Ne pas avoir sa langue dans sa poche.

Quelle drôle d’idée !

langue

Décidément, les gens ne sont pas raisonnables. Qui donc a pu avoir cette idée saugrenue de mettre sa langue dans sa poche ? Non seulement il faut qu’elle soit bien pendue et fort longue mais en plus, il faut se mettre la poche sous les yeux pour parvenir à ses fins. Seules les vipères seraient, me semble-t-il, capables de pareil exploit.

À moins que la langue en question ne fût de bois. Dans ce cas-là, ils pourraient bien la mettre où bon leur semble : cette langue ne vaut rien qui vaille. Elle déblatère, elle ment ; elle est si peu crédible qu’il y a bien longtemps que nous lui faisons plus crédit. Alors dans une poche ou dans un revers électoral, cette maudite langue n’a qu’à se faire pendre ailleurs !

Je ne vois qu’une langue de belle-mère pour rivaliser de perversité avec celles de nos politiciens. Langue de feu et langue de femme de mauvaise vie, la belle-mère déroule son venin pour le bien supposé de son enfant. Les politiciens n’agissent que pour leur seul confort et s’ils ont la langue bien chargée, c’est uniquement à leur profit.

Mais, ne tirons pas plus sur une ambulance que sur une langue maternelle. Tant qu’elle est vivante, elle bouge encore. C’est dans ses soubresauts que l’on peut mesurer sa vitalité, son degré d’adaptation aux exigences modernes. Elle aimerait se faire vernaculaire au lieu d’entrer dans le panthéon des langues défuntes ; il lui faut se faire à l’idée qu’elle n’est plus qu’une langue rare qui sert tout juste à coller les timbres sur les enveloppes.

Si la langue décline, qui lui fera reproche ? Seul l’anglais désormais a droit de cité et de média. Une langue de mouton, une méchante langue, une langue qu’on écorche, qu’on malmène et qu’on prononce si mal. Le créole de la langue de Shakespeare : un salmigondis réservé aux échanges commerciaux et aux idées de fonds de tiroir.

Je rêve d’une langue riche, d’une langue qui se délie, qui se conjugue et qui se fait raffinée et distinguée. Ce n’est pas dans une poche qu’il faudrait la délaisser ; au contraire on devrait la mettre en valeur dans un écrin, sur un blason porté à bout de bras. Mais combien sommes-nous à être capables de tenir ainsi notre langue, de la porter comme un drapeau, fièrement ? Bien peu, hélas.

La langue s’étiole, se réduit à peau de chagrin. Les mots lui manquent, les mots s’évadent. Plus personne ne tient sa langue, elle se laisse aller à tant de facilités qu’elle finit dans la litière du chat ou bien avec une fourche. Elle se laisse aller à bien des fantaisies, se décline ou bien se conjugue, se traduit ou bien s’écorche. Elle subit tant et tant de transformations qu’une mère n’y reconnaît plus ses petits.

Nous devons retenir notre langue avant qu’elle nous échappe. Mais qui sait encore tenir sa langue, qui est capable de la tirer, qui se permet encore de charger sa langue de gros mots ou bien de bons mots ? Nous préférons la maltraiter, la mépriser, la galvauder. La langue est la mal-aimé de ce monde qui perd ses mots, qui reste sans voix.

J’en suis venu à vouloir tirer les vers du nez de celui qui tient sa langue. Se mettra-t-il enfin à table ? Il aura sans doute la langue pâteuse, la langue chargée, la langue échevelée. Car il n’a pas qu’un cheveu sur celle-ci mais bien toute ribambelle de mots échevelés. Il faut dire que cette langue vend ses charmes, qu’elle fait le trottoir pour attirer le client.

C’est finalement une langue de feu qui s’embrase, une langue braisée ou bien fumée.. Il faut, pour la calmer, lui glisser des glaçons qui fondront sous elle ; elle fera alors langue glaciaire, langue courante ou bien langue disparue. Pourvu qu’elle ne soit pas écorchée, elle pourrait souffrir de ce traitement, finir par claquer sous elle-même.

Au bout de cette étrange aventure, entre le chat et le feu, entre le bœuf et la poche, la langue, toujours vivante, a choisi la poche pour faire un nœud à son mouchoir et ne plus tirer en langueur.

Linguistiquement vôtre.

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Bonimenteur de Loire
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