Pour un oui ou pour un non.

Le piège des sentiments.

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Écriveur compulsif, blogueur impudique, je suis souvent confronté au piège du genre. Je me retrouve englué dans une toile qui se donne l’illusion d’être un espace public. Je doute qu’il en soit vraiment ainsi. Les textes passent, les mots s’envolent tout aussi facilement que les paroles, ne blessant ou ne touchant que les quelques personnes directement concernées.

Rien n’est plus futile et évanescent que le support numérique. D’ailleurs, sa pérennité elle-même est remise en question. Les textes, les images, les sons, envoyés ici comme une bouteille à la mer, passeront dans le gouffre de l’oubli puis de l’effacement. Le blogueur s’illusionne de penser que son opinion, son récit ou ses sentiments laisseront une trace.

Je n’en suis ni fâché ni contrarié. Je sais cette règle du jeu : expression même d’une époque qui a entamé une course poursuite avec le temps. Seul l’immédiat a une existence fragile, le passé se dilue dans notre absence collective de mémoire. Le futur, tout comme le passé, sont des concepts bien trop exigeants pour les consommateurs forcenés du présent dans l’instant.

Nonobstant ces précautions oratoires, je n’en suis pas moins exposé au regard de quelques fidèles qui attendent de moi une réaction, un billet d’humeur, un commentaire ou bien un long exposé, à chaque fois que je me retrouve en situation d’acteur ou bien de spectateur. « Tu vas bien écrire quelque chose là- dessus ! » Terrible attente qui fausse ma perception des choses.

Je vais voir un concert ou bien une exposition, je découvre un restaurant ou bien un livre ; il faudrait qu’à chaque fois je couche sur le papier mon opinion, qui, à vrai dire, n’intéresse personne. Cette attente, elle ne se fonde pas sur le désir de savoir mais simplement sur l’envie d’être mis en avant par ce curieux prisme déformant que constitue mon modeste espace textuel.

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Alors pour un « Oui » et surtout pour un « Non », pour une admiration et mieux encore, pour un coup de gueule, il me faudrait étaler mes sentiments, mes états d’âme, mes coups de cœur. Et le pire c’est qu’il m’arrive d’agir ainsi, me pensant, sans doute, affublé de la lourde responsabilité du journaliste participatif, comme prétendent me définir, ici ou là, quelques étudiants en sociologie des médias.

Je n’écris que lorsque une entrée se présente à moi ou que s’impose une nécessité de cicatriser une blessure par un écrit au vitriol. Ce n’est ni très malin, ni très adulte. C’est ainsi. Mon assuétude scripturale ne s’explique pas, ne peut se justifier ni se canaliser. Elle est le fait d’une personnalité instable, irritable, ingérable, certes, mais également d’un jeu de dupes qu’on peut appeler auto-fiction ou journal intime fictif.

L’écriture place en-dehors du réel ce qui s’appuie sur le réel. Il faut accepter ce décalage, ne rien en attendre, ne pas exiger une conformité absolue au réel. C’est- je n’aime pas cette formulation trop prétentieuse- une œuvre littéraire au quotidien, une pérégrination intime dans des pensées sans cesse renouvelées. La distance à la réalité s’explique par les exigences de la forme, la liberté de la création, la souplesse du propos.

Nulle confession, nulle introspection, nulle confusion avec l’individu qui existe derrière le pseudonyme. S’il existe, c’est justement pour établir une distinction qui se fonde sur les libertés que prend toujours le créateur. Ce pari insensé d’écrire chaque jour, depuis bientôt six ans (au premier mars), impose ce flou artistique qui gêne quand un personnage réel croise les jets acides ou acidulés de ma prose.

Il faut accepter que je n’écrive jamais pour un « Oui » ou pour un « Non » Je me situe dans le « peut-être » et plus sûrement dans un ailleurs qui se nomme « les mots ». Ne m’en veuillez pas : tout ceci n’est qu’une fiction mystérieuse. L’essentiel n’est pas dans le décryptage des faits. Laissez-vous porter par l’expression et ses circonvolutions. Oubliez les coups ou les fleurs ; acceptez d’embarquer au fil des phrases. Merci !

Introspectivement mien

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Bonimenteur de Loire
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