« The Shop Around The Corner » (1940), d’Ernst Lubitsch.

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Nous sommes à Budapest dans le années 30 chez Matuschek et Cie, une boutique de maroquinerie d’une grande rue commerçante. Alfred Kralik, le premier vendeur, fait office d’adjoint du patron. Le personnel cohabite en bonne harmonie, même si Vadas, personnage prétentieux et arriviste, n’est guère apprécié de ses collègues. Un jour arrive dans le magasin Klara Novak : elle est jeune, vive, et se retrouve, grâce à son talent, vendeuse. Très vite, entre la jeune fille et Alfred Kralik les tensions apparaissent . Mais ils s’en moquent puisqu’aspirant à un idéal, chacun pense avoir trouvé l’amour auprès d’un correspondant anonyme…..

Adapté de la pièce de théâtre « Parfumerie » (1937), de l’auteur Hongrois Miklos Laszlo, « The Shop Around The Corner » réussi le parfait équilibre entre humour et émotion. On peut considérer qu’avec « To Be or Not to Be »(1942) et « Ninotchka » (1939), ce film fait parti  des chefs-d’oeuvre de la période américaine de Lubitsch.

Il est intéressant de constater que dans ce film tous les protagonistes appartiennent à la classe ouvrière. Ils sont tous préoccupés par la précarité de leur situation que ce soit au niveau social ou sentimental. Ils réaliseront que l’intégrité ne suffit pas à assurer sa position dans un monde du travail marqué par la crise mondiale et la toute-puissance d’un patronat libre de vous congédier du jour au lendemain.

On peut voir aussi dans « The Shop Around Th Corner »,  une peinture ironique de la bonne conscience bourgeoise incarnée par un patron maniéré, Monsieur Matuschek.

Il s’agit du plus sensible des films de Lubitsch, les gags sont irrésistibles mais l’humour se teinte d’une délicieuse mélancolie.

Lubitsch  imprime au film sa touche inimitable. Il fait de la boutique Matuschek le théâtre d’une comédie sur fond de crise économique. La menace du chômage et de la faillite qui plane sans cesse sur les employés et leur patron en fait pratiquement un film social, tant la condition précaire des employés est mise en avant.

A ce titre c’est le personnage de Pirovitch, le père de famille qui encaisse les humiliations pour garder son emploi et prend le large chaque fois que Monsieur Matuschek demande l’avis du personnel, qui illustre le mieux cette dimension .

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Ce film nous oblige à ne pas être trop idéalisme. En effet, Alfred et Klara, qui avec leur correspondant s’imagine un amour idéal, ne voient pas les signes évidents d’attirance qu’ils exercent l’un sur l’autre . L’histoire d’amour par lettres interposées entre les deux employés qui se détestent au quotidien est un appel à ouvrir ses yeux sur le réel, sans toutefois renoncer totalement à ses rêves.

L’autre handicap de Kralik et de Klara est leur incorrigible franc parler. Comment être heureux lorsqu’on blesse constamment les autres par trop de franchise ?

A contrario , Vadas, qui n’est qu’orgueil, mensonge, et qui en plus ne possède aucun humour, nous fait comprendre que Lubitsch a encore moins de respect pour ce type de personnage.

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Au niveau de l’interprétation, on est avant tout marqué par la performance des seconds rôles. Que ce soit Frank Morgan dans le rôle du patron, Joseph Schildkraut dans celui de Vadas, ou encore Sara Haden en Flora Kaczek, ils sont tous excellents.

Le personnage de Pepi, coursier au culot naturel impressionnant, est incarné à la perfection par William Tracy . Mais le second rôle le plus important est sans conteste Felix Bressart dans le rôle de Pirovitch. Ce père de famille n’aspire qu’à une chose, conservé son travail pour faire chauffer la marmite, et qu’importe s’il ne se montre pas toujours très courageux face à son patron.

Quant à James Stewart, il est égal à lui-même, c’est à dire excellent.  Mais celle qui crève l’écran par sa sensibilité à fleur de peau, son coté  midinette et peste à la fois, c’est Margaret Sullavan. A noter que les deux acteurs ont tourné ensemble 3 autres films, dont l’excellent et trop méconnu « The Mortal Storm » (1940) de Frank Borzage.

On retrouve cette charmante actrice dans un autre très grand film de l’époque,  « Trois camarades » (1938), toujours de Frank Borzage.

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Vous aurez compris qu’avec « The Shop Around The Corner », nous avons ici un chef-d’oeuvre  de la comédie sentimentale. C’est drôle, raffinée, élégant, il y a du  Frank Capra dans cette fable sociale.  Et puis rarement un film  n’a su aussi bien appréhender avec autant d’humanité les craintes d’une société en proie au chômage.

Bonnes Fêtes de Noël à tous.

P.S

A noter qu’un remake de ce chef-d’oeuvre a été réalisé en 1998 par Nora Ephron, avec Meg Ryan et Tom Hanks. Le film s’appelle « Vous avez un message », et les personnages ne correspondent non plus par lettres mais par Internet .

Un film de qualité fort médiocre, surtout si l’on compare avec l’original.

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2 commentaires pour « The Shop Around The Corner » (1940), d’Ernst Lubitsch.

  1. cestnabum dit :

    Fatizo

    Le cadeau de notre monsieur Cinéma
    Merci l’ami

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