Le rond de la Saint Georges

L’origine du prodige.

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Il est une histoire que se racontent les mycologues et les amoureux des légendes. On se la passe de bouche à oreille, comme bien souvent, quand il est question d’indiquer un coin à champignons ou bien une aventure mystérieuse. Celle-ci, remplira votre panier à malice si vous prenez la peine de l’écouter.

Quelque part en un pays qu’il convient de garder secret pour ne pas rompre le prodige, il y a une hêtraie dans laquelle, chaque Saint Georges, au printemps, se déroule un bien curieuse cérémonie. Dans la nuit du 22 au 23 avril, mémorable entre toutes, les korrigans de la région, se donnent tous rendez-vous en cette clairière.

Ils viennent célébrer le plus glorieux d’entre eux : celui qui décida de rompre le sortilège qui leur imposait de rester entièrement voués au service des sorcières. En effet, sous le redoutable prétexte que le korrigan est petit, difforme et doté d’un visage ingrat, il devint bien vite le serviteur zélé et exclusif des dames maniant les potions et les sortilèges.

Les sorcières aimaient à se jouer des elfes de notre Bretagne, gnomes dociles, en faisant d’eux de véritables esclaves, voués corps et âme à leur bon plaisir. On prétend même qu’elles en faisaient un usage que, rigoureusement ma mère, m’interdit de préciser ici. On attribue bien souvent aux êtres de très petite taille des prouesses en un domaine bien particulier…. La jalousie des humains sans doute… et le rôle néfaste des sorcières.

Ainsi, il se disait alors dans le pays, qu’en quelques occasions dans l’année, les sorcières aimaient à danser toute la nuit, épuisant les korrigans en danses folles avant de leur demander plus encore. Les pauvres lutins étaient contraints de se soumettre aux désirs de leurs maîtresses sinon ils couraient le risque de finir en crapauds ou bien en vilains rats.

C’est un beau soir de printemps que Georges, un korrigan plus intrépide que les autres, décida de briser le cercle infernal. Il n’acceptait pas l’idée de n’être dévolu qu’au seul bon vouloir des sorcières. Il profita de sa fête, en bon catholique qu’il était, pour célébrer à sa façon la victoire de son saint patron sur le redoutable dragon.

Georges voyait dans les légendes des messages que lui adressait le Très Haut. Pour lui, il ne faisait aucun doute que dragons et sorcières ne faisaient qu’un. Il trouva dans cette coïncidence, le prétexte que tous ses frères les korrigans espéraient depuis si longtemps. Il fallait briser la malédiction et refuser, une bonne fois pour toutes, la ronde des vilaines dames au nez crochu et aux manières si peu amènes …

Il envoya de par le pays tout entier une invitation à tous ses compagnons, habitants des grottes, des fourrés et des haies profondes . « Venez le soir du 22 avril dans la Hêtraie derrière mon humble demeure. Munissez vous d’un chapeau, le plus élégant qui soit et d’un fer à cheval pour conjurer le sort » . Il se fit fort également de convier à cette soirée de liesse, toutes les fées qui, elles aussi, en avaient assez de la domination des sorcières sur Brocéliande et les forêts voisines.

Le soir venu, il y avait foule au milieu de la clairière. Fées et korrigans enfin réunis, firent bien vite connaissance, se lièrent d’amitié, se désolant de n’avoir pas su plus tôt briser l’interdiction que leur avaient imposée les méchantes femmes en noir. De- ci, de-là des couples se formaient. Les fées, plus que les autres femmes, ne voient que la beauté intérieure  ;chacune avait trouvé le Korrigan de son cœur.

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Georges n’était pas peu fier de son initiative. Elle portait déjà ses fruits. Il restait encore cependant à marquer le point décisif qui allait faire de cette soirée la fin de la domination des sorcières. Quand la Lune fut au plus haut dans le ciel, Georges demanda à tous les couples de se mettre en cercle. D’un autre signal, il fit venir des musiciens qui entamèrent un rondeau endiablé.

Bien vite, le sol se mit à vibrer sous les pas enthousiastes des lutins rieurs et des fées enjouées. La joyeuse troupe tournoyait en une délicieuse farandole. Les danseurs chantaient à tue-tête et ils firent tant de bruit, que les sorcières furent averties de ce qui se tramait derrière leur chapeau pointu.

Chevauchant leurs balais de genêts pour tenter d’interrompre cette farce qui n’avait que trop duré, elles arrivèrent en masse et se regroupèrent toutes en un vol circulaire au ras des danseurs dans l’espoir de les effrayer et de faire cesser cette folie. C’est justement ce que Georges avait prévu. Il se frotta les mains, certain que son plan allait fonctionner à merveille.

Au signal qu’il avait convenu à l’avance avec tous ses amis korrigans, il leur donna l’ordre de lancer leur chapeau en l’air tandis que les fées jetèrent au visage des sorcières en balai, le fer à cheval qui tournoyait dans les airs comme un boomerang. La précision des fées, la taille des chapeaux des korrigans firent des merveilles.

Jamais, de mémoire de personnage légendaire, on ne vit pareille hécatombe de sorcières. Elles tombaient, les unes après les autres, chues d’un balai qui devenait incontrôlable, le fer à cheval les ayant assommées.La tête la première, elles se plantaient en cercle dans la clairière. Le chapeau venant recouvrir chacune de ces pitoyables victimes.

L’espace d’un instant, les sorcières devinrent toutes des champignons, débarrassant le pays de leur vilaine présence. Le lendemain, les gens du pays qui avaient entendu grand raffut dans ce coin découvrirent ce nouveau phénomène : un grand cercle de tricholomes de la Saint Georges qui enchantèrent les amateurs de champignons.

Chaque année à la même date, les champignons repoussent en un grand rond. Les uns disent que c’est le rond des sorcières quand d’autres affirment qu’il s’agit de celui des fées. Ni les uns, ni les autres n’ont tort. Seuls les korrigans savent la vérité mais ils ne se montreront pas pour vous la dévoiler. Depuis cette nuit, ils vivent heureux, chacun en ménage avec une fée ; il n’est pas nécessaire de briser ce délice

Ce rond est vraiment magique ; chaque année il s’élargit pour satisfaire un peu plus les gourmets qui ont eu vent de son existence. Si vous êtes de ces heureux cueilleurs, envoyez un clin d’œil dans les sous-bois tout proches. Il y a sûrement un korrigan et une fée qui vous regardent. Ils vous accompagneront de leur bienfaisante protection durant le reste de votre vie.

Sabbatiquement vôtre.

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Bonimenteur de Loire
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