Une cousine acadienne

Chanteuse et conteuse …

Quelle belle rencontre que voilà ! À l’initiative de Dan Grall et des bénévoles et fondateurs de l’association Saginess, Sandra Le Couteur est venue se produire dans le magnifique petit théâtre de Beaugency : « Le Puits Manu ! » Hélas, par manque de relais médiatiques, la salle n’était pas aussi remplie que l’aurait mérité la formidable prestation scénique de notre cousine acadienne.

La dame est devenue chanteuse quand elle a eu cessé d’élever ses enfants. Une vocation pourtant qui avait mûri dès son plus jeune âge grâce à une radio locale qui ne diffusait que de la chanson française. Voilà bien une incongruité dans ce continent américain et plus encore dans notre pauvre pays où les médias diffusent désormais plus sûrement les chanteurs anglo-saxons.

La petite Sandra grandit avec les grands noms de la chanson de chez elle : Félix Leclerc, Gilles Vigneault mais aussi avec ceux de l’autre côté de l’Atlantique : Aznavour, Ferré, Brel, Barbara, Piaf. Elle tient une partie de son répertoire : celui qui va mûrir durant sa vie de mère. Il s’étoffera des rencontres, des combats pour la préservation de la mémoire acadienne, des luttes pour la survie d’un phare et des poésies d’un fils à la plume magnifique.

Sandra fait de ce bel ensemble un tour de chant qui émeut et qui bouleverse quand il est question du grand déménagement, des atrocités commises par les maudits Anglois et de cette identité qui n’a cessé de perdurer malgré un environnement hostile et une culture dominante farouchement impérialiste.

C’est d’ailleurs au travers de la conservation d’une langue que cet héritage a pu survivre, une langue qu’elle nous offre en chansons mais surtout en histoires. Madame Le Couteur est une formidable conteuse qui prend la peine de parler doucement pour que nous, qui avons un drôle d’accent, ne nous perdions pas dans sa volubile prose.

Quel bonheur de l’écouter raconter son île, ses hivers, le traversier et le phare, les hommes frustes qui partent travailler l’hiver en Amérique et qui reviennent avec des lettres d’amour impossibles à déchiffrer. Les mots coulent alors et nous transportent vers cet ailleurs qui n’a jamais été aussi proche de nous autres.

 

Nous sommes en parentèle : nous sommes issus des mêmes racines, nous avons grandi avec une langue qui, tant qu’elle résistera à l’agression de plus en plus virulente de l’anglais, nous offre ce luxe de comprendre le monde de la même manière. Sandra parle et je suis transporté. J’ai le sentiment que bon nombre des miens ont participé à ce voyage qui, du Poitou, du Berry, de la Touraine et de la Normandie, ont conduit des gens simples à chercher l’Eldorado outre-Atlantique.

Ils ont trouvé le cauchemar, un génocide qu’il ne faudra pas dire, l’abandon de la France toujours aussi lâche quand il s’agit de défendre sa voix et les siens devant le voisin britannique. Nous partageons les émotions de ce bouleversement honteux et impuni de 1755, nous sommes émus aux larmes avec la chanson d’Évangéline.

Oui, vraiment quel beau spectacle et quelle grande leçon d’humanité ! Sandra, magnifiquement accompagnée par deux musiciens aussi discrets que talentueux, a ravi les quelques amis et curieux qui avaient répondu à l’invitation. J’espère que dans les autres villes où la conduira sa tournée européenne, elle trouvera un public à la hauteur de la beauté du voyage qu’elle propose.

Puis la soirée s’est prolongée. Des chants et des histoires ont été échangés. Nous nous sommes reconnus comme étant de la famille des mots et des contes. Un partage qui abolissait la distance, les parcours respectifs, les siècles de séparation. J’espère qu’il y aura des lendemains à cette belle aventure, que l’échange se prolongera quelque part dans un phare entouré de phoques.

En attendant, si vous avez le bonheur d’être dans une ville où passe cette dame, n’hésitez pas. Vous serez enchanté, dépaysé, émerveillé, ému et attendri ! C’est bien ce qu’on peut attendre d’un spectacle et tant-pis pour ceux qui préféreront regarder des vedettes de pacotilles à la télévision, des produits standardisés, sans saveur ni rugosité, parfaitement lisses et insipides. Le talent est ailleurs, il suffit de se donner la peine d’aller le rencontrer.

Cousinement sien.

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Bonimenteur de Loire
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