Les mouettes ont cessé de rire

La cité des Falaises se dépeuple.

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Il existe un petit coin de France où séjourne une joyeuse colonie d’individus rieurs et volages. Amateurs de la verticalité, ils se nichent avec bonheur dans des appartements minuscules. Ils ont choisi ce lieu de villégiature car ils tenaient absolument à avoir une vue imprenable sur la mer.

La cité des Falaises a cette étrange particularité qu’elle n’accueille que des couples en désir d’enfants. La chose n’est pas banale et implique de grands problèmes de voisinage quand les enfants grandissent. D’autant qu’il y a toujours des déçus de la loterie génétique qui viennent semer la panique dans les foyers heureux.

La cité des Falaises se vide aux premiers signes d’un automne qui approche. Elle ne reçoit que des gens du voyage, se sédentarisant juste l’espace d’un enfantement. Depuis quelque temps, cependant, la vie de la cité est troublée par les agissements fâcheux d’un prédateur terrible : un drôle de pèlerin qui donne des coups de becs à longueur de journée.

Avant cette menace funeste, on vivait heureux dans la cité. Monsieur et Madame, à tour de rôle, prenaient le large, afin de quérir de quoi nourrir leur petite famille. Ils n’hésitaient pas à parcourir jusqu’à 100 km pour trouver pitance à leur convenance. Quand le premier rentrait, la seconde prenait le relais, dans un ballet incessant de voyages utilitaires.

Les enfants attendaient le parent voyageur pour se régaler de ses histoires, ses aventures et son butin merveilleux. Ils étaient insatiables ; les parents, il est vrai, se lassaient parfois de cette génération de quémandeurs permanents : ces enfants qui harcèlent leurs géniteurs tant et si bien que ces derniers prennent la poudre d’escampette.

Les enfants abandonnés doivent alors apprendre à voler de leurs propres ailes. Ils n’ont pas le choix : c’est la réussite ou la mort. La cité des Falaises ne se satisfait pas des fadaises habituelles en matière éducative. C’est la loi de la jungle : périr ou vaincre, pour prendre à son tour la grande route de la migration.

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Ceux qui parviendront au bout du voyage passeront trois longues années sur les routes du Monde : d’Irlande en Amérique lointaine avant que de revenir en France, reproduire à leur tour ce cycle « tridactylal » dans la cité des Falaises.

Ils ne se doutent pas qu’à leur retour, la politique d’accueil de notre joli pays aura beaucoup changé et que les gens du voyage ne sont plus les bienvenus ici. De terribles corbeaux planent au- dessus de leurs têtes, prêts à fondre sur eux. De drôles d’oiseaux sont capables de prendre le relais pour les chasser à tout jamais.

La cité des Falaises vit maintenant ses derniers instants de bonheur. Prédateurs et difficultés de toutes sortes viennent entraver le fragile équilibre de cette micro-société. L’issue est inquiétante. Les migrants devront-ils créer une nouvelle colonie ? Faudra-t-il mettre un terme à cette philopatrie qui, depuis toujours, les faisait revenir au pays ?

J’entends les cris d’angoisse des enfants et des derniers parents quand survient la terrible menace. La troupe se disperse pour éviter la sanction fatale. Chacun avertit son voisin du danger qui menace.

La cité des Falaises se dépeuple. Il n’est pas si facile d’être immigré en ce doux pays de France.

Métaphoriquement vôtre. 

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A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
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2 commentaires pour Les mouettes ont cessé de rire

  1. Très belle la comparaison, la cité des falaises n’est plus le pays aux bras ouverts.
    Bonne journée.

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