Le berlaudiaud

Heureux !

simplet-fernandel

Il fait l’idiot à moins qu’il ne le soit vraiment. Il amuse la galerie, fait le pitre pour plaire et séduire sans se rendre compte qu’il est plus pathétique que comique. Pour le décrire, les mots ne manquent pas. Suivant la région ou bien l’époque, il est le simplet, le ravi, le babache, le bazin, le drôle ou bien le ouf. Il est le révélateur de nos travers, des dérives d’une époque, il est le revers de la médaille, l’envers du décors.

Le berlaudiaud vit en marge de notre société. Désormais, il n’a plus de place précise, plus de fonction réelle dans un tissu social qui n’a d’autre but que de rechercher la normalité, la norme, la conformité, le formatage. Plus les lois et les mouvements de société imposent des évolutions pour faire place aux différences, plus celles-ci sont rejetées, bien loin des niches accordées aux autres distinctions.

La folie douce interpelle, elle dérange bien plus que les perversions, les malformations, les déformations ou les contestations de toutes natures. Le cerveau se doit d’être droit, sans dérive ni confusion. Gare à la déraison quand tout, autour de nous, n’est qu’aliénation et exagération ! Il faut se démarquer mais le faire exprès, sortir des rangs tout en maîtrisant ses dérives. Pas de pitié pour celui qui subit ce qui le met à la marge ….

Autrefois, le simplet avait son rôle et sa place. Il n’avait sans doute pas la vie facile, subissait bien des railleries et devait supporter quelques avanies mais il était de ce monde, il s’y confrontait, en supportait les méchancetés et bons côtés. Aujourd’hui, il est devenu transparent à moins qu’il ne soit invisible. Il longe les murs, emprunte les transports collectifs sans avoir droit au moindre regard ; il travaille dans un centre lointain et férocement spécialisé. Il doit laisser la place à tous les autres ….

La différence est à la mode ; elle est même une obligation d’originalité, une recherche esthétique, un principe fondateur. Elle est cependant si codifiée qu’elle en devient une norme plus épouvantable encore que l’uniforme. La différence c’est le fonctionnement en tribu, en clan, en bande, en caste ou en famille. Pourtant, la folie n’a pas sa place dans cet échantillon des variations de l’âme humaine : elle est hors les murs, hors la société.

Pour se distinguer, il faut à la rigueur être un grand créateur, un artiste à la condition d’être reconnu et monnayable. On peut être encore un excentrique, un gentil barjot, un doux dingue pourvu qu’on soit habillé de bric et de broc, de lambeaux et de couleurs, couvert de bijoux, scarifications, tatouages et autres breloques. Mais aucune pitié pour le malade dans sa tête : celui qui ne décide de rien et ne le fait pas exprès.

Le berlaudiaud dérange quand tous les autres sont l’essence même d’une civilisation qui ne parvient plus à se fixer des règles et des principes communs. Il est celui qui pousse la porte de la raison, qui ne fonde pas son comportement sur un discours ou une reproduction, une mode ou bien une volonté affirmée. Il agit sans savoir, sans le vouloir vraiment et en cela, il est le plus insupportable aux yeux de tous.

Le berlaudiaud est notre double. Il est passé de l’autre côté d’un miroir sans tain. Il est la part sombre de notre orgueil, le négatif de nos perversions. Il est le repoussoir absolu. La folie, la véritable folie n’a pas sa place dans cette société. Exclu du monde des humains, le berlaudiaud est devenu une ombre, un passant qui ne s’arrête plus, un spectre vivant.

Alors, je me fais gloire et honneur à lui redonner place quand j’en croise un. Un signe amical, une petite parole, un sourire et quelques mots échangés brisent enfin ce mur visible derrière lequel il est cloîtré au grand air. Je vous invite à faire de même ; le berlaudiaud doit reconquérir sa dignité d’humain. Ne soyez plus de ceux qui détournent le regard.

Ontologiquement leur.

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A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
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2 commentaires pour Le berlaudiaud

  1. fatizo dit :

    Bien vu. La différence est à la mode, mais seulement lorsqu’elle est jouée, qu’elle n’est qu’un mensonge pour se rendre original ou provocateur, ce terme à la mode qui ne veut plus rien dire.
    Je hais ces nouveaux provocateurs, ce sont tous des tartufes ;
    Bonne soirée CNabum

    • cestnabum dit :

      Fatizo

      Je ne suis pas qu’un brave idiot
      J’observe ce monde et il m’exaspère bien souvent

      L’humour permet souvent de le peindre tel qu’il est vraiment. Et ce n’est pas très joli !

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