Y’a du beau linge !


Oppressante mondanité.

A Champagne Cheers!

Il y a des expériences qu’il ne faut pas tenter car le diable n’est pas que dans les détails.. Quelle mouche a donc piqué cette amie de la toile, lectrice occasionnelle, qui m’a convié à l’inauguration de son restaurant dans un haut lieu de la culture orléanaise ? J’avais pourtant immédiatement émis des réserves devant cette étrange invite. Il me semblait devoir mettre en garde cette charmante dame du risque qu’il y avait à me mettre en relation avec les paillettes et les courbettes.

Je l’avais avertie en soulignant le peu de goût que j’éprouvais pour ce genre de manifestations collet monté, mettant en doute l’opportunité de mettre ainsi un éléphant mal dégrossi dans une exposition de porcelaines fines. Je ne pensais pas si bien dire … Elle avait insisté, assumant ma fuite éventuelle, que je lui présentais comme une opportunité non négligeable.

Devant son refus de considérer sérieusement mes remarques liminaires, je me crus obligé, par courtoisie, de lui accorder un passage aussi bref que possible afin de ne pas faire tache lors de cette fastueuse inauguration en grandes pompes. Moi, le va nu-pieds, je n’imaginais pas à quel point j’allais me retrouver comme un cheveu dans un consommé raffiné ! Le choc fut plus terrifiant encore que dans mes pires craintes !

Il y avait foule déjà à mon arrivée, moins de quinze minutes en retard par rapport à l’heure fixée. Je sortais du travail et n’aurais pas pu faire plus vite, de toute manière. À une dizaine de mètres de ce bel endroit, mon courage fondait comme glaçons dans un cocktail. Il y avait une foule endimanchée, des gens affistolés pour l’occasion à moins que ce ne soit naturel chez eux.

En m’approchant, inquiet et craintif, cela m’apparut encore plus spectaculaire. Si du côté des hommes, la veste n’était pas majoritaire c’est chez les représentantes de la plus belle moitié de notre humanité qu’il y avait quelque chose d’incongru. Si l’habit ne fait pas le moine, c’est sans doute la sophistication, la petitesse et l’étroitesse de celui-ci qui fait la moniale.

C’est bien simple, je fus interrogatif quelques instants. Comment avaient-elles fait pour se mouler si parfaitement dans ces quelques centimètres carrés de tissu ? Un mystère pour moi et un défi à l’élasticité des fibres. Elles étaient presque toutes sur le même modèle, ces femmes, bénéficiant sans aucun doute des tarifs préférentiels parmi les grandes sociétés de la cosmétique locale.

Les verres sur le bar et sur les tables de la terrasse ne prêtaient pas à confusion. Ce n’était certainement pas du rosé-pamplemousse qui allait couler à flots après quelques discours que je n’aurais pas la patience d’attendre. C’est la gorge serrée qu’il me fallait renoncer à ces prometteuses bulles. Mais la dignité exige de ne pas accepter n’importe quoi, fût-ce pour quelques bulles !

Oppressé, je me sentais parfaitement déplacé parmi cet aréopage, ce concours des élégances et de la sophistication. Un Bonimenteur n’aurait certainement rien à dire de compréhensible à ces gens si sérieux, si importants, si élégants. Le courage exigeait de prendre la poudre d’escampette avant que de proférer quelques sottises.

Je mettais mon plan à exécution quand, en repassant devant les vitres de l’estaminet célébré, je vis une demoiselle portant une écharpe tricolore autour d’un buste de magazine. Cette fois, j’avais la confirmation que je venais de prendre la plus sage décision de ma vie : la cérémonie était sous le très haut patronage de la plus belle femme du pays …

J’imaginais alors avec effroi la réaction de cette pauvre fille si elle avait été prise en photographie à côté de votre serviteur. Elle aurait pu se plaindre, saisir les tribunaux pour atteinte à son image. Ce cliché eût été le parfait contre-exemple pour illustrer l’expression solognote du « mariage de faisans ».

Je suis soulagé d’avoir quitté ce lieu, évitant ainsi bien des désagréments et des dérapages toujours possibles avec ma si mauvaise éducation. Sur le chemin de cette fuite sans gloire, je croisai une personne de connaissance. Dame charmante mais si naturelle en dépit de ses fonctions officielles,qu’elle risquait, elle aussi, de ne pas correspondre aux canons de cet indescriptible microcosme mondain. Je lui avouai ma désertion en lui expliquant mes motifs. Je crus discerner dans son regard l’envie de suivre mon exemple, hélas pour elle qui n’était pas en mesure de le faire ! Tout le monde n’a pas la chance de n’être rien !

Mondainement vôtre.

Publicités

A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
Cet article a été publié dans Et si la vie.... Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s