Le marin de l’eau-delà.

L’éparpillement posthume.

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Nous sommes en une époque lointaine, grande productrice de saints hommes et de belles légendes. Il est vrai qu’il fallait édifier un bon peuple qu’on laissait volontairement dans l’ignorance : un état fort commode pour que s’épanouissent les superstitions et les croyances absurdes. Fort heureusement, tout ceci n’a plus cours de nos jours, c’est du moins ce qu’on veut nous faire croire.

À Nogent sur Vernisson naît un enfant nommé Ythier. Il grandit parmi les livres, une fréquentation utile à tous ceux qui s’y adonnent. Il acquiert une grande culture tout en cherchant à améliorer la vie de ceux qui l’entourent. Il se fait ainsi médecin des corps et des âmes, y gagnant, de par toute la région, une réputation digne de confiance et même d’éloges.

Hélas, l’homme n’aime rien tant que la solitude et l’isolement. Vivre en ermite dans les bois ou bien en bord de rivière est une habitude chez nos grands hommes de cette période. Il semblerait qu’hier comme aujourd’hui d’ailleurs, le commerce des humains ne soit pas de nature à enthousiasmer les êtres d’exception. Ythier était sans doute de ceux-là.

Les malades, tout comme les religieux, le pourchassèrent. Les uns pour obtenir la guérison, les autres pour lui confier la charge d’évêque de Nevers. C’était une époque où la promotion rapide était encore possible. À l’instar des premiers martyrs, Ythier brûla les étapes, bien malgré lui, et se vit confier la tiare pour succéder au défunt Rogus.

Adieu la vie paisible et champêtre ! Il fut ordonné prêtre et nommé évêque le même jour, peu avant l’an de grâce 690. L’ascenseur social était encore opérationnel et rapide. Il n’avait plus le choix et multiplia à plaisir les guérisons miraculeuses. On ne prête qu’aux riches ; il fut porté aux nues et sa réputation arriva jusqu’à Rome …

Il est vrai que le brave Nogentais avait frappé les esprits en remettant sur pied un infirme et en redonnant sa tête à un possédé. Ce sont là des exploits qui vous façonnent une réputation et qui attisent la curiosité des plus grands ! Les émissaires de Sa Sainteté le pape en personne, le futur Saint Serge 1er, allèrent quérir notre homme pour qu’il aille proposer des bains au Saint Siège et autres potions de sa composition.

Notre brave Ythier passa dix mois à la Curie avant que de retourner à Nevers. C’est à partir de ce retour que les pistes vont se brouiller. Pour les uns, notre homme meurt à Nevers quand d’autres le font périr en Berry. C’est que sa mort va faire grand bruit et donnera jour à une légende comme on aime à les raconter sur la Loire ….

On s’arrache toujours la dépouille d’un saint homme : c’est sans doute la volonté de faire commerce des reliques qui justifie cette détestable pratique. Les Nivernais se dépêchèrent d’aller quérir en Berry leur bon évêque pour lui faire sépulture en son église. Hélas, s’ils croyaient bien faire et agissaient en toute bonne foi- on ne peut attendre mieux de la part de croyants sincères- ils eurent la désagréable surprise de déplaire à celui qui avait quitté cette vallée de larmes.

Ythier qui, de son vivant, avait toujours été un homme charmant au commerce agréable, se transforma soudain en un défunt détestable, capricieux et bruyant. Du fond de son catafalque, le tout récent macchabée fit un tel raffut qu’il rendit la vie impossible à ceux qui désiraient prier en son église. Manifestement, le saint homme se refusait à vivre l’éternité en cet endroit.

Les clercs, de guère lasse, décidèrent de s’en remettre à la divine Providence pour décider du lieu de sépulture de cet évêque qui faisait dorénavant un défunt irascible. Ayant eu vent du miracle d’Aré, qui, en cette même ville de Nevers, avait réclamé, deux siècle auparavant, qu’on place son corps sur une barque de Loire pour finir son périple à Decize, les anciennes ouailles d’Ythier confièrent le catafalque à la rivière.

Ythier se montra plus docile aux lois de la physique. Il ne réalisa, ni comme Aré, ni comme Saint Benoît, le prodige d’aller à contre-courant. Il se contenta de se laisser guider par les flots pour terminer son périple à Dampierre en Burly, en un lieu qu’on nomme encore aujourd’hui « Les Noues Saint Ythier ». C’est sans doute qu’il avait décidé d’attendre l’heure du jugement dernier mais hélas, les hommes se mettent souvent en travers du verdict de la divine providence.

La baronnie de Sully s’appropria, au nom de sa supériorité hiérarchique, la dépouille du vicaire de dieu. Il coula des jours heureux et tranquilles dans le château d’alors jusqu’à ce que la folie des reliques vînt faire perdre la tête et le reste au pauvre homme. On s’arracha en effet ses restes, pour la plus grande gloire des superstitieux et des idolâtres qui, curieusement, ne considèrent pas ces horreurs comme blasphématoires.

On lui coupa la tête et un bras pour emporter en Berry : aux Aix-d’Angillon. Nogent sur Vernisson eut sa part du butin et la collégiale de Sully, dédiée au désormais saint homme, se contenta des restes. La sagesse des hommes de foi étant sans limite, les Huguenots se chargèrent de brûler les reliques de Nogent. La Révolution acheva ailleurs la dispersion et, en 1793, il ne restait du pauvre homme qu’un seul doigt, pointé fièrement en l’air. Cet index avait été dérobé au trésor de Sully sur Loire pour être conduit en grande pompe dans sa ville natale en 1656.

Voilà la triste histoire d’un brave homme qui n’avait rien souhaité d’autre que s’offrir un beau voyage sur la Loire. Il ne fait pas bon être embarqué dans les filets de la sainteté car, si vous avez l’âme voyageuse, c’est sous forme de puzzle que vous risquez de courir les chemins. Lui, ne désirait que faire une ultime avalaison ; la folie des hommes dispersa ses restes pour la seule satisfactions des idolâtres.

Blasphématoirement sien.

http://interstices.typepad.fr/4589/2010/07/vérités-et-légendes-de-saint-ythier.html

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Bonimenteur de Loire
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