L’alternative !

Sois ce que tu dois !

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Il était une fois Henry, un enfant des bords de Loire, qui avait grandi en regardant passer les grands et beaux bateaux de bois. Il rêvait sur la berge d’être à son tour un marinier au grand cœur, un des ces fiers capitaines portant haut le chapeau aux larges bords à moins qu’il ne devienne gabier perché dans le mat ou sur le pont à scruter la grande voile carrée.

Mais il n’était que fils de conteur. On n’échappait pas facilement à sa destinée en ce temps là. Les fils de marinier, pour peu qu’ils aient la fibre de la rivière devenaient à leur tour coursiers sur la Loire, les fils de pêcheurs prenaient le relais et barraient la rivière de leurs grands filets barrages. Les filles en ce temps là n’entraient pas souvent en ligne de compte et c’est bien regrettable. Mais ceci est une autre histoire qui n’a pas fini de se dévider en bien des contrées …

Revenons à notre petit gars aux yeux brillants quand ils se tournait vers Dame Liger. Il était là sur la rive, rêveur. Il avait le cœur battant et des histoires plein la tête. Il s’imaginait luttant contre les flots, brisant la glace, franchissant des passes délicates. Il se voyait à la manœuvre ou bien s’inventait des exploits magnifiques qui avaient toujours lieu sur l’eau.

Son père le regardait en souriant. Lui savait que son fils mettait dans sa gibecière à mémoire bien des récits qu’il utilisera plus tard. Il serait conteur de Loire, une autre facette du métier. Lui qui donnait dans les fables de Sologne ne voyait pas dans un mauvais œil cette petite entorse à la tradition familiale.

Mais l’enfant ne voulait pas croire à sa destinée bavarde. C’est l’aventure qu’il désirait plus que tout au monde. Il n’en démordait pas et bien qu’il n’eût jamais mis le pied sur un de ces beaux bateaux, il était persuadé que son tour viendrait, que la chance lui offrirait ce bonheur merveilleux.

Quand on court après sa destinée, elle finit immanquablement par croiser votre chemin. Ce jour vint alors que l’enfant était devenu un grand adolescent solide. Un capitaine très connu dans la région pour son habileté tout autant que pour ses exigences voulut recruter un équipage. Il procéda d’une étrange manière pour l’époque, qui ne surprendrait plus personne de nos jours.

Le capitaine rédigea un écriteau et demanda aux crieurs de la contrée de le lire sur les places des villages. De partout dans ce petit secteur de notre Val, on put entendre alors ce curieux message : «  Avis à la population, le Capitaine Benoît cherche à embaucher des hommes solides et adroits pour avoir l’honneur de servir sous ses ordres. Le métier est rude, les appointements conséquents. Pour mériter cet honneur, il faudra parcourir à la seule force de la bourde un trajet aller retour entre Loire et Allier ! »

Henry devina que sa chance était enfin venue. Il en avait l’esprit chamboulé. Il s’inscrivit à l’aventure sans se soucier de son inexpérience et du peu de candidats qui se lançaient dans l’aventure. Il eut été plus sage qu’il comprît qu’il y avait grand danger tant ce Benoît était un capitaine pointilleux en matière de navigation et aux attentes d’une incroyable précision.

Henry se retrouva un beau matin de décembre sur une frêle plate avec une bourde pour tout viatique. Quelques hommes au visage buriné et aux mains habituées à la besogne se tenaient prêt à ses côtés, chacun dans une petite embarcation. Le parcours était redoutable, les pièges nombreux sur la route et le courant particulièrement violent en cette période hivernale. Henry avait la foi qui pense soulever des montagnes, il croyait en sa bonne étoile.

Le départ fut donné, les hommes plus habiles que lui filèrent bien plus vite. Il ne s’agissait pas d’arriver le premier, il suffisait de réussir l’épreuve pour être embauché. Henry ne s’affola pas et continua tant bien que mal son chemin. Bientôt, il était seul au milieu de l’eau …

C’est sous le passage d’un pont particulièrement agité qu’il se vit prendre par le courant et bloquer par les rochers. Son ancre lui avait échappé, il était maintenant dans une posture inconfortable. Tomber dans ce flot glacé parmi tous les rochers et les pieux acérés était à n’en point douter la promesse d’une mort certaine. Henry se surprit à une prière, lui qui ne croyait ni au ciel ni aux anges, il s’adressa à Saint Nicolas, le patron des gens qui vont sur l’eau.

Quand on vit dans le monde des histoires, des contes et des fables, on n’est surpris de rien. Henry ne s’étonna pas de voir surgir de l’eau un vieillard bienveillant qui lui tint ce langage : « Tu veux la vie sauve et tu l’auras. Saint Nicolas n’a jamais abandonné un marin qui faisait appel à lui. Mais tu vas devoir faire un choix. Par la magie de mon pouvoir surnaturel, je te sors de ce piège où ton ignorance t’a jeté et tu arrives le premier au terme de l’épreuve ou bien je sauve l’embarcation et son passager en te portant sur la berge juste à côté ! »

Henry réfléchit à cette étrange proposition. Le bon Saint lui proposait tout simplement de vivre de mensonge ou bien de s’en tenir coi. S’il acceptait la première proposition, il trompait tout son monde et son capitaine en premier. Dans le second cas, il ne serait jamais marinier mais aurait pour lui son honneur et sa fierté de ne pas avoir triché.

Henry n’hésita pas longtemps. Il avait des rêves certes mais plaçait au-dessus de tout son honneur. Il demanda au vieil homme de lui permettre de retourner à la rive et de préserver ainsi l’embarcation et son matelot maladroit sans en faire un matelot honteux. Il sauvait sa vie sans se charger du fardeau de l’orgueil et du mensonge.

Ce que le grand Saint Nicolas promet, il le réalise sans se faire prier ! Henry retrouva la terre ferme qu’il n’aurait jamais dû quitter. Il se fit marinier à pied, conteur de Loire et des rivières allant à icelle. Il passa sa vie à embarquer les braves gens en songes et rêveries. Les vrais mariniers lui firent souvent le cadeau de le prendre à leur bord pour profiter eux-aussi de ses histoires. Il réalisait ainsi son rêve d’enfant sans porter le fardeau de la duperie.

Il faut faire ce qu’on doit et ne pas vouloir décrocher la lune. C’est la morale de cette histoire. Se connaître soi-même est la plus grande des sagesses. Pour forcer son destin, il faut avoir en main les raisons de le faire. Attendre de la chance ou bien de la divine providence des miracles n’est sans doute pas la bonne manière de se regarder en face.

Conteusement vôtre

Photographie de Caroline Ferru

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A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
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