Une belle fin

Un film lumineux …

Étrange objet cinématographique que voilà, réalisé par un Italien au patronyme célèbre : « Pasolini ». Celui-ci, Uberto de son prénom, est connu pour avoir abandonné une florissante carrière de banquier dans la « city » de Londres et obtenu un succès retentissant avec un film produit en 1997 : « The Full Monty ». Son premier film derrière la caméra a été primé dans de nombreux festivals : « Sri Lanka National Handball Team », sorti en 2007.

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Difficile de rendre compte de cette belle histoire sans effarer le quidam, amateur de sensations fortes, d’hémoglobine, d’histoires extravagantes ou de franche rigolade. Ici, rien de tout ça mais un sujet grave traité avec une délicatesse, une finesse même qui ne cessent encore de m’étonner. Mieux encore, ce film est d’une incroyable douceur alors qu’il traite de la mort.

Je devine déjà des clics qui se perdent, des lecteurs qui s’enfuient. Pourtant, ce serait grave erreur que de croire que vous passerez un moment lugubre : bien au contraire ; étrangement, vous sortirez de cette projection le sourire aux lèvres en vous interrogeant sur le mystère de ce prodige.

Tout dans le scénario pourrait inciter à la plus profonde dépression. John May est un modeste fonctionnaire à la vie glauque, pesante, répétitive et sans surprise. Il est chargé de retrouver d’éventuelles connaissances pour accompagner ces morts anonymes, partis dans la plus désespérante solitude au sein d’une grande capitale : Londres.

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John se plonge dans des existences sordides, des pans de vies partis en lambeaux. Il recherche le moindre indice susceptible de replacer le défunt dans la confrérie des humains. Il récolte des traces de vie, il collectionne des photographies, il traque d’éventuels parents ou amis. Il se heurte le plus souvent à un mur d’indifférence et de silence. Qu’importe …

John ne se résout pas à ce mépris sans nom. Il compose une épitaphe pour chacun de ses clients. Il est seul à les accompagner lors de cérémonies qui, sans lui, n’auraient été qu’un insupportable point final. Il dispense une parcelle d’humanité à ceux qui sont morts dans l’oubli de tous.

On partage son existence. Elle ne diffère guère de ceux dont il a la charge. Il est seul, désespérément seul. De ses rituels, de ses manies de vieux gars, de ce triste quotidien, Pasolini nous propose des images qui, étrangement, nous réjouissent. Nous nous amusons de ce personnage qui a la magie d’un Monsieur Hulot, l’étrangeté d’un Mister Bean. Nous découvrons ici un immense acteur : « Eddie Marsan » qui, en petites touches d’une incroyable subtilité, compose un portrait saisissant et d’une immense vérité.

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Puis, tout bascule un jour pour notre enquêteur. Il est licencié et se voit accorder une ultime enquête. C’est celle-ci que l’on va suivre pas à pas. La raconter ne rendrait aucunement service à ceux qui auront le bonheur de découvrir ce merveilleux film. Chaque scène, chaque personnage est un petit bijou d’observation d’une société en décrépitude.

C’est notre héros qui va révéler le meilleur chez chacun, qui va faire jaillir la lumière là où elle avait toutes les chances de ne plus jamais briller. C’est magnifique, jubilatoire souvent : ce qui n’est pas le moindre paradoxe pour un film tout en nuances, tout en touches minuscules qui finissent par illuminer le cœur des spectateurs.

Que vous dire d’autre afin que vous preniez la peine d’aller à la rencontre de ce bijou ? Je me surprends ici à faire comme John May : je rédig l’ éloge funèbre d’un film si atypique qu’il est peu probable qu’il déplace la grande foule. Mais, si vous êtes ici à me lire jusqu’au bout, c’est que vous n’êtes pas de cette masse futile et dérisoire. Allez, vous aussi, découvrir ce personnage qui fera date dans l’histoire du cinéma anglais et qui restera à jamais dans votre mémoire.

Admirativement sien.

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A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
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2 commentaires pour Une belle fin

  1. fatizo dit :

    J’ai vu ce film ce WE, Il est beau, généreux, tendre, humain, modeste, et en plus très original.
    Il est tout ce que la société actuelle a oublié, c’est pourquoi il est impératif de le voir.
    Merci pour cette magnifique critique CNabum. C’est tant mérité.
    Bonne soirée CNabum

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