La force des symboles …

La rue Royale plutôt que la République.

Attentat-contre-Charlie-Hebdo

Quand l’indignation et l’émotion sont manipulées et détournées au profit de ceux qui n’ont d’autre mission que d’être nos représentants, il y a de quoi s’alarmer et s’indigner. Quand, dans un moment particulièrement douloureux, se mettent en avant des personnes qui ne sont pas exemplaires, tant par leurs décisions que par leurs pratiques politiques, il est légitime de ne pas se reconnaître derrière elles.

La République ne peut et ne doit pas être confisquée par les seuls porteurs d’écharpe. La gravité du moment exige que chacun se mette en retrait devant les valeurs qu’il nous convient de défendre, nous tous, sans exclusive de rôle ni de fonction. Quand un premier ministre prend la parole pour dire que manifester est non seulement un droit mais, compte tenu de l’importance du défi, une obligation morale, il sort largement du cadre et de l’esprit.

Mais puisque manifestation il y a, celle-ci doit faire en sorte de respecter les symboles et les valeurs de notre République tout en prenant en considération le contexte et le message qui est mis en avant. Les défilés qui se sont tenus pour honorer la mémoire de l’équipe de Charlie Hebdo et de tous ceux qui ont été massacrés lors de cette période affreuse devaient, il me semble, s’imprégner de l’esprit iconoclaste de ceux qui sont tombés au nom de leurs idées et de la liberté d’expression dont j’use à mon tour ici.

Je n’ose imaginer leur réaction en voyant, en tête de cortège, ceux qui n’étaient jamais épargnés par leurs caricatures. Que les défilés aient ce jour-là une tête officielle, c’est déjà une insulte à l’esprit anarchiste de nos martyrs de la liberté d’expression ; que ces personnages si importants se coupent de la foule si nombreuse, si choquée, si solidaire en ces heures difficiles, est une injure impardonnable. Qu’ils portent en signe distinctif, leur écharpe semble vouloir les placer, une fois encore, en avant pour une agression qui visait non les représentants de notre République mais ses valeurs qui sont le bien commun de tous.

Quant à ce cortège orléanais que j’ai observé avec le regard de travers qui caractérise ceux qui préfèrent la marge à la norme, il y aurait tant à dire sur son déroulement. Qu’il y ait déjà une tête de cortège relève de la plus totale incompréhension de ce qui se joue actuellement. Que ce trajet emprunte exclusivement les rues Jeanne d’Arc et Royale démontre à quel point les organisateurs attachent peu d’importance aux symboles.

Qu’ils déposent une gerbe devant la statue de la République aurait été une nécessaire action s’il n’y avait pas, impliqués, les représentants des autorités religieuses, à moins qu’une fois encore, je n’aie rien compris à l’esprit de la loi de 1905. Mais le pire était encore à venir. Car, à Orléans, on ne peut rien faire sans le regard tutélaire de Jeanne d’Arc. C’est donc au pied de la statue de l’héroïne locale, icône de bien des chapelles, que l’essentiel de la cérémonie eut lieu.

Nos représentants, dos à la statue, le regard tourné vers la foule amassée rue Royale, sont restés de marbre dans un silence inhabituel pour eux. Je conçois aisément qu’ils n’avaient rien à dire pour rendre hommage aux trublions de la bande à Charlie. J’aurais aimé un poème, un texte fort mais que peut-on attendre de ces gens qui tournaient le dos à la rue de la République ?

Il y eut encore un lâcher de ballons tricolores. Si l’image est belle, sa dimension écologique est discutable. C’est au son de l’incontournable et bien trop belliqueuse Marseillaise que se termina cet hommage. Je doute que nos disparus se soient reconnus derrière cette chanson peu reprise par les présents. Puis, la foule, jusque-là oubliée par les organisateurs, se mit à scander «  Nous sommes tous Charlie » tout en frappant des mains.

Les gens aux mines de circonstance étaient partis, ils n’avaient fait que silence, eux qui finalement, ont si peu d’important à dire. La véritable communion pouvait commencer avec des discussions, des échanges, des débats. La rue reprenait le pouvoir qui, une fois encore, lui avait été confisqué par ceux qui se prétendent ses représentants. Pour moi, c’était trop tard ; j’avais vu les erreurs, j’avais appris des choses que je ne saurais écrire ici. Décidément, je ne peux me reconnaître derrière cette appropriation du pouvoir et de l’émotion.

Iconoclastement leur.

Le lendemain …

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Je me suis sans doute fourvoyé à suivre cette belle réplique du peuple par le seul prisme de la représentation théâtrale qui se jouait en tête de cortège. J’ai ainsi manqué la communion sincère, la ferveur des humbles, la spontanéité d’une présence en masse dans les rues de notre ville.

Je sais cependant qu’après s’être réjouis de la foule immense avec, pour une fois, un comptage venant de la police bien plus flatteur qu’à l’accoutumée, les médias ne retiendront que les images des porte-drapeaux de nos institutions. C’est pour ça que j’ai voulu suivre leur partition et je déplore vraiment qu’elle fût aussi caricaturale que je le redoutais.

Je ne doute pas qu’il y avait dans cette jolie brochette des gens profondément émus, des individus ébranlés par ce qui venait de se dérouler dans notre pays. Là, n’est pas le problème. Ce qui me pose problème c’est le rôle qu’ils ont dû jouer avec une absence d’expression et de message. Le plus insupportable à mes yeux réside dans cette volonté de se sortir de la masse, de se distinguer et de se mettre ainsi en avant.

Je sais que beaucoup d’autres élus se sont noyés dans la foule, devenant ainsi citoyens parmi les citoyens, sans autre distinction que leur écharpe. C’est ainsi qu’il fallait agir et je les en félicite. Quant aux critiques sur le trajet et les symboles, on me répondra que cela n’a aucune importance, qu’il n’était pas possible de faire autrement. Pourtant, cette belle manifestation a été pensée par des spécialistes de la communication et il me semble qu’ils ont failli.

Enfin, quand je vois un homme en armes au pied de la statue de Marianne, je me dis que les terroristes ont quelque part gagné. Celui-ci, le pistolet mitrailleur au poing détonnait singulièrement avec tous les autres représentants de la police, concentrés mais souriants, attentifs mais disponibles aux gens. Là encore, une petite erreur qui m’a choqué. Mais je vois le mal partout sans aucun doute ! Pourtant, je continuerai d’être un poil à gratter n’en déplaise à ceux qui prétendent défendre « Charlie Hebdo » mais ne supporte pas les irrévérencieux, les galapiats et les guêpins.

Rectificativement leur.

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A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
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2 commentaires pour La force des symboles …

  1. fatizo dit :

    Pour une fois je vais essayer de défendre les politiques, en partie.
    Je pense que s’ils se sont mis à l’écart, et que s’ils ont si peu défilé, c’est avant tout en terme de sécurité.
    Vu la brochette de dirigeants présents, on ne pouvait prendre aucun risque.
    Et en ce qui concerne la manif en elle même, c’était vraiment très émouvant;
    Bonne soirée CNabum

    • cestnabum dit :

      Fatizo

      La sécurité ?
      Ils n’avaient qu’à se mêler à la foule, défiler de manière anoynyme sans projecteurs braqués sur eux

      La compassion ce n’est pas du cinéma

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