La cérémonie des vœux

La plus inutile des pratiques.

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Voilà bien la plus redondante pratique que je connaisse ; la cérémonie des vœux fait du mois de janvier le plus ridicule moment de l’année. Chacun se croit obligé de délivrer son petit couplet ridicule assaisonné d’espoirs vains et de promesses aussi incertaines que fallacieuses. C’est le concours du truisme, de la pensée en creux et de la banalité élevée en savoir-vivre.

Pour que la chose prenne des allures de digne moment franchouillard, il est bon de ne pas omettre l’indigeste galette et la boisson gazeuse de service. C’est d’ailleurs cette dernière qui va déterminer votre niveau d’importance dans le monde des apparences et des ronds de jambes.

Si vous n’avez droit qu’à un soda, prenez vos jambes à votre cou ou bien préparez-vous à faire vos valises : vous n’êtes plus en odeur de sainteté. Le cidre, vous place dans le menu fretin, le tout-venant de la piétaille. S’il se colore de cassis, il faudra y voir une légère marque de considération qui ne va cependant pas très loin.

Le crémant vous reconnaît une certaine valeur. Là encore, il y a à boire et à roter dans cette catégorie et tous les assemblages deviennent possibles dans un pays qui élève le redoutable « Rosé pamplemousse » comme boisson de l’année. Vous pouvez y trouver de la mûre, de la pêche ou bien une crème quelconque. Signe révélateur que, curieusement, vous n’appartenez pas à la crème de la bonne société.

Car pour celle-ci, le champagne reste et demeure le signe de la caste. Une cérémonie avec champagne vous place au-dessus des manants et des gueux. Vous pouvez vous sentir honoré par l’institution invitante, d’autant plus honoré d’ailleurs que vous n’appartenez pas aux cochons de payants.

C’est bien là tout l’art de cette belle occasion si souvent aussi onéreuse que pénible. Il faut être du nombre de ceux qui ne mettent jamais la main à la poche. Dans ce domaine, il y a une véritable fraternité des pique-assiettes, des profiteurs de tous poils qui savent si bien sentir le vernissage, la cérémonie, le raout ou la manifestation qui rincent le gosier des parasites.

Le liquide n’est pas tout. C’est le solide qui vous confirmera votre place dans la société. La galette sèche, surtout si elle sort d’un emballage en plastique translucide, sonne le glas de vos ambitions. Vous n’êtes rien qui vaille et les innombrables miettes qui joncheront les nappes en papier blanc, attesteront de votre appartenance au petit peuple.

La frangipane vous placera un peu au-dessus du bas peuple. Là encore, tout dépendra de la provenance de la pâtissière gourmandise. C’est à vous de trouver si elle est issue de l’industrie agro-alimentaire ou bien d’un artisan réputé. C’est à ces petits détails qu’on mesure la considération qu’on vous accorde.

Le petit four vous place au-dessus de la mêlée. Mais ne vous laissez pas abuser : les pièges sont nombreux dans ce jeu des faux-semblants. Là encore, le tout-venant peut vous laisser bien des regrets et des aigreurs. Vous devez rester vigilant avant que de vous bâfrer sans inquiétude. La tenue des préposés au service peut fournir des indications assez pertinentes sur la fraîcheur de la chose. Il faut cependant un œil exercé pour distinguer l’extra occasionnel du serveur de métier.

Je ne veux pas vous donner la migraine avant que d’avoir levé la coupe. C’est, je tiens à le préciser, un des indices les plus judicieux dans l’évaluation de la cérémonie à laquelle vous risquez, dans ce mois terrible, d’être invité. Si elle est en plastique, passez votre chemin. Vous pouvez aussi être servi dans un godet indigne : un vulgaire verre à moutarde ; il vous faudra alors avaler vos ambitions et votre fierté. Seule la coupe en cristal vous démontrera que vous appartenez à la société qui compte sans compter.

Enfin, rien ne vaut la longueur et la qualité du discours pour savoir si vous êtes vraiment dans la grande société. Car toute peine mérite sa récompense et plus encore parmi les grands de cette société. Plus l’orateur parlera longuement avec des phrases qu’il n’a certainement pas écrites lui-même, plus ses phrases seront ronflantes et son ton monocorde et sans enthousiasme, plus le propos sera dénué d’humour et de sincérité et plus vous devez être certain d’être parmi le gratin. Soyez patient, faites l’effort d’écouter et surtout n’oubliez ni de vous exclamer ni d’applaudir pour bénéficier des largesses à venir et d’y être convié l’année suivante.

Quant à moi, ma réputation sulfureuse n’étant plus à faire, j’échappe aux maux d’estomacs et de tête. Chacun dans mon pays redoute désormais de figurer en mauvaise place dans un billet désagréable et évite soigneusement de cocher mon nom sur la liste des hôtes. À la lecture de ce texte tout en nuances, vous pouvez vous rendre compte à quel point cette réputation est usurpée. Il n’est pas invité plus obséquieux que votre humble serviteur !

Cérémonieusement vôtre.

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Bonimenteur de Loire
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