Le flux et le reflux

Les affres d’une destinée.

vagues

Et si nos vies n’étaient faites que de ce mouvement permanent de flux et de reflux ? J’en viens à le croire tout en me laissant aller à ce puissant mouvement de ressac qui vient se briser parfois contre les rochers de la réalité. Je ne suis qu’un être soumis aux influences lunaires, à la force magnétique et aux pulsions secrètes. Mon libre arbitre serait donc une illusion, une invention des sages pour nous montrer une voie que jamais je ne pourrai atteindre.

Déjà notre conception relève de ce mouvement de va-et-vient, profond, vibratoire, incandescent parfois, qui illumine notre destinée tout en réduisant à néant, l’éventualité de millions d’autres nous-mêmes. Nous sommes le fruit du hasard et certainement pas de la nécessité ; nous entrons dans la grande famille des êtres vivants sous le signe de l’improbable et du miraculeux.

Pour découvrir ce monde, nous serons portés ensuite par d’autres vagues, des contractions elles aussi, flux et reflux d’un corps qui veut mettre à bas cette vie en suspens. Nous sortons vainqueurs de ce combat dantesque en un cri magnifique qui déchire nos entrailles. Le flux d’air qui nous parvient alors sera le signal du reflux du lien intime qui nous unissait à notre matrice.

Les années se succéderont ; nous aurons encore à subir ces vagues incessantes qui viennent se fracasser contre l’équilibre fragile de notre vie. Encore heureux que nos générations aient échappé massivement aux maladies infantiles, à cette hécatombe terrifiante qui était le lot des enfants dans les temps reculés. Mais il y a toujours, tapis sur le chemin, les drames et les injustices de la génétique pour faire de nos parcours, une loterie incertaine.

Le flux et le reflux, mouvement qui demeure notre guide et notre compagnon. Nos émotions ne seront construites qu’autour de ces vagues contradictoires, de ces sentiments diffus ou fantastiques qui nous porteront à nous émouvoir, à aimer, à détester, à croire ou à combattre sans trêve ni repos. Tout sera prétexte à émotion, à passion, à colère ou à fascination, rejet ou bien encore rupture.

Ballottés comme des fétus de paille, nous allons d’une rive à l’autre des sentiments sans raison ni certitude. Nous sommes des êtres en fusion, en confusion, en éruption? Notre corps est un volcan incandescent duquel ne cessent de couler de la lave et des braises. Nous nous brûlons, nous nous consumons, nous prenons feu, nous tombons en cendres sans qu’il n’y ait de logique ni de chronologie dans ces phases anarchiques.

Il se peut qu’un reflux brise dans l’instant un flux que vous pensiez extraordinaire. Il vous avait enflammé, vous aviez cru en sa permanence, vous pensiez avoir trouvé l’extase et l’instant d’après, le rideau tombe, les illusions se dispersent. Un détail ou bien des remords, une incompréhension ou bien un rêve impossible vous sautent au cœur. Vous perdez pied et retombez dans le creux de la vague.

Vous êtes l’objet d’un vaste magnétisme. Qu’il soit terrestre, lunaire, solaire ou bien inscrit dans les astres, vous vous pensiez sujet et vous n’êtes que le témoin passif des forces qui vous gouvernent. Vous allez au gré de celles-ci, vous vous accrochez à quelques certitudes comme à un radeau de survie. Vous êtes parfois jeté par-dessus bord quand le choix d’un autre vient vous sortir de sa vie. Rien, jamais rien, n’est acquis dans ce mouvement tellurique de nos vies.

Le flux et le reflux vous portent encore jusqu’au reflux final : ce dernier souffle qui vous emportera dans le vide initial. Certains se pensent maillon d’une longue chaîne qui ne s’interrompt jamais ; ils se voient en une continuité au-delà des vies passées et à venir. Leur flux et leur reflux s’inscrivent dans l’histoire de l’humanité. Je crains quant à moi que mon dernier reflux ne me fasse le don de l’absence définitive.

Alors en attendant, je vais au gré des courants et des pulsions ; je perds pied, je me relève, je sombre ou je refais surface sans cesse. La vie est ainsi faite et malheureusement, elle s’accompagne de souffrances qu’on impose, de brisures qui exposent, de désastres qui indisposent, de compromis qui composent. Jamais les fluctuations de l’existence ne se mettent en pause jusqu’à son issue fatale !

Fluctuement vôtre.

 

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A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
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