« L’enquête » de Vincent Garenq. Une réussite.

téléchargement (2)

En 2001, le journaliste Denis Robert  claque la porte de Libération et décide de travailler pour son compte. En enquêtant sur le monde de la finance il va découvrir que les traces de certaines transactions bancaires peuvent disparaître et qu’une société est tout particulièrement chargée de cela, elle s’appelle Clearstream.

D’entrée de jeu, Denis Robert nous annonce la couleur, il nous dit  que s’il avait su à quoi il s’attaquait, il n’y serait pas allé…

Pour beaucoup d’entre nous l’affaire Clearstream, c’est le duel Villepin / Sarkozy, mais en réalité il ne s’agit là que d’un un effet secondaire de la véritable histoire.

Ce film nous plonge dans la véritable affaire Clearstream et aussi dans celle des frégates de Taïwan, des dossiers bien complexes, voir incompréhensibles pour les béotiens que nous sommes. La politique, le monde bancaire, celui de l’armement mais aussi la mondialisation, « L’enquête » nous entraîne dans un univers ou il va être difficile pour Denis Robert  de déblayer le terrain et expliquer ce qui peut l’être.

téléchargement

Ce film, qui aurait pu avoir des airs de documentaire, se suit comme les plus grands thrillers politiques américains en y mêlant une dimension humaine propre au cinéma français. Il est un hommage au journalisme d’investigation épris de vérité et à la déontologie implacable, incarné ici par Denis Robert.

On voit d’ailleurs dans le film que Denis Robert était bien seul , que  même parmi l’ensemble des autres journalistes qui ont couvert l’affaire, très peu l’ont pris au sérieux et soutenus.

Voici d’ailleurs ce qu’il disait dans une interview récente:

« La pire adversité à affronter était celle des journalistes, car je suis issu de ce monde-là.  C’est quand même un milieu qui est très mouton de Panurge, il y en a qui dit un truc et les autres répètent. Aujourd’hui, j’ai beaucoup de réactions très violentes à l’égard du Monde, parce qu’il m’a mal traité, il s’est comporté comme le pire des journaux trash avec des papiers truffés de mensonges. On se demande pourquoi tant de haine ? Je pense que c’était insupportable pour eux qu’un mec comme moi décrypte le mécanisme de Clearstream. D’ailleurs, c’est très étonnant de voir que treize ans après, au Monde, ils sont très offensifs sur les paradis fiscaux. Quand j’écrivais que toutes les banques françaises avaient des filiales dans les paradis fiscaux, je me faisais houspiller par Le Monde. Et aujourd’hui, ils font la même une, ils découvrent la lune. Il faudrait qu’ils fassent preuve d’un peu plus d’humilité. « 

téléchargement (1)

J’avais peur que l’histoire soit trop complexe, qu’elle soit un énorme capharnaüm, et bien ce n’est pas du tout le cas pour peu qu’on reste concentré. Pour arriver à ce résultat, Vincent Garenq avoue avoir corrigé son scénario à plusieurs reprises . Il faut dire qu’on a parfois le sentiment d’être dans un monde parallèle, d’être dans l’adaptation d’un roman de John Grisham plutôt que dans celle d’une histoire ayant réellement existé.

Quant au casting, il est en tout point remarquable. Gilles Lellouche incarne avec conviction le parcours d’un enquêteur solitaire, lâché par ses confrères, et mêlé malgré lui à l’une des grosses manipulations politiques, avec au milieu de tout cela une vie de famille qui se délite  .Charles Berling est lui,très crédible dans le rôle du juge  Renaud Van Ruymbeke. Laurent Capelluto est parfait en Imad Lahoud, ce mathématicien qui a falsifié les listings, et à qui l’on donnerait le bon dieu sans confession. Eric Naggar en Jean Louis Gergorin, le patron d’EADS, est lui aussi très impressionnant. Quant à Florence Loiret-Caille, le seul vrai rôle féminin,elle se montre très émouvante en épouse de Denis Robert.

th

Au début des années 2000,  l’opinion publique et les médias se souciaient peu des scandales bancaires, et il a fallu bien du courage à Denis Robert pour lutter seul dans cette jungle.

Bien sur depuis la crise de 2008 a changé la donne, de nombreux médias qui hier se moquaient, ou niaient, les faits dénoncés par l’ancien journaliste de Libération, veulent nous faire croire qu’ils sont aujourd’hui à l’avant garde pour enquêter sur les scandales financiers, alors qu’ils ne font que surfer sur la vague.

On pense tout particulièrement au Monde, la fameux journal de « référence », qui passait son temps à mettre de bâtons dans les roues de Denis Robert à l’époque, et qui en 2015, se glorifie de dénoncer le scandale de la banque suisse HSBC sur ses détournements de fonds, fiscaux et blanchiments d’argent sale  .

images (1)

« L’enquête » n’est peut-être pas un chef-d’oeuvre mais il est un excellent film, bien réalisé et très bien interprété. .

Vincent Garenq nous offre un film courageux, qui traite d’un sujet on ne peut plus actuel. Et plus rare en France, ici les personnages portent leur vrai nom…..et sont toujours vivants.

A voir sans la moindre réserve.

P.S

Le film s’achève sur la décision historique de la Cour de cassation, en 2011, qui blanchit Denis Robert et détermine que son enquête a été sérieuse et dans l’intérêt général.

Publicités
Cet article a été publié dans Faites votre cinema. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s