Édouard aux vins d’argent.

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Au pays de Rabelais, le vin de Taffetas.

Édouard est un personnage sorti plus sûrement d’une bande dessinée que d’une école d’œnologie. Il y a du pied nickelé chez ce petit-fils d’un amiral de la Navy. Né en Amérique, destiné par sa famille à une brillante carrière de financier, Édouard qui n’a pas la fibre malhonnête,  se déplaît profondément dans ce métier de requin. L’eau trouble n’est pas son domaine ; c’est dans le vin qu’il va trouver sa voie.

L’aventure débute bien avant son inflexion professionnelle. Son grand-père, marin, avait acheté en 1947 un magnifique château en Touraine, au pays de Rabelais. Sur les coteaux qui dominent la Vienne, à quelques encablures de la confluence avec la Loire, sa gentilhommière dissimule bien des trésors dans ses entrailles. On en trouve trace dans les archives, dès 1750.

Ces secrets vont rester ainsi endormis durant de longues années jusqu’à ce qu’un jour de 1994, Édouard décide de tout laisser tomber pour découvrir le métier de vigneron. Il a déjà de la bouteille, notre malicieux bonhomme. Son œil pétille lorsqu’il raconte cette aventure insensée qu’il mènera sous le regard goguenard et quelque peu dubitatif des autochtones.

Qu’importe les sourires en coin, Édouard a de la suite dans les idées et une envie chevillée au cœur. Il y a, sous son vieux château, des galeries souterraines creusées dans le tuffeau. Dorment là des centaines de tonneaux, moisis, couverts de champignons. Il y a encore des cuves creusées dans la roche et des installations d’un autre temps qui attestent qu’ici, autrefois, on faisait du vin.

Il fait alors venir un sourcier, un homme capable de ressentir les vibrations de la terre. Ils arpentent tous deux le haut du coteau, juste au-dessus des ces caves oubliées depuis si longtemps. Le sorcier ressent un message : c’est un clos pour le Chenin, ce cépage arrivé en Touraine en 945. Tout autour, on se gausse : le cabernet a pris la place depuis belle lurette … Édouard s’en moque, Bacchus lui a envoyé un signe, le grand-père amiral s’appelait Le Breton, nom qu’on donnait justement à son cépage autrefois.

Édouard se fie à l’intuition de l’enchanteur. Il plante un peu plus de trois hectares de Chenin et, pendant que ses vignes grandissent, il retourne à l’école suivre quelques cours au lycée agricole de Montreuil-Bellay. Il avoue qu’il ne fut pas un excellent élève puisqu’il n’a jamais rien compris à la taille. Je doute qu’il dise la vérité : nous sommes faits pour nous entendre.

De la théorie à la pratique, il y a cependant un monde qui transformera les premières récoltes en aventure épique. Édouard ne va pas se décourager, il a deux certitudes qu’il veut pousser jusqu’au bout. Son domaine est fait pour le Chenin et c’est dans les fûts de chêne que sera élevé son vin, patiemment, longuement, naturellement, comme c’était jadis pratiqué  en ce lieu.

Son obstination finit par produire ses fruits. Il lui faut trois années pour que l’alchimie mystérieuse du tuffeau, des caves obscures et de l’élevage exclusif dans les tonneaux produisent des trésors. Ses vins ne ressemblent à aucun autre. Chaque année, une nouvelle surprise, un résultat radicalement différent du précédent. Édouard n’est pas là pour dupliquer, d’année en année, le même produit standardisé, il laisse faire la magie d’une nature si généreuse.

Je vous laisse découvrir ce personnage. Demandez-lui de parler de ses vins, de leur robe, de leur nez. Il est poète, il est alchimiste, il est enchanteur. Un petit passage au château de la Trochoire est une immersion gourmande au pays de Rabelais. Vous goûterez un vin tel que le grand François a dû l’apprécier. Vous comprendrez alors l’âme de ce pays de cocagne.

Édouard a d’autres talents à son actif. Je l’ai retrouvé le soir même  lors d’une petite soirée amicale. J’avais envisagé de dire quelques contes pour les amis du pays. Avec sa comparse théâtrale Anne-Marie, il joua un impayable marinier dans une adaptation de VertVert ou le Voyage du perroquet de Nevers, le célèbre poème , composé de quatre chants en décasyllabes de Jean-Baptiste Gresset, publié en 1734. Ses vins accompagnèrent la soirée avec quelques délicieuses bouteilles de Bourgueil de Jm Amirault

Voilà une bien belle manière de passer délicieuse soirée dans ce pays béni des Dieux. Laissons au maître François la conclusion de ce récit : « Boire est le propre de l’homme, boire vin bon et frais, et de vin, divin on devient. »

Bacchanalement votre

https://www.youtube.com/watch?v=JGqbuqEmCwI

La robe du millésime 2008 est brillante, d’un jaune paille assez clair. Au nez domine d’abord, avec beaucoup de finesse, des senteurs de cédrat confit, subtilement prolongées par des notes très florales de tilleul et fleur de vigne. La bouche offre un bel équilibre entre une superbe fraîcheur acidulée, une minéralité de terroir bien perceptible, le tout se fondant harmonieusement sur un registre final miellé. Ce vin présente un beau potentiel de garde et fera honneur à un sandre au beurre blanc ou bien une poularde aux morilles.

La robe du millésime 2010 est vive, d’un ton or pâle à reflets verts. Le nez est légèrement capiteux, presque oriental. Subtil mélange de fleurs blanches d’acacia et de sureau et d’agrumes : kumquat et orange confite. Il annonce une bouche ample, charnue qui laisse une impression remarquable de moelleux et de suavité. La finale, se fondant en senteurs de coings et de cire d’abeille, est particulièrement longue. Ce vin possède un superbe potentiel de garde. Il accompagnera avec bonheur une poêlée de Saint-Jacques à la crème safranée ou bien un canard à l’orange.

D’un franc jaune paille, la robe du millésime 2011 est limpide. Le premier nez évoque des agrumes confits : citron vert et pamplemousse et cède bientôt la place à la pomme verte et à la brioche. En bouche, on sent d’abord une belle vivacité bien mariée à une matière plus légère, souple et mûre qui finit sur d’élégantes nuances finement crayeuses. Déjà séduisant, ce vin pourra apporter de belles surprises à qui saura l’attendre un peu. Il faut l’associer à un curry d’agneau  pas trop épicé ou bien à une blanquette de lotte.

Tous nos vins se boivent à la température de 12° C.

Édouard De La Palme : eddydelapalme@orange.fr

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A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
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