De l’épicéa au sapin.

De fils en aiguilles.

sapinNoel_WB-200x300

Les traditions ont la vie longue surtout quand elles sont plagiées, détournées ou bien exploitées par d’autres. La Noël est bien la fête la plus controversée du moment, devenue une foire commerciale sans limites pour les uns quand d’autres se refusent à voir un âne et un bœuf dans les lieux publics. Où se crèche désormais la libre pensée ?

Mais revenons à ce qui fit la gloire de cette période. Le solstice d’hiver marque la fin du raccourcissement des jours. Les Celtes et leurs mois lunaires ne s’y étaient pas trompé qui avaient fait de Nedeleg la plus belle fête qui soit, célébrant à la fois la renaissance et les lumières, la fertilité et le renouveau.

Un arbre allait symboliser ce moment de joie : l’épicéa. Parce que ses épines demeurent malgré l’hiver, parce qu’il reste toujours vert, il était tout indiqué pour marquer de son empreinte ce joli moment. On lui mit bien vite quelques pommes rouges dans ses branches pour lui donner belle allure. Il se parait en habits de fête bien avant que l’église, bonne fille, décide que le Christ était né le jour de Noël.

De fils en aiguilles, les maisons d’Europe centrale accueillirent cet arbre auprès de la cheminée. Une bûche de chêne, symbolisant le feu sacré, la prospérité, était conservée pieusement à côté de notre petit arbre grimé. Il ne manquait plus que les nains et le chocolat pour se croire à notre belle époque d’abondance.

Il fallut attendre 1521 pour que le sapin supplante l’épicéa. Ce fut une date terrible pour l’espèce car depuis, l’hécatombe n’a cessé de toucher les pauvres petits sapins, coupés en pleine croissance et fardés pour quelques jours de gloire avant de terminer dans une poubelle d’infamie. Il se dit qu’ils avaient les boules !

Le petit sapin pourtant n’écoutait jamais les conseils de sa maman. « Si tu fais le beau, lui disait-elle, tu vas te faire enguirlander ». L’arbuste qui n’était pas une lumière, ne voyait pas le sens profond de cette mise en garde. C’est bien trop tard qu’il en comprenait le sens, se jurant bien tard qu’on ne l’y reprendrait pas.

Hélas, la vie n’est pas un cadeau pour le sapin de Noël. Il a beau soigner le mal à la racine, il lui arrive souvent de perdre ses aiguilles sans avoir le temps de se refaire une santé. Le rempotage est souvent voué à l’échec surtout si une coupe assassine a mutilé le pied du pauvre arbre.

Le sapin n’est pas au bout de sa peine. Dans la maison en fête, il va en voir de toutes les chandelles devenues clignotantes sous la houlette de la fée électricité. Ce scintillement énervant lui permet d’oublier la détestable cohabitation avec des guirlandes synthétiques qui font assaut de mauvais goût. Décidément, les humains ont des conceptions très douteuses de la décoration intérieure.

Le petit sapin se pense l’objet de toutes les admirations et cela lui fait oublier la fin tragique qui lui est promise. Roi de la fête, centre de tous les regards, il découvre pourtant, désespéré, qu’il n’est que prétexte. C’est à son pied que tout va se jouer et ce sont des paquets déposés nuitamment par un vieillard cacochyme qui vont lui voler définitivement la vedette.

Jusqu’à l’Epiphanie, le malheureux sapin va perdre ses aiguilles et ses illusions. N’espérant plus aucune livraison de cadeaux, les enfants désertent le pauvre petit arbre dont les scintillements désespérés ne touchent plus personne. La magie de Noël ne dure que quelques instants. La suite n’est qu’une lente agonie sylvestre.

Le petit sapin, avant de mourir de sa belle mort, comprend que si la fin est proche, il y a bien pire humiliation encore à supporter au pays des arbres à aiguilles persistantes. Le sapin synthétique a le vent en poupe. En voilà un qui vous donne l’envie d’être un conifère caduc afin de n’être plus importuné en décembre. Mais n’est pas mélèze qui veut, le petit sapin le regrette amèrement.

C’est quand la fève arrive sur la galette, que la tradition exige la sortie du pauvre arbre dépouillé, dénudé, détrôné. Il n’est plus le roi de la fête et a perdu sa couronne depuis longtemps. La chaleur de la maison et le peu d’égard des humains en ont fait un pauvre spectre. Pour le petit arbre, ce début d’année sent déjà le sapin ; les vœux de prospérité et de santé surtout, ne sont donc que pieux mensonges …

Iconoclastement sien.

 

Publicités

A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
Cet article a été publié dans L'histoire en questions. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s