Demain, qui croiras-tu ?

l'asiette au beuree

 

Parfois je me revois enfant assis à l’arrière du véhicule de mon père… Nous passions devant le mémorial de la déportation de la ville où j’ai grandi. Après les cérémonies, des gerbes mouillées dormaient sous la liste des camps de concentration ou d’extermination figée dans le marbre. Un temps je les avais appris par cœur, ces drôles de noms, comme pour un devoir de classe : Mathausen, Gross-Rosen, Treblinka, Auschwitz… Certains appelaient même les survivants Ravensbrück ou Dachau  pour qualifier leur maigreur ambulante… Comme l’oncle de ma mère, celui qu’on appelait avant la guerre « l’oncle le gros » déporté politique  et qu’elle avait à peine reconnu à son retour. Je repense aussi à mon camarade de classe Daniel, qui ne parlait pas beaucoup ou si peu : j’ai dû attendre d’être adulte pour découvrir un soir sur Arte que son père était un enfant juif français survivant d’Auschwitz… Et puis il y avait aussi cette dame, professeur de maths qui claudiquait péniblement .Beaucoup d’élèves adolescents rieurs ne comprenaient pas. Peu avaient conscience, moi le premier, de la souffrance de cette rescapée. A l’occasion de l’anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz il y a soixante-dix ans par les Soviétiques, les derniers survivants témoignent partout là où ils le peuvent encore. Ils vont à la rencontre des enfants dans les écoles. Le témoignage humain est essentiel. Nous sommes submergés de vidéos, de courriels, de tweets, de snapchats, de photos et autres supports numériques parfois contestables. Travaillés, esthétisés, détournés, orientés, maquillés, crachés, recrachés… Tout prête à la remise en  cause. La parole directe elle, ne trompe pas dans vis à vis. Même si la voix tremble parfois… Les camps racontés par les précieuses paroles des survivants marquent une trace indélébile sur ceux qui les ont rencontrés.  Tous n’auront pas la chance ou la possibilité de les voir, il n’en reste qu’un petit nombre. Bien avant les crimes nazis contre les juifs et les tziganes, les déportations  et les camps existaient déjà en Afrique. Au passage du siècle dernier, l’empire colonial allemand en Afrique de l’est (Namibie) les initia contre les Hereros*, et les Britaniques  firent de même pendant la seconde guerre des Boers* (Afrique du Sud) avec des détenus civils noirs et blancs, sans distinction de couleur. Les ancêtres des caricaturistes de Charlie Hebdo – ceux de l’Assiette au Beurre – avertirent en leur temps de ces pratiques naissantes. Jean Veber*  était l’un deux, même si ses dessins furent teintés d’une anglophobie conjoncturelle. Son dessin de 1901 témoigne toujours de ce qui allait engloutir plus tard des millions d’êtres, quelles que soient leurs croyances.

 

 

*Jean Veber, dénonce en 1901 dans l’Assiette au beurre, les« camps de reconcentration » duTransvaal.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Veber

http://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_des_H%C3%A9r%C3%A9ros

http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_des_Boers

 

 

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5 commentaires pour Demain, qui croiras-tu ?

  1. lacaufeu dit :

    Fatizo,

    L’art ,la peinture, le dessin , l’écriture comme témoins intemporels…la représentation depuis les grottes à usage multiple.

    Bonne soirée.

  2. fatizo dit :

    Je suis terrifié à l’idée que bientôt il ne restera plus aucun témoin.
    Notre jeunesse va déjà si mal, elle se refuse à la vérité. Que croira-t-elle demain lorsque des malades viendront lui dire que tout cela n’a jamais existé,
    Je ne suis guère optimiste mais avec ce qui se passe en ce moment.
    Bonne soirée Lacaufeu.

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