qui n’en avait pas besoin.

Continuez donc de l’ignorer. Vous l’aviez si bien fait jusqu’alors. Blog à part, il ne vaut pas votre colère : il ne vaut rien qui vaille et c’est justement ainsi qu’il se présente dans cet espace virtuel si peu tangible. Ne donnez pas corps à ce qui n’est que vent et illusion. Oubliez-le et fermez l’écran de ce pitoyable épisode. D’ailleurs le pleutre bat en retraite devant vos cris d’orfraie. Vous avez gagné la bataille ; il s’en va la queue basse et la mine déconfite, la plume terne et le bec cloué.

Vous vouliez une victoire facile : il vous l’offre. Les mots ne sont rien au regard des maux ! Dans ce domaine, vous êtes des spécialistes incontestables tandis qu’il n’est qu’un pauvre amuseur tristement dérisoire. Tout ceci n’était que blague de potache, pastiche de blogueur, pirouette de girouette et grimace d’épouvantail en mal de reconnaissance. Fermez le ban et tirez donc un trait fatal sur ce triste sire.

Fictionnellement vôtre.

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Bonimenteur de Loire
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