Comment faire son trou ?

Investir dans la pierre.

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Qui ne connaît pas la vallée de la Loire, ignore tout de ces drôles d’oiseaux qu’on nomme les troglodytes. Non pas nos petits amis ailés mais les braves gens qui, au fil de l’Histoire, ont choisi de creuser le tuffeau pour y construire leur destin. Ce qu’ils firent au cours des siècles est une formidable démonstration d’adaptation aux contraintes et aux réalités du moment. En ce sens, leur histoire mérite d’être contée.

Le tuffeau est une roche tendre, plus légère que ses collègues et à la belle apparence blanche. Il est tout indiqué pour construire les châteaux et les monuments qui ont poussé comme des champignons le long du fleuve royal. Les mariniers se chargeant, quant à eux, d’assurer le transport de la matière première sur ces chantiers.

Nos amis, les riverains de la Loire, sur les coteaux se mirent à prendre la pioche et le pic pour extraire, des galeries, les pierres qui partaient mener la vie de château. On les appelait les pierreux. Ils travaillaient à la lumière des chandelles, creusaient de plus en plus profond de longues et profondes galeries : un travail de chien !

Le tuffeau a de belles qualités. La roche est saine ; elle réagit fort bien aux variations du temps. Bien vite des gens, à l’imitation des hirondelles des falaises ou des troglodytes, élurent domicile dans ces cavernes fort agréables, avec vue imprenable sur la rivière. La mode n’était pas encore à la spéculation immobilière ; nul calcul financier dans ce choix imposé par les circonstances !

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Les habitants avaient à leur disposition des dépendances à n’en plus savoir que faire. Les plus malins se mirent en quête de trouver utilisation adaptée aux qualités de l’endroit. La nature, tout comme l’ingéniosité des hommes, a horreur du vide ; les galeries allaient trouver usages variés.

Nous tairons les réunions secrètes, les cachettes dans l’intimité de la terre. Chaque période de l’Histoire a connu cette nécessité de dissimuler des hommes aux recherches des puissants du moment. Les galeries les plus profondes, les plus perdues rendirent bien des services et quelques graffitis attestent encore de cet aspect de leur rôle.

Comme à la Devinière, lorsqu’elles avaient un accès facile sur l’extérieur, elles abritèrent vaches et animaux de ferme. La neurasthénie a peut-être touché ces pauvres bêtes privées, certes, de lumière mais pas de soin ni de foin. Les paysans s’adaptent et les animaux suivent le mouvement. Depuis, l’élevage intensif a sans doute fait bien pire.

Le vin poussait à merveille au-dessus des têtes. Les grottes étaient mieux que des caves. Les vignerons jouèrent à nouveau de la pioche pour rendre compatibles production et conservation. De grands puits furent percés pour permettre aux grappes fraîchement vendangées de descendre dans les profondeurs. Des cuves furent, elles aussi, aménagées dans la pierre pour y installer des pressoirs. Le vin avait trouvé un domaine où vieillir, sans rupture de chaleur, dans des conditions idéales.

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Par malheur, une terrible petite bête est venue contrarier ce qui faisait des merveilles depuis tant et tant d’années. Le phylloxéra rongea les racines et désespéra les hommes. La vigne se mourait à la surface ; il fallait lui trouver un substitut en-dessous. Chacun fit preuve d’inventivité pour sauver sa famille de la misère. Les idées poussaient comme les champignons, ce qui mit la puce à l’oreille aux plus malins.

Des champignonnières fleurirent dans les galeries désertées par le vin. Il s’en fit tant et tant que, bien vite, des spécialités gourmandes vinrent accompagner ce mouvement de couche. La « galipette » allait permettre à certains de faire la culbute. Le champignon de Paris avait trouvé son nouvel Eldorado.

Tous ne donnèrent pas dans la culture sur couche et c’est heureux. La diversité assure, elle aussi, de meilleures garanties. On se mit à taper du pied dans certaines familles pour trouver d’autres activités. À Turgan ce fut la pomme tapée quand, ailleurs, on donna du marteau sur la poire. Une complexe méthode de dessiccation du fruit pour réduire son volume et faciliter sa conservation. Le scorbut mettait en péril le marin : la pomme tapée allait lui apporter vitamine C en toute circonstance.

Tout le monde devait s’y mettre dans la caves pour accomplir des opérations fort longues et minutieuses. Trois jours de chauffage de fruit, plusieurs séries de coups de marteau avec dextérité et patience et la pomme devenait petite galette sèche sans perdre aucune de ses qualités gustatives. Si vous voulez en savoir plus, allez donc demander des explications à ceux qui ont repris le manche pour le bonheur des touristes.

La vigne ayant retrouvé ses couleurs, le fastidieux travail de la pomme disparut bien vite. En attendant, il avait mis du beurre dans les épinards de nos amis troglodytes. Aujourd’hui, c’est le tourisme la nouvelle bonne idée. Chacun aménage ses galeries pour soutirer de l’argent à ces curieux visiteurs. Il n’est pas question de leur jeter la pierre ; ce serait mettre en péril une des plus belles manifestations de l’adaptation des humains à leur milieu.

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Bonimenteur de Loire
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4 commentaires pour Comment faire son trou ?

  1. D.A. Lavoie dit :

    Super intéressant ton article…j’ai fait un très beau voyage.instructif! Merci, bon mercredi et gros bisous, Delvi.

  2. damemiracle dit :

    Merci, très intéressante, je reblog 😊

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