La pédagogie à la carte

Plongée en pays Dys …

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Voilà, c’est parti. Je suis entré de plain-pied dans le monde étrange du handicap. Je découvre une multitude de termes, de sigles et de professions avec lesquels je dois faire bonne figure pour ne pas avoir l’air idiot. J’acquiesce, j’opine, je m’attache à donner mon grain de sel, alors qu’à franchement parler, je suis plutôt en pleine panade. Tout est nouveau ou presque pour moi ; le dinosaure de service qui s’offre un dernier tour de piste, a dû s’égarer dans un labyrinthe étrange.

La première surprise réside en l’immersion dans une structure extérieure à l’éducation nationale. Il me faut faire avec une forme de pensée différente, de nouvelles obligations, une stratification des pouvoirs d’une tout autre nature. Je me rends compte, très vite, que j’ai quitté un monde bien à l’abri des contraintes économiques et de ce redoutable pragmatisme financier qui dicte sa loi partout ailleurs.

La seconde évidence : le handicap est un vaste ensemble de problématiques fort différentes. C’est même un peu le grand capharnaüm des diagnostics. Les étiquettes, pour confortable qu’elles soient aux esprits cartésiens, ont bien du mal à couvrir un éventail de difficultés qui se moquent bien des cases à remplir. Les troubles associés s’entendent comme larrons en foire pour troubler les pistes et la pensée basique.

Puis je découvre que tout n’est pas parfait dans ce formidable projet de l’intégration du handicap dans la scolarité ordinaire. Les listes d’attente sont longues, l’égalité territoriale une belle illusion. Tout le monde ne peut bénéficier des gros moyens qu’une loi de principe pose comme acquis. Le financement manque, la volonté politique n’est pas uniforme ; ce qui est vrai ici ne l’est pas plus loin. Rien de bien nouveau dans une nation où l’égalité n’est qu’un affichage de fronton.

Ce qui ne fait pas défaut c’est la détermination des professionnels qui se démènent pour apporter des réponses satisfaisantes à des gamins bien mal servis par la loterie de la vie. C’est rafraîchissant de retrouver de la détermination et de la conviction quand il me semble que ces qualités finissent par s’éroder dans notre Grande Maison. Mais est-ce le regard naïf du béotien qui modifie les perspectives ? L’avenir le dira !

Pour l’heure, il me faut jongler avec les termes qui se télescopent dans ma tête. Dysphasie, dyslexie, dyspraxie, dysorthographie et dyscalculie font assaut de manifestations retorses, d’expressions particulièrement détestables pour qui a eu à souffrir de ces mots de travers. Moi, vieux dyslexique même pas repenti, je fais profil bas. J’ai bien du mal à coucher sur le papier tous ces mots alambiqués.

Le tour de table n’arrange pas les choses. Les professionnels sont les dignes représentants de corporations à vous désespérer un cancre de l’orthographe. Orthophoniste, psychomotricienne, psychologue, neuropsychologue, ergothérapeute, kinésithérapeute, orthoptiste, … j’y perds mon latin avec toutes ces racines grecques. Heureusement qu’une éducatrice spécialisée vient apporter un peu de simplicité dans ma prise de notes ; voilà une profession plus facile à écrire.

Je vais devoir intégrer tout ce salmigondis de mots savants et de pathologies complexes. Les troubles mnésiques me guettent, je vais bafouiller dans les jours prochains et je risque fort de me retrouver sujet d’étude pour tous ces professionnels authentiques. Je voulais me la jouer discrète dans ce nouvel environnement, si hostile au pauvre ignorant, mais il se trouve, hélas, que je suis déjà démasqué. Une lectrice fidèle se trouve dans la bande : le masque est tombé.

J’aurais eu besoin d’un peu de répit pour me faire à toutes ces nouveautés langagières et au véritable défi qui se dresse devant moi. Comme nous disposons d’un véhicule de fonction pour aller à la rencontre des jeunes dans leurs établissements scolaires (c’est le principe même de l’intégration et de l’adaptation), il me faudra employer différentes cartes pour l’essence, les péages, le stationnement.

Un casse-tête sans nom pour moi ! Pensez-donc : un numéro de code différent à chaque carte, des fiches à remplir, un carnet de bord et l’obligation de gérer un agenda. J’ai vraiment basculé dans le monde complexe de la vie réelle. Comment un rêveur va-t-il pouvoir manier un tel foisonnement de contraintes administratives ? Je n’avais, jusqu’alors, jamais compris le terme de pédagogie à la carte, me voici au cœur de cette hydre inquiétante.

Pire encore pour celui qui n’a ni téléphone ni GPS : je vais devoir aller d’école en collège en risquant, à tout moment, de me perdre en chemin ou bien de faire une vilaine rencontre avec un radar inquisiteur, un contractuel tatillon ou un automobiliste « dyscourtois ». L’aventure ne fait que commencer et déjà, semble-t-il, je suis loin d’avoir toutes les cartes en main.

Confusément leur.

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http://www.education.gouv.fr/cid207/la-scolarisation-des-eleves-handicapes.html

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Bonimenteur de Loire
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