7 mars, 14 h 15

Secret professionnel …

La vie moderne n’est jamais à cours de surprises et d’étonnements. Une visite anodine chez un camarade s’est transformée pour moi en une redoutable introspection, un voyage dans son intimité sans que j’eusse rien demandé au départ. J’étais arrivé au bon moment pour tout savoir ; j’ai tout appris et, comme je suis quelqu’un qui a bien du mal à tenir ma langue ou mes doigts sur le clavier, je vous livre tout à trac ces informations intimes qui n’auraient jamais dû transpirer jusqu’à votre serviteur.

 

Il me semble que je vous dois quelques précisions afin que vous compreniez mieux les circonstances dans lesquelles se commit cette incroyable effraction personnelle. Comme à mon habitude, j’arrivais à l’improviste chez un quidam de moi fort bien connu. J’aime ces visites impromptues, ces passages inopinés qui, au delà du risque assumé de se casser le nez, permettent souvent de surprendre votre hôte en des situations parfois scabreuses souvent déplacées. C’est ainsi qu’on pénètre au cœur du mystère de l’autre …

Cette fois, je ne pouvais mieux tomber. Un autre visiteur était là : un homme respectable, lui, puisqu’il avait pris rendez-vous avec notre homme. L’inconnu était fort affairé sur la table de la cuisine, nouvellement aménagée. Un ordinateur devant lui, relié avec un des ces appareils qui permettent de redonner un sommeil tranquille à ceux qui font de l’apnée la nuit, l’expert mandaté par la sécurité sociale effectuait son inspection semestrielle.

Curieux de nature, toujours à l’affût d’un billet à faire ou d’une inspiration quelconque pour écrire n’importe quoi, je me permis quelques questions . Cette fois, j’avais ferré un bon client ! L’homme, qui d’entrée me précisa qu’il était soumis au secret professionnel, m’expliqua succinctement son travail …

Le respirateur dispose d’une carte mémoire qui enregistre les conditions de son utilisation. Ainsi le financeur peut-il contrôler si l’appareil est effectivement utilisé comme le prévoit la prescription médicale et, le cas échéant, retirer le remboursement à celui qui ne la suivrait pas régulièrement. J’étais interloqué par ce fichage médical ; je n’étais pas au bout de mes surprises.

Insidieusement, en dépit de la déontologie du bonhomme, je lui demandai quelques explications complémentaires, des éclaircissements pour éclairer une lanterne qui n’est jamais tout à fait honnête. L’homme, emporté par le plaisir d’être écouté, entra alors au cœur de la vie privée de mon camarade ; celui-ci le visage décomposé, se doutait manifestement de l’usage déplorable que j’allais faire d’une confession que je n’aurais jamais dû entendre.

Le visiteur paramédical, pour montrer l’étendue de son intrusion numérique me fournit alors une multitude de détails. J’appris que mon ami dormait en moyenne dix heures par jour sur une période de six mois ; je comprenais mieux le joli teint de poupon qui le caractérise et fait son succès auprès de toutes ses admiratrices énamourées …

Poussant le questionnement, l’inspecteur de ses nuits me déclara qu’il pouvait savoir si le bébé se levait la nuit pour satisfaire à quelques besoins personnels. Il félicita d’ailleurs son client de ne presque jamais se lever : signe d’un sommeil profond et réparateur. Pour enfoncer le clou, il précisa que les apnées avaient désormais une fréquence de 0,9 à l’heure, ce qui était remarquable.

Nous étions encore au stade des généralités quand le délateur du sommeil voulut faire preuve de l’incroyable précision de ce terrifiant mouchard électronique. Il me dit, un petit sourire au coin de l’œil, que notre homme avait effectué une sieste le 7 mars 2015 à partir de 14 heures 15. Précision diabolique et information capitale : je fondis sur ma proie comme la vérole sur le bas clergé.

Le 7 mars, nous étions en congé scolaire. La dame de cœur, qui travaille dans la grande maison, était donc en congé. Nous venions de lever un lièvre : la sieste de mon ami était graveleuse … Un appareil installé par la Faculté dans la maison du bonhomme était capable de rendre compte de choses qui ne devraient pas sortir de la place. Je me frottai les mains : j’avais de quoi écrire un billet. Nous sommes sous surveillance, l’information n’est pas nouvelle. Ce qui est surprenant c’est de découvrir à quel point les grandes oreilles sont présentes jusqu’au cœur de nos vies.

J’appris encore une foultitude de petites informations. L’appareil était terriblement bavard et redoutablement précis. L’investigateur pouvait tout savoir et partageait ses données avec celui à qui il aurait mieux fait de ne rien dire. On apprécie au passage la dimension du secret professionnel. Je garderai néanmoins le silence sur les autres détails, je tiens, si c’est encore possible après ce texte indélicat, à conserver l’amitié de mon camarade …

Indiscrètement sien.

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Bonimenteur de Loire
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