À bâtons rompus.


Fragments de conversations …

Mettez des amis au bord d’une table, installez-y de quoi alimenter leur appétit ou bien leur appétence et bien vite ce sont les conversations qui seront nourries. La chose est certaine et le risque presque nul de se retrouver sans rien avoir à dire, à moins que l’inévitable portable ne prenne le relais pour des échanges plus loin. Je n’ose imaginer pareille mésaventure et vous conduis avec moi au pays du coq et de l’âne !

Le coq, roi de la basse-cour, fait le beau, gonfle ses plumes et monte sur ses ergots. Il a toujours quelques belles anecdotes à raconter et prend toujours la parole en premier. La crête rougeoyante, l’alcool le met en valeur jusqu’à ce qu’il finisse le bec dans l’eau, ayant lassé son auditoire …

L’âne prend le relais. Il est moins disert que le volatile ; ses propos n’en sont pas moins plus profonds. Il a pris le temps de la réflexion avant de proposer un sujet à la gourmandise des autres. Il aime l’échange et se soucie fort peu de la tirade qui le mettrait en valeur. Il écoute ses interlocuteurs, rebondit sur leurs arguments et ajoute toujours un commentaire utile.

Puis c’est au tour de la carpe d’intervenir. Elle aime le contrepoint, le contre-temps. Elle choisit un petit creux pour lancer une réplique qui tombe à l’eau. On ne l’écoute guère et elle ne s’en formalise pas. Elle fait des ronds dans la conversation, se contentant de prendre sa part pour se donner l’illusion d’exister dans cette belle compagnie.

Le lapin sans lui avoir prêté la moindre attention, arrivera avec ses gros sabots faire diversion. Il se moque d’avoir de grandes oreilles ; elle ne lui servent guère à écouter les autres. Il fait son trou, s’installe dans le brouhaha général puis file à l’anglaise vers une autre conversation qui se tient plus loin. Notre lapin aime les sujets brûlants à moins qu’il ne se plaise dans les grivoiseries.

La pintade viendra utilement donner prétexte à propos gaulois. Elle ne le fait pas exprès, ne comprend pas qu’on se moque d’elle et qu’il existe plusieurs degrés dans l’art d’interpréter les propos du voisin. Elle gobe tout ce qu’on lui dit, se prend les pieds dans le tapis et fait rire à ses dépens. N’étant pas rancunière, à moins qu’elle ne soit que sotte, la pintade sourit et s’en tire d’une jolie pirouette.

Le vieux renard lorgnait justement de son côté. Il prend au bond une bourde de la demoiselle pour enfoncer le clou et lui donner quelques coups de griffes. Tout le monde se gausse ; la pintade glousse mal à propos et le renard se sent déjà pousser des ailes. Il va prendre dans son discours enjôleur la pauvrette. À coups de propos galants, il séduira celle qu’il plumera au coin du bois !

Les jeunes loups attendent leur heure. Ils ont de l’ambition et ne s’attardent pas aux billevesées initiales. Il leur faut du sujet d’importance, de la matière politique ou bien économique. Ils surgissent alors, armés de statistiques et de certitudes, transforment la conversation en un débat savant ou une conférence rébarbative. Il est préférable de ne pas renchérir quand vous les voyez sortir du bois ; la nuit risque alors d’être bien fastidieuse.

Les moutons bêlent. Ils jouent les comparses, se satisfont d’exclamations. Ils approuvent ou bien ils s’étonnent. Leurs répliques sont réduites à un mot la plupart du temps. Ils n’ont d’ailleurs pas l’occasion d’en dire davantage. D’autres sont disposés à leur tondre la laine sur le dos, les laissant sans voix dans ce concert dysharmonique.

Les fées se taisent. Elles attendent leur heure pour glisser alors quelques poussières d’étoiles. Quand elles surgiront au détour d’un mirage, elles calmeront toutes les ardeurs animales. Le rêve est leur domaine, elles vous entraînent au pays des merveilles. L’une prend son voisin par le cœur, l’autre fait d’une vieille ganache un cheval de course. Elles ont d’étranges pouvoirs et toujours le mot pour séduire …

Le mage observe. Il écoute et prend des notes. Il concocte son conte final : celui qui va faire de ce gentil capharnaüm, une belle histoire. Il prépare son intervention. Il se dit que la fable fermera les yeux de ces gentils compagnons et compagnes de tablée. Il se fera alors marchand de sable, apportant son grain de sel en guise de point final. Les fées sont ses amies ; elles l’aideront à enchanter les plus récalcitrants afin, qu’eux aussi, se laissent transporter au pays des songes.

Médianochement leur.

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Bonimenteur de Loire
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