La séance tombe à l’eau

À l’heure de pointe …

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En ce vendredi matin, les circonstances m’avaient permis de consacrer une part de mon emploi du temps à l’accompagnement d’une jeune élève hémiplégique à la piscine. La petite est scolarisée dans un CP d’une classe en zone prioritaire. Ses camarades, tout comme elle, sont issus des milieux qu’on dit pudiquement «défavorisés».

La classe, à chaque fois que je vais à la rencontre de cette charmante élève est ce qu’on peut qualifier d’agitée. Les élèves, jeunes pourtant : ils sont en CP, sont bavards, vite déconcentrés, distractibles comme le prétendent les professionnels de classification scolaire. Ils sont naturellement issus de toute la diversité qui fait la richesse mais aussi la complexité de telles classes.

L’enseignant a fort à faire avec ces gamins charmants mais perturbés ou simplement préoccupés par d’autres sujets que ceux qu’il faut aborder à l’école. En prime, il se retrouve avec cette petite fille qui demande des attentions particulières. Si en classe, il se sort aisément de ce surcroît de travail grâce à la présence, à mi-temps, d’une Auxiliaire de Vie Scolaire, dévouée et compréhensive, il avoue être un peu débordé à la piscine d’autant que l’AVS, ne sachant pas nager, ne lui est d’aucun secours.

Je m’étais proposé pour lui apporter ma contribution, sans doute un peu en marge de mes attributions : mais j’avoue ne pas me soucier du cahier des charges qui m’est fixé. Être utile est bien plus important que de respecter la feuille de route d’un poste qui, pour moi, demeure encore flou après six mois de pratique. J’allais pouvoir m’occuper personnellement de la petite, lui permettre éventuellement de surmonter ses craintes et ses difficultés tout en facilitant la disponibilité de l’enseignant aux dix-huit autres avec moins de stress…

Voilà, vous avez le décor de cette initiative que nous avions montée de concert sans vraiment en avertir nos autorités respectives. Il faut savoir prendre des initiatives même si ce n’est absolument plus dans l’air du temps d’une école verrouillée par les rois du parapluie administratif. Ceux-là, toujours à l’abri dans leurs bureaux, gèrent à distance sans jamais se soucier du réel.

Ce sont sans doute des collègues à eux, dans une autre administration, qui se préoccupent de la gestion du service de transport. Le maître m’a averti qu’une fois déjà, le car n’est pas venu et qu’une autre, il est arrivé avec tellement de retard que la séance avait dû être annulée. Comme nous en sommes à la dernière des dix séances, j’ose croire que les petits soucis de logistique sont aplanis.

Les enfants ont posé leurs sacs d’école ; ils attendent sous le hall l’arrivée du car. Ils sont impatients : la piscine est encore à cet âge un moment apprécié et attendu. Ils chahutent gentiment, les deux classes concernées : en tout près de 40 enfants, sont dans l’attente du transporteur affrété par la mairie.

La tension monte, le temps passe et, comme sœur Anne, nous ne voyons rien venir. Le maître monte jusqu’à la classe trouver le numéro de téléphone du responsable des transports scolaires. Surprise à l’autre bout du fil : le car est certainement bien parti. Il va vérifier et rappeler quand il aura de plus amples informations.

Cinq minutes plus tard, un enseignant a dû quitter sa classe avec le téléphone de service et laisser ses élèves seuls pour transmettre la bonne nouvelle : «  le car est en chemin ». Nous attendons, les minutes s’égrènent et la séance perd d’ores et déjà tout son sens. Comme nous en discutons , j’apprends alors, avec consternation, que le car vient de Neuville au Bois, qu’il a toute l’agglomération à traverser, dont un pont, pour se rendre à La Source. Un petit trajet de 30 km en flux urbain à l’heure de pointe du matin …

C’est sans doute ce qu’on appelle la gestion optimale des moyens. L’enseignant, navré, affirme qu’il a déjà souligné et signalé le risque de retard mais qu’on lui a répondu qu’il n’était pas envisageable de partir plus tôt (on ne doute pas qu’il faille payer une telle mesure). Le car arrivera avec 30 minutes de retard exactement au moment où les deux enseignants auront renoncé à la séance, amputée de plus de la moitié de sa durée. Les élèves seront déjà remontés en classe pour tenter de se calmer.

Le car repartira à vide. Le transporteur se fera naturellement payer sa course. Je doute que cette situation soit possible en centre-ville avec des parents qui, immédiatement, iraient protester d’une telle inconséquence et d’un tel mépris pour les jeunes clients. Mais ce qui est vrai ici, ne l’est plus à la périphérie, loin des gens importants et de ceux qui connaissent quelqu’un. Nul n’ira se plaindre dans ce quartier et ce n’est vraiment pas de chance pour ce cher transporteur, arborant fièrement le nom d’un compagnon de Jeanne d’Arc, qu’un écriveur compulsif et malveillant fût présent ce jour-là.

Poirotement leur.

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A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
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2 commentaires pour La séance tombe à l’eau

  1. Que de problèmes avec ces transports, ce serait si facile d’anticiper la circulation, le temps de trajet mais non, ça doit encore bloquer quelque-part.
    Il y a de quoi se mettre en colère.
    Bonne journée.

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