Nouvelle visite de la Pinacothèque

Du tachisme au Nihilisme.

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Madame est la fille d’un grand collectionneur d’art. Elle a voulu faire de sa vie une exposition permanente, une œuvre en mouvement. Elle s’est énamourée d’un petit artiste, un peintre à la spatule ou au pistolet, un spécialiste du nu : du féminin surtout.

Les succès ont rapidement constitué le lot habituel de l’heureux élu de son cœur. Au fil des années, des expositions ou des rétrospectives, Monsieur s’est fait un nom qui n’était pas celui de Madame. Il a gravi, un à un, les échelons de la renommée. Sa cote est montée en flèche sur le marché de l’art.

Longtemps, il s’est contenté du marché intérieur. La France était son jardin, il y exprimait à merveille son immense talent : il y trouvait ses muses. Il s’exposait parfois dans quelques alcôves obscures, mais jamais rien ne transpirait de ses maladresses tenues secrètes.

Il s’était fait également un nom dans la nature morte. Il peignait avec passion des pièces, des lingots, des valeurs monétaires. Il avait choisi de se faire le pinceau de la finance. Il donnait à cette froide matière des couleurs chaudes, des reflets éclatants, des ombres très noires aussi !

Sa renommée s’étendit alors au-delà de nos frontières. On le réclamait à cor et à cris au Métropolitan de New-York. Il allait prendre son envol, devenir le peintre de l’opulence mondiale. C’est du moins ce qu’il espérait, quand il découvrit, bien vite, que les pots étaient vides, que l’inspiration lui manquait pour redonner des couleurs argentées à la planète entière.

Il prit alors quelques libertés avec ses collaboratrices. Des privautés, diront ceux qui n’apprécient pas son art, fait de petites touches délicates, de jets fulgurants, de traits pénétrants, de taches innocentes. Il n’en perdait pas moins de vue son grand œuvre. Son nom brillait au firmament de la réussite planétaire.

Madame le couvait de son regard bleu Gauguin. Elle organisait la carrière de l’artiste. Dissimulait au grand public les frasques de son double maudit. C’était l’homme de lumière qu’il fallait mettre en avant. Cet immense talent qui pourrait un jour, conquérir le Grand Palais rien que pour lui, se faire prophète en son pays, maître des lieux et des cœurs.

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Madame rêvait de ce grand dessein national. Un saut de puce par l’Amérique pour revenir en pleine gloire à Paris, capitale éternelle de l’Art, ville des lumières. Elle avait tant d’énergie qu’elle frémissait à l’approche de cette ambition qui deviendrait bientôt réalité. Tous les marchands d’art de la Capitale prévoyait un retour triomphant.

Hélas, la belle aventure s’effondra pour une bagatelle, une broutille ancillaire. Son homme eut l’idée de croquer une croûte à la va-vite. Un petit tableau sans importance, une amusette d’artiste sur une moquette. Quelle étrange idée ! Bien vite, lui qui pensait prendre l’air, la besogne accomplie, se retrouva au trou, pris comme une queue de rat !

Les experts internationaux se précipitèrent pour identifier dans cette croûte, ce tableau réalisé à la hâte au sortir de la douche, la tache à son honneur. Le modèle prétendait qu’elle avait été contrainte de tenir ce rôle dont elle se serait bien passée. Le maître, du haut de sa renommée étincelante, clamait sa bonne foi : personne ne pouvait résister à son talent !

Ce fut la chute. Le Grand Palais devint un pauvre prétoire. L’exposition n’était plus que le triste étalage de faits misérables. Pourtant le Maître, continuait à faire la couverture, à la tirer à lui quand il s’en passait si bien. Madame persistait à le croire, à le soutenir, à mettre son immense fortune en jeu pour laver cette tache qui trônait au milieu d’un tableau, jusque-là si plein de promesses !C’est ainsi que , pour le blanchir, elle n’hésita pas, paradoxalement, à noircir le tableau ! Que c’est beau l’Art ! …

Cependant madame la conservatrice ouvrit les yeux et laissa son artiste à ses frasques. L’homme au pinceau compulsif fut pris la main dans la palette du côté de Lille, un temps, capitale européenne de la Culture. Il y peignait des scènes de genre, des œuvres monumentales avec moult personnages. Le dénuement de ses décors, la force avec laquelle il parvenait à pénétrer l’âme des modèles impressionnèrent de nouveaux inspecteurs des arts et lettres. La postérité rendra certainement justice à ce grand peintre de la décadence.

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Artistiquement vôtre.

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Bonimenteur de Loire
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