Explosion en plein vol

Les communiants du petit matin

L’inénarrable marine de Loire avec ses entourloupes, ses coups fourrés et ses gueules de bois a encore frappé un grand coup. Une espièglerie de plus pour les uns, un Trafalgar financier pour les autres et surtout une belle histoire qui en ferait rire plus d’un s’il n’était contribuable orléanais. La roue tourne mais rarement dans l’eau : telle est la devise de ce cher numéro 22, le plus onéreux de la flotte locale.

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Je devine à vos mines circonspectes que vous ne comprenez pas grand chose à ces salmigondis. Rassurez-vous, moi non plus. L’affaire est si peu claire que, pour rester à flot dans mon discours, je me garderai bien de vous informer des tenants et des aboutissants de cette sombre affaire. La ligne de flottaison n’ayant, semble-t-il, aucune relation avec la transparence habituellement dévolue aux dépenses publiques.

Mais, je ne vais pas enfoncer le bouchon plus loin. Je me dois à un peu de clarté à l’aube de la nouvelle erre de notre inexplosible numéro 22, réplique approximative et beaucoup moins esthétique que les glorieux bateaux à vapeur qui firent la gloire de la marine de Loire durant une petite quarantaine d’années avant que le chemin de fer ne mette définitivement à la raison les ultimes soubresauts des mariniers.

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Un bateau à aubes donc, fut commandé par l’agglomération pour satisfaire à la reconquête de la Loire menée tambour battant et Festival au vent par notre bonne ville. Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier n’est pas pratique, c’est critiquable surtout lorsqu’on répartit les dépenses sans disperser la jouissance du bien. Après tout, les petites communes n’avaient qu’à ne pas se laisser mener en bateau …

L’achat d’importance réalisé, le pas si élégant bateau vint traîner sa misère sur les quais d’Orléans, nouvellement repavés et libérés des automobiles. Il fut loué, bon prix, à un restaurateur qui pensait faire de ce bicycle nautique, une table réputée sur la place orléanaise. Hélas, si table il y avait, de cuisine nenni. La chose avait sans doute échappé aux concepteurs de ce chef-d’œuvre de l’entourloupe : les fourneaux sont indispensables même quand on se spécialise dans la cuisine à vapeur !

Le premier entrepreneur but le bouillon. Il était assez naturel que la chose arrivât quand on connaît les variations de notre Loire que d’aucuns prétendent capricieuse. Un nouveau restaurateur se dit que son prédécesseur avait certainement mal pensé l’affaire, que lui était plus malin que ce dernier et qu’il n’y avait pas de raison de faire bouillir la marmite à condition de la laisser à terre. Voilà qui était ambitieux et s’avéra tout aussi catastrophique.

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Une seconde faillite, car voyez-vous, le prix de la location du merveilleux rafiot constituait à lui seul, une fort bonne raison au naufrage financier. C’est dans la nature d’une institution territoriale de pousser les entrepreneurs dans les affres des dettes et des difficultés comptables ; c’est du moins ainsi qu’on voit les choses par chez nous. Si les perspectives de succès sont vagues, la location plombe les audacieux et coule leurs espoirs.

L’inexplosible traînait sa misère et restait fermé. Il fallait faire quelque chose : le Festival de Loire approchant, il aurait fait tache dans l’état où il était. On changea le fusil d’épaule en haut lieu pour ce restaurant ; on en fit un bar à champagne : belle désignation pour une flûte berrichonne qui servirait uniquement à faire mousser la bourgeoisie locale.

Le bar à bulles fut ouvert juste à temps pour la grande fête. Il but le bouillon jusqu’à la lie comme les précédents mais l’essentiel avait été obtenu. Il avait fait illusion le temps de la grande kermesse. Qu’importe, une fois encore, si un valeureux commerçant s’était brisé les reins dans la farce. La politique ne fait pas de cadeau, vogue la galère !

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Une fois de plus, le bateau explosa en plein vol. Il fut à nouveau fermé. Triste spectacle que ce bateau censé servir de symbole de l’attachement de la ville à son fleuve : attachement d’ailleurs porté à son comble pour un bateau susceptible de naviguer mais prisonnier entre les deux ponts distants d’un peu plus d’un kilomètre.

Heureusement, le ridicule ne tue pas et l’instigateur de ce naufrage pouvait parader avec son joli chapeau de marinier, toute honte bue mais jamais assumée. Pour se sortir de cette affaire en eaux troubles enfin, le président de l’agglomération a baissé pavillon devant l’initiateur en sous-main du projet initial. C’est désormais la ville qui sera propriétaire de l’Arlésienne locale pour la modique somme d’un euro ; charge au budget de l’agglomération de financer la remise en état du monstre immobile.

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Avoir le beurre et l’argent du beurre : la manœuvre est habile et, en vieux loup de rivière, notre maire, a remarquablement tiré son épingle du jeu. L’inexplosible numéro 22 sera opérationnel pour le prochain festival et un nouveau futur débiteur va ouvrir un autre bar à champagne. Ici, on municipalise les dépenses et on privatise les risques : c’est de la navigation hauturière sans doute !

Lors du Festival de Loire, le gratin ira communier sur le joli pédalo à moteur. Les spectateurs envieux, les gueux restés à terre, verront, une fois par jour, évoluer la réplique sismique, faire quelques ronds dans l’eau. J’espère qu’ils apprécieront ces merveilleux instants, d’autant qu’ils ont plusieurs fois craché au bassinet pour maintenir à flot le rafiot à aubes.

La vapeur n’attend pas le nombre des années. De faillite en faillite, la cocotte-minute finira-t-elle par exploser au visage de ceux qui se sont mouillés dans une affaire des plus discutables ? Comme il n’est pas permis ici d’émettre des réserves, il est préférable de tourner en dérision ce qui d’ailleurs n’est qu’une farce. La coupe est pleine ; un jour ou l’autre, le bouchon finira par sauter ! L’inexplosible est risible, c’est là sa principale qualité !

Champagnement leur.

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Bonimenteur de Loire
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