Prendre l’air

 Le tour du pâté de maison.

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L’après-midi de ce dimanche de novembre tire à sa fin. Déjà, le ciel s’obscurcit, la nuit ne va pas tarder et vous n’avez encore rien fait. La matinée s’est passée entre grasse matinée et refus d’affronter le jour qui s’annonçait. Vous avez repoussé le plus possible l’idée de sortir, de faire les quelques courses qui s’avéraient nécessaires pour recevoir la famille. Heureusement que la boulangerie ferme tard …

C’est ainsi en ce début d’automne. Les dimanches sont gris, ils donnent le sentiment d’une vie en suspens, d’un temps qui s’étire sans but et sans envie. Les humains se préparent au grand hiver qui s’annonce. Il y a de l’inquiétude dans l’air et je ne sais quoi d’une sourde angoisse, de crainte des lendemains frileux. La maison est le havre de paix ou se réfugient les naufragés du dimanche !

La table sera le refuge et le passe-temps. Le repas avec les oncles et tantes va traîner en longueur, en torpeur. L’apéritif puis les plats qui se succèdent, les conversations immuables qui habillent ce temps à tuer. Les verres se remplissent et se vident bien trop souvent pour que le ton reste feutré. Les éclats de voix avertissent de la nécessité de mettre un terme à cette folie.

Au bout de l’ennui policé, après l’incontournable café et le si peu nécessaire digestif, quelqu’un lance à la cantonade : «  Et si nous allions prendre l’air ? » Il est vrai qu’il venait à manquer à tous ceux qui frôlaient l’apoplexie. Pourtant, la proposition ne déclenche ni enthousiasme ni unanimité.

Les plus jeunes rechignent. Ils en ont soupé déjà de cet effroyable pensum. On leur a permis de sortir de table, de filer vers des écrans salvateurs. Il est hors de question pour eux de revenir parmi cette noble assemblée pour une marche sans but ni intérêt. Qu’ils les laissent tranquilles ces adultes aux joues rougies et au ventres repus. Ils se dispensent de la corvée, trop heureux de voir partir cette troupe d’adultes en mal d’occupation.

Les promeneurs doivent décider d’une destination. Il y a tant de balades sympathiques dans la région. Mais le temps presse et, comme le fait judicieusement remarquer un vieil oncle : «  Avec tout ce qu’on a bu, il n’est pas prudent de prendre les voitures ! » La remarque reçoit l’adhésion de tous, chacun désormais a compris le message de la sécurité routière.

Ce sera donc le pâté de maison. Les trottoirs sont assez larges pour marcher de front tout en continuant les conversations indispensables à ce pauvre exercice physique. La marche sera lente, pesante, bavarde. Il faudra dire du mal des voisins, évoquer les changements dans le quartier et les inévitables tracasseries des travaux. Chaque quartier porte sa croix en ce domaine …

Le groupe avance à pas incertains. Les groupes se forment et se dissolvent. Les uns se tiennent par le bras, d’autres avancent les mains dans les poches. Il y en a toujours un qui ferme la marche, se demandant bien pourquoi il a suivi le mouvement. Il n’a rien à dire, rien qui puisse intéresser les autres. Il se dit cependant qu’il y a là l’occasion d’un nouveau billet et s’en amuse un peu.

Le circuit est souvent immuable. Il y a une géométrie des promenades d’après repas dominicaux dans chaque famille. Un sens de rotation, un circuit précis auquel il ne faut pas déroger. La déambulation n’est que prétexte, il s’agit de tuer le temps qui conduira à la soupe et la salade qui achèveront de remplir les estomacs.

Il y a parfois la surprise d’une rencontre, d’un autre groupe en sortie. On s’arrête, on échange, on se raconte le repas, on se gourmande un peu avant que de reformer les rangs et d’aller son chemin, chacun de son côté. Prendre l’air doit se faire en bonne compagnie : celle de la famille ou du cercle amical. Il convient de laisser de côté ceux qui vous le gonflent.

Le retour à la maison est l’occasion de prendre une boisson chaude. Le thé remplace le café. La nuit est tombée, pas assez pour se mettre la soupe sur le feu. Des cartes sont sorties, les uns jouent à la belote, les autres au tarot. Quelques femmes s’activent en cuisine, il y a une vaisselle du diable et nul bonhomme pour venir donner un coup de main. Encore doivent-elles se sentir heureuses d’avoir participé à ce petit tour. Le progrès, c’est qu’elles ont droit elles aussi de prendre l’air ! La belle évolution que voilà.

Domestiquement leur.

 

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A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
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2 commentaires pour Prendre l’air

  1. cestnabum dit :

    lacaufeu

    L’automne qui s’en va vers l’hiver …

    Le gris domine le sujet

    Je n’aime pas les dimanches !

  2. lacaufeu dit :

    Nabum,

    Beau texte d’ambiance qui évoque bien des souvenirs à certains.
    On y sent vraiment l’automne
    Bonne saison.

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