Le labyrinthe de tous nos silences.

Du film à notre passé.

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L’ami Fatizo et ses chroniques cinéma m’avaient donné envie de voir le film allemand : « Le labyrinthe du silence ». Le sujet difficile ne m’a pas effrayé, bien au contraire ; j’ai pris le contre-pied de la fête locale pour, malgré le défilé johannique, me rendre au cinéma. L’aventure n’était pas tout à fait simple car il fallait couper la route des commémorations à la gloire d’une héroïne qui s’accommode de toutes les exploitations possibles. De plus, le 8 mai était le jour tout indiqué pour un tel sujet !

C’est sans doute là un point qui n’est pas sans rapport avec une spécificité nationale. Nous faisons fi de l’histoire pour la plier aux besoins de chaque époque. Les héros d’hier doivent s’adapter aux valeurs du moment afin de participer eux aussi à la gloire hexagonale d’une nation qui serait le phare du Monde. Évidement cette nécessité suppose que ce qui fâche, qui fait tache soit rapidement effacé, gommé de la mémoire collective.

Ainsi notre Jeanne d’Arc, abandonnée par le roi, l’armée et l’église et qui ce jour-là, dans sa bonne ville d’Orléans, voit tout ce joli monde se regrouper derrière l’icône remodelée en sainte guerrière pour les besoins de la bonne cause. Le mariage du sabre et du goupillon pour faire avaler bien des couleuvres et une séparation de l’église et de l’état qui n’est jamais vraiment passée ici.

Mais quel est le rapport me direz-vous avec ce film ? Ce dernier traite précisément du devoir de mémoire et de justice de la société allemande après l’épisode nazi. Juger les acteurs subalternes, ne pas considérer que le procès de Nuremberg exonérait le peuple de se regarder dans les yeux, de réclamer des comptes aux siens qui avaient commis l’intolérable.

Ce film vaut le détour, il est fort, prenant. Il ne peut laisser indifférent. Il nous met mal à l’aise parce que les vieux démons ne sont pas l’apanage de la seule société germanique. Et le spectateur de s’interroger légitiment sur le rapport de la société française avec ses collaborateurs d’alors ou ceux qui ont commis des exactions en Algérie par la suite.

Que penser d’un état qui se prétend de droit et qui permet à un haut dignitaire de Vichy de continuer d’être préfet, d’avoir du sang sur les mains ? Que penser de ces personnalités de premier rang qui ne seront pas inquiétées, protégées par des amitiés présidentielles ? Comment qualifier une démocratie qui accepte un candidat à la fonction suprême, suspecté d’avoir torturé dans une sale guerre ?

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Il est vrai que nous n’avons jamais mené totalement et sereinement l’examen de conscience qui s’imposait. L’avons-nous déjà fait une fois dans notre histoire quand Thiers, par exemple, le bourreau des communards, continue d’avoir des rues à sa gloire, quand Napoléon, le tyran qui a mis l’Europe à feu et à sang, demeure une référence incontournable et vénérée ? L’amnésie est le plus sûr moyen de n’avoir jamais à rendre des comptes ni même à éliminer des fonctions officielles ceux qui n’ont pas eu une attitude exemplaire.

Alors, dans ce contexte, il n’est pas surprenant qu’un homme politique, coupable d’une malversation, condamné même, puisse revenir aux affaires sans que ses électeurs en soient choqués. Notre pays n’a aucune dignité en ce domaine et notre cher président peut aller inaugurer un mémorial sur l’esclavage en Guadeloupe sans jamais demander pardon pour cette abomination passée.

J’entends même les bons penseurs, ceux qui demeurent toujours droits dans leurs bottes et affirment qu’il ne faut jamais s’excuser de rien, qu’une nation n’a pas de devoir moral vis-à-vis de ceux qu’elle a fait ployer sous son joug. La colonisation demeure un bienfait pour les peuples africains et tout en va ainsi dans ce pays bienheureux. Il n’est d’ailleurs qu’à voir le sort de l’enseignement de l’histoire pour comprendre que le déni arrange tout le monde.

Oui, ce film que je vous conseille vivement de voir m’a conduit dans des abysses de réflexion, dans les labyrinthes de nos silences honteux. Je ne suis sans doute qu’un imbécile qui ne comprend rien à rien, bien trop encombré par des principes et des exigences qui n’ont pas leur place dans les allées du pouvoir. Sans doute ! Il n’est pas besoin de s’étonner alors de l’inexorable progression de l’abstention dans une nation où un homme politique, selon la magnifique formule de l’un d’eux, peut être responsable mais jamais coupable. Mais je m’égare …

Enchaînement leur.

LE LABYRINTHE DU SILENCE PHOTO2

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A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
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Un commentaire pour Le labyrinthe de tous nos silences.

  1. fatizo dit :

    Lorsque je lis cet excellent billet, je me dis que mes modestes critiques peuvent indirectement provoquer de belles réactons.
    Merci l’ami CNabum

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