Jungle Fever.

Le bruit des engins sonna comme un réveil brutal : depuis longtemps les autorités avaient annoncé la fermeture du camp…. Entre les tentes et les bâches les idées tournaient encore. Au fond personne n’y avait vraiment crû et surtout pas ceux qui y vivaient depuis plusieurs années. Un sac poubelle endormi  sur un canapé mangeait son rêve sous le regard d’un chat. Le chez-soi sous un toit n’avait plus cours en ces temps maudits. Un labyrinthe mouvant consommait les endroits des campements. Allée de la marge,  l’esprit s’enlisait au contact des rats… Bienvenue à la fête du détritus ! Excrément intéressant pour le recyclage. Torrent de vermine sur un chemin de boue. Le ton était donné… Beaucoup travaillaient ailleurs et dormaient ici, parfois dans leur bagnole. Pour d’autres c’était la fin de parcours. Les vagues de misère les repoussaient à jamais loin de la ville et de ses lumières. A l’hôtel de la cabane, l’arbre soutient quand même l’homme qui glisse. Terre pleine de larmes, ton chant est un vertige pour celui qui tombe. L’été dernier au détour d’une bretelle d’autoroute, j’avais bien aperçu le camouflage d’un infortuné, sans trop  y croire. J’avais surtout vu les panneaux « Welcome  » et je me croyais dans un film. Nous remontions vers le Nord et pourtant nous n’étions pas à Calais en France. Non, rien à voir avec les candidats à la traversée. Puisque l’eldorado est ici. Ce camp de vingt-huit hectares se trouve à San José dans le comté de Santa Clara, au beau milieu de la Silicon Valley, cœur des nouvelles technologies. Le grand nettoyage du bidonville californien eut lieu le quatre décembre dernier. Certains des sans-quelque chose furent relogés, les autres errent toujours dans l’espace économique comme des astres oubliés.  La couverture médiatique n’a pas voulu réchauffer les âmes au grand magasin de la misère. En solde, un aspirateur high tech géant qui n’ignore aucun recoin, pas même le tien. Prends garde à toi petite poussière !

 

 

*Jungle : Bidonville de 28 hectares de 300 sans-abris à San José (Californie) démantelé le 04 décembre 2014.C’est aussi le surnom donné par les sans-papiers à la zone forestière entourant le camp de Sangate près de Calais. Welcome film de Philippe Lioret 2009

http://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/2014/12/06/01007-20141206ARTFIG00018-au-coeur-de-la-silicon-valley-un-immense-bidonville-reflet-des-inegalites.php

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6 commentaires pour Jungle Fever.

  1. cestnabum dit :

    Lacafeu

    Naturellement j’ai partagé ce texte nécessaire et magnifique

    • lacaufeu dit :

      Merci beaucoup Nabum,

      Iront-ils jusqu’à promouvoir le bonheur sous la tente ou l’abri smartphone. ?

      Bonne soirée.

  2. L’info est passée par pertes et profits, je ne l’avais pas lue.
    Quel contraste toute cette misère à côté de ces complexes de hautes technologies.
    Bon week end.

    • lacaufeu dit :

      Merci Claudie,

      Posons -nous la question de savoir pourquoi cette nouvelle n’ a pas été relayée ? L’idéologie dominante imprime sa marque de manière constante et répetitive. En période d’achats pour les fêtes cela ferait désordre…

      Bonne soirée.

  3. lacaufeu dit :

    Fatizo,

    C’est vrai elle ne connaît pas de frontière comme la bêtise….
    Bonne fin de semaine.

  4. fatizo dit :

    Il y a aussi la mondialisation de la misère.
    Bon week-end Lacaufeu .

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