La folle aventure d’un ordinateur.

Pourquoi faire simple ?

geluck-ordi

Le jeune X est un dyspraxique de la pire espèce : un cas d’école qui déstabilise les enseignants et met en échec l’administration tout entière. C’est à l’école primaire qu’on lui remit sa bouée de sauvetage, un ordinateur susceptible de le suppléer lors du passage à l’écrit. Deux années et demie durant, le truchement remplit à merveille son rôle. X pouvait écrire comme ses pairs même s’il faut l’avouer, son orthographe et sa grammaire avaient bien plus de liberté que celles de ses camarades.

Tout bascula le jour où certaines touches réclamèrent leur indépendance : les touches E -I – D – C – V avaient fait sécession sans préavis. Refusant désormais de saisir ces signes pourtant essentiels dans notre langue, l’ordinateur devait être déclaré en panne. Si la chose est ennuyeuse dans la vie ordinaire, elle l’est plus encore quand l’appareil en question est propriété d’une administration centrale.

L’ordinateur resta deux semaine en plan avant qu’une spécialiste intervienne pour fournir en remplacement un clavier de substitution. Les deux mois suivants, X retrouva la joie d’écrire comme tous les autres jusqu’à ce que son portable rende définitivement l’âme. Cette fois, la balle était dans la camp du financeur. Nous étions en mai : une fort mauvaise période pour prendre une décision comptable dans cette noble institution.

Sept mois plus tard, le patient X dispose enfin d’un nouvel appareil. Vous narrer les vicissitudes de cette aventure serait fastidieux et bien des lecteurs penseraient alors que j’invente. Sachez que plusieurs appareils sont arrivés au collège, qu’aucun n’était doté de logiciels : un stupide oubli ou un inextricable imbroglio de licences. X resta donc 4 mois sans parvenir à suivre sa scolarité selon les préconisations formalisées par une instance ad hoc.

Cette fois, le jeune X dispose enfin d’ un ordinateur portable, d’un scanner portatif et d’ une imprimante. Tout est merveilleux dans le meilleur des mondes ; hélas, nous sommes au pays de Kafka et rien ne va comme il devrait. L’ordinateur n’est toujours pas équipé des logiciels spécifiques aux problèmes de X : reconnaissance vocale et traitement de texte compatible avec le prédicateur d’orthographe. Il lui manque encore quelques logiciels gratuits et fort utiles pour la géométrie et les mathématiques.

X serait tout à fait apte à installer les logiciels manquants mais il ne dispose pas du mot de passe de l’administrateur. La suspicion entoure ce garçon, capable, il est vrai, de démonter un ordinateur sans aucune difficulté. Il ne peut non plus installer son imprimante toujours pour la même raison : appareil fourni au demeurant par l’administration qui n’assure pas le service après-distribution.

Depuis quelques jours, le logiciel pour exploiter le scanner est arrivé au bout de la période d’essai. Il faut rentrer le code de la licence afin de pouvoir à nouveau l’utiliser. Là encore, X se trouve devant une impossibilité. Il ne dispose ni de la main ni du code pour débloquer l’impasse dans laquelle il se trouve.

Quant à moi, on me demande d’aller rencontrer ce charmant garçon dans son établissement. Un déplacement qui suppose l’utilisation d’un véhicule de service et qui me prend 30 minutes par trajet. Depuis la rentrée de septembre, je fais donc le voyage pour constater la situation et ne pas pouvoir remplir ma mission. L’exaspération se mêle au sentiment de gâchis et de perte de temps. Comme ma patience a des limites, j’ai donc décidé de vous narrer cette aventure qui est, somme toute très banale, dans notre charmante administration.

Chez Courteline, les obstacles ne manquent pas. Notre « charmant » X prétend ne pouvoir transmettre des documents par clef USB comme le prévoit son protocole. Le terrible mot de passe administrateur lui serait toujours réclamé. Comme les professeurs, par prudence, se refusent à mettre leur propre clef dans l’appareil de leur élève, la transmission des documents devient impossible d’autant plus qu’il ne peut accéder à l’imprimante achetée par l’administration. On marche sur la tête, ce qui, en matière éducative, est peu recommandé.

N’insistons pas. Cela n’est qu’un détail dans l’infinie gabegie que constitue le dossier « équipement informatique » dans cette grande maison. Un parc informatique sans équivalent sans doute, une maintenance famélique, fondée le plus souvent sur le bénévolat de quelques passionnées et une emprise administrative sur les achats qui laisse planer un doute et augmente singulièrement les prix d’achat des équipements.

Enfin, ce cas n’est pas isolé. Je m’occupe d’un autre jeune qui a reçu son équipement depuis plus d’un mois et qui attend désespérément les logiciels ad hoc. Il n’y a que dans notre belle maison qu’un outil soit livré sans rien pour le faire fonctionner. Quant au temps des décideurs, des comptables, des différents niveaux de décision et de transmission, il n’a aucun rapport avec celui de la scolarité où chaque semaine perdue est dommageable. Pour eux, en effet, le temps ne compte pas ; ils ont bien de la chance !

Absurdement leur.

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A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
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2 commentaires pour La folle aventure d’un ordinateur.

  1. Je comprends bien le problème, j’ai une amie qui a subi énormément de problème avec les appareils pour son fils aveugle, c’était à devenir dingue.
    Installer la fréquence vocale c’était pire que de refaire les pyramides, parfois il y a de quoi se mettre en colère.
    Bon week end.

    • cestnabum dit :

      Claudie

      Vous voyez, je n’invente rien

      Le pire c’est le sentiment que tout ce qui devrait permettre de simplifier la vie pour le handicapé est source de profits. Il y a des loups qui se conduisent comme des charognards …

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