Les détrousseurs de grand chemin

L’outrage fait aux contribuables

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Le premier ministre a refusé que soit appliquée une nouvelle augmentation sur les péages autoroutiers. Voilà une décision sage et juste, quand on découvre à quel point ce secteur économique pratique un racket éhonté sur le brave automobiliste, pris au piège de conventions scandaleuses, entre un état corrompu et des sociétés dont on peut se demander, longtemps encore, comment elles ont pu obtenir pareil cadeau juteux.

Car, voyez-vous, en notre grande naïveté, nous pensions, nous les cochons de contribuables, avoir payé les frais de construction de ces longs rubans de macadam qui furent ensuite généreusement accordés à des exploitants privés de scrupules et d’investissement initial. Une fois encore, les bijoux de la famille étaient bradés et pire que tout, nous avions encore à payer le droit de les regarder …

La chose n’est pas nouvelle dans cette belle société où l’argent va toujours aux plus argentés avec la complicité de gouvernements successifs qui avaient sans doute à renvoyer l’ascenseur en de juteux cadeaux. Ne nous scandalisons pas de les voir ainsi s’octroyer mutuellement des avantages et des services ; nous ne sommes là que pour nous ébaubir et payer notre écot.

La nouvelle devient pourtant formidablement drolatique quand on découvre que lesdits détrousseurs de grand chemin s’indignent d’une décision illégale, injuste et, ô combien coûteuse, pour leurs chers actionnaires. Quand un habitué de la grivèlerie se trouve ainsi privé de quelques bénéfices, lui, tout naturellement, a recours à la justice qui, comme chacun le devine désormais, n’est là que pour servir les plus puissants.

« C’est illégal !»  s’horrifient ces nobles représentants d’un libéralisme sans limite. Nous allons dénoncer ce procédé indigne d’un état de droit. Le droit, parlons-en, messieurs, les rois du tiroir-caisse à péage, les virtuoses de l’arnaque financière. Vous avez organisé un espace où tout est plus cher, où chaque intervention est monnayée au prix fort, où rien n’est pardonné au pauvre automobiliste pris au piège.

Faisons la liste des absurdités que jamais la justice ne viendra dénoncer car le brave citoyen n’est pas en mesure de se défendre contre vous, alors que vous n’hésitez pas un seul instant à user du recours pour rétablir votre bon droit. Celui qui n’est jamais tombé en panne sur votre espace privatisé ne sait pas à quel point votre gourmandise d’argent frise l’indécence.

Non seulement, nous avons la contrariété de la panne mais ensuite, il faudra payer un dépanneur qui se trouve en situation de monopole et qui facture ses services à des prix hallucinants. Nous allons nous retrouver, au milieu de nulle part, dans un garage où les faux frais vont se multiplier plus sûrement que les petits pains ; mais c’est la note exigée par la société d’autoroute qui nous restera sur l’estomac. Malgré la panne, il faut régler le petit carton honteux. On ne fait aucun cadeau dans le monde des requins !

Je passe sous silence les tarifs prohibitifs de l’essence et des différents services proposés dans les stations de la honte. Après tout, c’est là l’esprit même du libéralisme que de gruger les gogos. Ce qui est insupportable, c’est l’état des toilettes dans les aires ordinaires : celles où nul argent n’est à faire. On en vient à penser que cet abandon est volontaire pour forcer le voyageur à choisir les aires coupe-gorge et détrousse-bourses.

Enfin, le plus ignoble de votre fonctionnement, messieurs les autoroutiers indignes, c’est votre conception du service rendu. Car, que nous vendez-vous exactement à ce tarif toujours plus élevé ? Le droit d’être pris au piège d’une double rangée de grillages ? Le plaisir de nous retrouver prisonniers du moindre incident ? L’obligation de faire la queue lors des vacances ?

Le service implicite est un déplacement rapide et tranquille. Au lieu de quoi, quand nous nous retrouvons « embouchonnés », nous restons immobiles et impuissants alors que des portes de secours se présentent pourtant sur les côtés . Nous y sommes ; nous devons y rester car, la seule chose qui compte à vos yeux, ce n’est pas le service proposé ou notre bien-être, mais le règlement de la taxe que vous nous imposez.

Après des heures d’immobilité incertaine, il faudra payer le prix fort pour une affreuse séance de sur place. Ce sera le prix de la honte et de la masse. Pas de réduction pour service non rendu : ce serait trop beau au pays de la toute-puissance des bandits. Un tel mépris du client devrait être tout autant examiné par la justice qui n’en fera jamais rien.

Mais votre réclamation de l’heure sera, elle, examinée avec bienveillance car les lois sont faites par des gredins pour des plus gredins qu’eux. Les valets servent toujours mieux leurs maîtres que la piétaille qui se trouve au pas de la porte.

Scandaleusement vôtre.

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Bonimenteur de Loire
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