L’exemple vient d’en haut

Les marchands du temple !

Il était une fois, il y a bien longtemps de cela, un fils de charpentier qui allait sur les chemins, porteur d’une belle parole. L’homme aimait à se baigner dans une rivière, il y puisait sa force vitale et ce souffle qui fit, plus tard, sa réputation. L’eau était sa source de jouvence, sa force et son baptême. On dirait de lui, bien après qu’il ne fut plus sur terre, qu’il bénéficiait d’une inspiration divine …

 

L’homme aimait à raconter des histoires : de petites fables courtes et imagées, pour édifier le bon peuple qu’il espérait rallier à ses rêves de gloire éternelle. Au début, ses paraboles ne trouvaient nul écho parmi ses semblables. La métaphore n’est pas chose facile à comprendre, hier comme aujourd’hui. Les auditeurs aiment le rationnel, les discours simplistes, les formules faciles et souvent trompeuses et les promesses illusoires. C’est sans doute ce qui fit le succès des politiciens en toutes époques.

Les conteurs sont bien plus exigeants : ils veulent transporter ceux qui prennent la peine de les écouter dans un autre monde, un espace imaginaire, une contrée merveilleuse où le rêve et l’amour du prochain supplantent toutes les vaines querelles et les mauvaises actions. Mais la tâche est rude, le chemin épineux et les revers sont plus nombreux que les succès. Voilà une activité où chacun porte sa croix plus sûrement que sa voix !

Notre homme, abandonna bien vite les rives de son Jourdain pour se réfugier dans la solitude de la nature. Ne trouvant personne qui voulait vraiment l’écouter, il préféra prêcher dans le désert. Seuls les grains de sable écoutèrent ses belles histoires jusqu’à ce qu’enfin le vent porte ses paraboles auprès de pêcheurs qui le suivirent pour remplir leurs filets d’auditeurs attentifs.

La suite de l’histoire tourna vinaigre. Il ne fait pas bon être entendu quand on sème l’amour et la fraternité, qu’on chasse les marchands du temple et qu’on protège les filles de la Venelle à quatre sous. C’est sans doute cette Marie Madeleine qui provoqua sa perte à moins que ce fut son goût immodéré pour le vin qui multiplia ses ennuis.

Alors que notre héros avait désormais un public fidèle et attentif, qu’il enthousiasmait ses amis lorsqu’il montait sur la scène, un jaloux provoqua sa perte et sa déchéance. Il fut cloué au pilori. Ironie de l’histoire c’est le long d’une poutre et d’un chevron que le fils du charpentier poussa son dernier soupir. L’histoire était si belle que sa renommée ne se démentit plus jamais et que ses épitres traversèrent tous les continents.

Il était une autre fois, un collègue à lui, pareillement fils d’artisan qui, voulant le singer, vint tendre ses filets dans un super-marché. À défaut de disciples pour porter sa parole, il se fit accompagner de condisciples, des amis musiciens qui poussaient la chansonnette pour attirer le chaland. Mais si, au bord du Jourdain, le quidam finit par écouter le diseur d’histoires, en bord de Loire, il en va différemment.

Notre conteur eut beau s’escrimer, improviser de belles histoires, haranguer la foule acheteuse, enchanter l’espace culturel de cet Hyper-marché, ses paroles se perdaient dans le désert de l’indifférence des adorateurs du temple marchand. Pire même, les fidèles du dieu consumériste, poussaient leurs chariots et n’accordaient pas un regard à ce pauvre fou, allant pieds nus dans l’opulence qui l’entourait.

Il en venait à regretter le désert de son cher collègue. Au moins en ce lieu sauvage et vide, Jésus avait l’espoir d’ être entendu un jour. Ici, le Nabum, amplifié par des moyens techniques bien inutiles, se savait entendu sans pour autant être le moins du monde écouté. Quelle misère, quelle tristesse ! À l’instar du conteur céleste, il mangeait son pain noir sans avoir la moindre goutte de vin à se mettre dans le gosier.

En désespoir de cause, il se mit à imiter le grand homme. Tel le conteur de Nazareth il fit grande provocation à la foule mécréante. Il parla de celui qui prêchait dans le désert, qui chassa les marchands du temple, qui décréta un nouveau royaume. Il menaça de l’enfer ceux qui aujourd’hui cédaient aux tentations de Satan, à la fièvre acheteuse, à l’indifférence pour les paroles de sagesse et au mépris pour celui qui se présente en habit de pauvreté devant eux.

Le silence seul lui fit écho. Sa parabole était tombée à l’eau. Triste résultat pour un Bonimenteur de Loire. Comparaison n’est pas raison, il espérait toucher les brebis égarées, prendre dans ses filets quelques curieux qui auraient pris la peine de feuilleter ses bréviaires. Au lieu de quoi, à l’instar de son glorieux devancier, il fut trahi par l’un des siens qui, pour trente pièces d’argent, le livra aux vigiles.

Lui n’était qu’un humble fils de bourrelier ; il n’eut ni couronne d’épines ni clous dans les mains. Les hommes de main du préfet Pilate se contentèrent de le museler pour le faire taire et le chassèrent de ce Temple triomphant des marchands. L’histoire se terminait par un pied de nez de l’histoire ; elle tournait à la farce et à la plus totale humiliation pour le pauvre Nabum. L’hyper-marché avait été sourd à ses Bonimenteries du Val d’Or.

Paraboliquement sien

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A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
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