Entre les deux ponts.

Fin de partie.

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Entre mes deux ponts, il y a le pire et le meilleur, les joies et les cauchemars. J’avais rêvé d’une Loire magnifique, d’un lien qui allait dépasser les différences, transcender les divergences, réunir les frères ennemis. Bien au contraire : plus l’eau coule sous ces ponts, plus se fige une situation bloquée, confuse, inextricable.

J’ai, à ma manière iconoclaste, mis de l’huile sur le feu en prenant fait et cause pour un camp contre l’autre. Petit soldat de la rivière, je n’ai pas participé à l’apaisement, bien au contraire. L’humour et la parodie ne sont pas des réponses quand le conflit est enkysté, complexe, ancien et obscur. Le bouffon, une fois de plus, avait causé sans savoir …

J’avais pensé que le rire pouvait réunir les parties. Bien mal m’en avait pris: on ne se moque pas de la marine en tenue d’apparat. Il est impératif de respecter l’illusion qu’on se donne, de jouer les capitaines ad hoc. Je ne percevais pas que j’avais mis les pieds dans une bande dessinée, qu’il y avait le capitaine bougon, le jeune reporter, l’inspecteur Dupont, quelques Castafiore égarées et bien des protagonistes qui allaient, venaient, disparaissaient au fil des épisodes.

Entre les deux ponts, les coques sont en stock, le plus souvent à quai, à l’arrêt, immobilisées dans leur rêve de patrimoine rénové. Le bois pourrit, les amarres rouillent et le décor ne sera réveillé que par quelques évènements tonitruants. Il faut se montrer, se faire voir en tenue d’autrefois pour être plus nombreux, plus actifs, plus inventifs que ceux de la confrérie voisine.

Les confrères ne sont pas amis, c’est le moins que l’on puisse dire. La bataille navale fait rage. Les rares fois où l’on peut se croiser sur l’eau, les uns tournent la tête quand d’autres passent, fiers comme Artaban. La courtoisie des gens de mer fait place aux grimaces de l’amer.

Je m’amusais de ce que je prenais pour des gamineries d’adolescents attardés jusqu’à ce que je prenne peur pour mon intégrité physique. Le Grand Égoutier avait frappé : des torrents d’insultes, des menaces, une colère sans retenue, des flots de haine qui se déversent ainsi et qui plus est, le long d’une autre rivière, bien loin du théâtre des opérations.

Il m’a cassé ma Loire, celle que j’aimais à faire découvrir aux gens d’ici. Je n’ai plus le désir de la conter en un lieu où la querelle et les ressentiments sont plus importants que les légendes et l’histoire. Tant que rien ne changera sur ce quai belliqueux, je resterai à sa marge, attendant qu’une embarcation amie me prenne à son bord, loin de cet espace sous tension.

Il appartient à ceux qui organisent le renouveau de la marine de Loire en Orléans de prendre conscience de la farce actuelle. Quatre compagnies différentes pour un petit espace, limité le plus souvent à ces deux ponts qui emprisonnent les embarcations quand les eaux viennent à baisser. C’est ridicule et grotesque ; ça devient insupportable quand des menaces explicites sont beuglées !

Je reprend mon baluchon, mon air bête et mes pauvres histoires. Je fais don de mon absence à cette Loire querelleuse. La dame est si belle quand elle n’est pas embrigadée par les quais et les factions. Celui qui a hurlé le plus fort a gagné la partie ; le Bonimenteur ne peut rivaliser avec les aboyeurs. Le rêve n’est pas cauchemar.

Cette triste histoire n’est pas l’exclusivité de notre bonne ville. Partout dans le pays, des associations deviennent rivales pour peu qu’elles évoluent dans le même pré carré. L’ambition des hommes, l’intérêt, la reconnaissance, le désir de paraître, des ego disproportionnés et bien d’autres raisons encore, génèrent conflits et coups bas. Ce doit être la face sombre de la vie en société.

Je me retire sur la pointe de mes pieds nus. Ils se passeront bien de moi pour se faire la guerre. Ma Loire n’est pas fille qu’on s’arrache mais promesse de partage et d’émotion. Je vous salue messieurs, en espérant vous retrouver un jour lorsque la paix des braves sera faite.

Belliqueusement leur.

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A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
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