Le Chansonnier de Foire …

Il était un foie …

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En une lointaine époque révolue, un chansonnier de foire allait sur les routes tourmentées de la dés-errance. On l’appelait le Petit Irlandais, bien qu’il fût du plat pays de Beauce. Héritier du grand Macrabu, le troubadour qui séduisit la belle Aliénor d’Aquitaine, il chantait de par tout le Royaume des strophes enflammées. Hélas, à fréquenter des poètes maudits, à chanter dans les tavernes borgnes et les bals masqués, le sens de la mesure l’avait quitté : non pas pour ses belles mélodies, mais pour la tempérance qu’il avait perdue de vue.

Tout pourtant avait débuté sous de bons auspices. Très tôt, ses doigts dansèrent sur les cordes d’une cithare. Il avait appris tout seul, se fiant à son oreille et à son sens inné de la musique. Il allait de foires en banquets, d’estaminets douteux en belles demeures princières, flanqué de son compère Camille. Ils aimaient tous deux à se gausser des puissants, brocarder les importants et pour cela, ils usaient alors d’un genre piquant et incisif pour montrer que l’irrévérence est la marque des esprits libres.

Il s’avisa pourtant de mettre en musique les poèmes des plus grands. :Villon, Du Bellay, Ronsard et Rabelais . C’est sans doute l’influence de ce dernier qui le conduisit à fréquenter assidûment la dive bouteille. Le fait qu’il était alors chanteur officiel de la grande tournée des spiritueux du Royaume de France acheva de ruiner sa santé et sa réputation. Sa barrique fut plus souvent percée qu’à son tour, le troubadour aviné avait mauvaise figure et triste mine.

Il sombra dans une longue période obscure. Son inconduite en fit alors le chansonnier de foire. Il tomba véritablement en disgrâce quand, à l’invitation d’une certaine Mona Lisa, il fut reçu à la cour du roi René, par un certain Foulquier de la Maison Ronde, grand chambellan des ondes. Il refusa alors de se soumettre à l’étiquette, usa à plaisir de la farce et de l’irrévérence et fit, devant un auditoire horrifié, l’apologie de la débauche et du paganisme.

C’en fut fini de ses rêves de notoriété. Sa hotte lui fit mal, il portait bien trop lourd fardeau pour résister aux outrages des breuvages pris avec excès.  « Que fais-tu à écluser ainsi ? »  lui disaient ses derniers amis. Il sombra petit à petit dans ses vieux démons ; la bouteille fut son dernier réconfort avant que de se perdre à lui-même. Il n’était plus que l’ombre du trouvère magnifique, une épave perdue dans des bordeaux infâmes, les Venelles à quatre sous. Bientôt, il ne fut plus même en état de jouer de sa cithare.

Les portes de l’enfer s’ouvrirent sous ses pieds. Dans cette longue nuit de plusieurs années, il eut la chance de trouver à ses côtés, sa fidèle et dévouée compagne. Elle le couva, le protégea, le soigna, le maintint à flot malgré ses folies et des dérives. Elle usa de trésors de patience pour accepter l’insupportable, ses caprices et ses rechutes !

Il n’était plus rien, coupé du monde et de la musique, perdu pour ses amis et ses relations. Englué dans sa dépression, il survivait au jour le jour, sans le moindre espoir. Soudain, du plus profond de ses abysses, une main se tendit. Un compagnon de misère, un autre baladin incertain le convia à partager la modeste aventure d’un duo de chansons marines. L’Océan et Jacquot allaient le remettre à flot.

Pour leur plaire, il réapprit la musique, dut tout reprendre comme un enfant qui découvre l’instrument. Il refit ses gammes, retrouva le sourire et la joie de vivre. Il fit la fête au Ponton. La lumière revint dans ses yeux et dans son esprit, si longtemps embué. C’est sur un petit Bou de Loire que les notes s’imposèrent à lui. Il avait repris les routes des spectacles avec un répertoire qui n’était pas encore le sien.

Tout bascula un soir de pleine Lune. Il vit un bateau passer au loin, il héla un capitaine jouant du violon en lui criant : « Où vas-tu marinier ? » Il allait découvrir le bonheur de la navigation sur la Loire, sa Belle passagère, à bord d’un bateau de bois. S’il avait retrouvé ses esprits, son pied n’était pas aussi souple qu’avant. Voulant descendre d’un bateau, il chut dans la rivière. Lui qui avait retrouvé le bonheur et la joie de vivre, il allait périr emporté par le courant de la Loire.

C’est alors qu’une âme charitable lui tendit la main et une petite chanson. Il s’agrippa au manche de la guitare qui lui était tendu. Elle le guida au fil de l’eau, lui permettant d’aller de couplets en refrains de Gien jusqu’à Sully. Il sortit de l’eau avec un madrigal qui lui trottait dans la tête. Son si long parcours chaotique s’achevait là. Il allait devenir le chansonnier de Loire, le petit homme qui mettait de la couleur aux chansons marinières.

La suite est une belle aventure à contre-courant. Il croisa un claveciniste distingué qu’il embarqua dans l’aventure. Il confia ses mélodies à une Oie très joueuse qui désirait les graver dans la cire, en faire un petit livret qui lui octroyait l’éternité. Le chansonnier de Loire n’en resta pas là ; déjà il avait matière à semer d’autres petits cailloux blancs : des belles histoires jetées sur le parchemin par un scripteur fou dont on taira le nom. Il avait encore de nouvelles chansons pour enchanter les amoureux de la rivière, de sa chère Bretagne et de l’Océan immense.

Il se peut qu’il ne se retrouve pas dans cette fable incertaine. C’est que l’homme est un géant de petite taille et que sa modestie a dû souffrir de ce récit incertain. Brouiller les pistes : là est le seul talent de son compère le Bonimenteur.

Adoubement sien 

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A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
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2 commentaires pour Le Chansonnier de Foire …

  1. Il est descendu au plus bas et puis il est remonté grâce aux mains tendues, heureusement car c’aurait été dommage de perdre ce talent.
    Si il apprenait la musique seul il avait peut-être l’oreille absolue.
    Bon week end.

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