La fée désenchantée

Spécial Val Hantin

La fin d’une chimère.

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Il était une fée qui avait envoûté un mage ! Il était un mage qui avait troublé une fée. Du moins c’est ainsi qu’ils pensaient s’être subjugués quand ils succombèrent l’un l’autre au charme merveilleux de leur pareil. Les fées ont plus d’un tour dans leur sac pour se faire caressantes et aimantes ; elles n’ont d’ailleurs pas à forcer leur nature tant les hommes aiment à se laisser mener par le bout du cœur. Les mages ont bien des astuces dans leur gibecière pour séduire les fées ; les femmes aiment à se laisser mener par leurs rêves.

La fée avait jeté son dévolu sur ce diseur de mots magnifiques, ce personnage entre fiction et songes, ce diseur de bonne aventure. Les étoiles l’avait guidée jusqu’à lui : c’est du moins ce que lui avait fait penser une de ses consœurs : une prédicatrice qui décrypte les possibles dans les astres. Leurs soleils étaient en phase ; il n’était pas question de se poser des questions, il fallait pousser plus avant les signes mystérieux et les battements des yeux.

Le mage était aux anges. Il redorait son image, se réconciliait avec ce triste personnage qu’il pensait être. La belle lui emporta l’esprit ; elle était si pareille à lui, si portée par les contes et les légendes, qu’il voyait en elle une muse et un guide, une étoile et un espoir nouveau. Elle se pensa enfin distinguée des dieux, reconnue dans le panthéon des poètes.

C’est sous l’influence de ces désirs fous que l’on prend les plus déraisonnables décisions. Le mage était sur un nuage : il ne touchait plus terre, porté par les feux de la passion, aveuglé par les lumières qui scintillaient dans sa tête. Il se voyait bien autrement que ce qu’il était vraiment ; il rêvait de gloire et de félicité, il tutoyait les anges.

Il se rêvait Merlin, lui qui n’était pas malin. Il avait trouvé sa Mélusine ou bien sa Morgane. Il était disposé à la suivre jusqu’à bout du monde et pour ce faire, il mit cul par-dessus tête son petit univers, devenu soudainement trop étroit, étriqué, dépassé. Il balayait son passé, effaçait sa mémoire …

La fée n’avait rien fait d’autre que d’être elle-même, charmante et bienveillante. Tout était facile puisque rien n’avait vraiment commencé. Ils étaient tous deux portés par cet aveuglement qui ensorcelle les amants en leurs premiers pas en commun. Mais la vie n’est pas un conte : ils allaient bien vite découvrir le revers de la fable ;l’autre côté du miroir se fissura bien vite.

Le mage retrouva ses travers, son ennui et ses doutes. Il reprit également le chemin du labeur. C’est seulement dans les histoires que les personnages n’ont pas à se confronter à la vie réelle. Il y avait bien moins d’enchantement que dans les illusions qui étaient leurs quand ils poursuivaient leurs chimères. La confrontation du quotidien est un révélateur impitoyable ; le mage n’était qu’un pauvre homme qui doute, la fée, qu’une femme en proie à bien des soucis.

Ce ne furent pas les étoiles qui tombèrent en poussière, mais leur espérance et leur croyance. Le mage ôta son masque, se révéla grimaçant et tourmenté, inquiet et rempli de remords. Il se rendait compte du mal qu’il avait fait aux siens sans comprendre qu’en agissant ainsi, il avait mis en péril d’autres qui n’avaient rien demandé.

La fée n’avait pas perçu le trouble qui montait, la gêne qui s’installait, le silence qui allait s’insinuer entre eux. Elle s’interrogeait certes mais comme tous les fées, elle portait tant d’espoir et de volonté qu’elle n’avait pas compris que la chute était proche. Son mage n’était qu’un faux mage, un imposteur plus qu’un usurpateur. Elle pleura toutes les larmes de son corps quand son Merlin la mit en chagrin.

Rien n’est plus douloureux que la fin des rêves quand se dérobe, sans nul espoir de retour, le bel horizon chimérique. La malheureuse fée déchantait et le pauvre bellâtre s’en retournait, la queue entre les jambes, sans un regard ni l’once d’une explication. Il avait perdu l’usage de la parole. La fée n’avait pas besoin du moindre maléfice pour le voir, devant elle, se transformer en un infâme pourceau.

Ils se sont perdus de vue, perdus de songe et perdus d’histoire. Les contes ne seraient plus jamais bons, les étoiles avaient cessé de briller. La vie n’est pas un conte de fées ; ils avaient désormais le reste de leur âge pour comprendre que le livre finit toujours par se refermer. La fée déchante et ne sera plus jamais enchantée par celui qui ne fut qu’une étoile filante, une météorite qui brûla sa vie et son cœur.

Il faut se garder des raconteurs et des menteurs, des prestidigitateurs et des parleurs. Quand les lumières s’éteignent, quand le maquillage finit par couler, derrière la façade lézardée, surgit le masque hideux du faux-semblant. La fée le découvrit à ses dépens, se jurant désormais de ne plus croire aux histoires !

Chimériquement vôtre

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A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
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