Les bons petits « Draks »

Fable dominicale

Une légende qui ne finit pas tout à fait dans l’oubli.

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Il fut un temps assez reculé où des hommes venus du nord vinrent remonter nos rivières à bord de bateaux. Ils étaient plus habiles que les autres, avaient des embarcations si performantes que rien ne les arrêtait. Ils laissèrent dans les populations plus d’inquiétude que d’effroi. Ils se contentaient de piller les richesses de l’église, ce qui, bien des siècles plus tard, fut cause d’une réputation plus que détestable. Mais en attendant le verdict de l’histoire, dans les pays, ils étaient devenus l’objet de petites espiègleries pour mettre en garde les uns et punir les autres. Les bons petits Draks étaient nés avant que de sombrer dans l’oubli.

Vous l’avez sans doute compris, ce sont de nos visiteurs les Vikingsqu’il l est question ici. Ces petits Draks qui eurent un temps l’honneur de toutes les historiettes et fabulettes des bords de Loire, étaient désignés par un diminutif commode de Drakkars, ces magnifiques bateaux de bois qui allaient si bien à la manœuvre. La peur étant passée, ils avaient trouvé place dans les récits d’ici, jouant tour à tour, le rôle du méchant loup, du petit diable ou du lutin espiègle.

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C’était aussi manière de se moquer de l’église qui avait pris la main sur les consciences, le vocabulaire et qui n’était pas sensible à l’humour et à la farce. C’était encore une façon de détourner les craintes ou d’en faire un sujet d’édification. Les Draks jouèrent un temps le rôle qui fut dévolu plus tard au père fouettard. Il en va ainsi des repoussoirs et des mille et une manières de donner une leçon ou de mettre en garde les enfants et les plus grands.

Les premières à être servies furent naturellement les jeunes filles qui éprouvaient des envies de sortir. Poussées par je ne sais quelle pulsion, le désir de rejoindre un galant ou bien le simple besoin d’échapper à la monotonie de la maison, elles se voyaient souvent menacées de ces Draks qui ne manqueraient pas de les enlever s’ils les trouvaient sur leur chemin. La menace était sérieuse ; le refus du père s’accompagnait alors d’un danger qui faisait réfléchir même les plus rétives.

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Les enfants turbulents furent aussi élevés dans cette menace. Le Drak allait leur tirer les oreilles ou bien leur brûler les pieds s’il les surprenait à je ne sais quel vilain tour pendable. L’enfant devait filer droit ou bien affronter le pires tourments infligés par des être capables surtout du pire. La menace calmait un temps le chenapan jusqu’à ce qu’il découvre le pot aux roses, celui dont les épines ne piquent jamais ….

Les Draks ayant cessé de servir de supplétifs à l’éducation des plus jeunes, furent mis à contribution pour se gausser de certains et justifier des tours pendables. Qu’un moissonneur se soit assoupi en pleine besogne et il pouvait avoir maille à partir avec un Drak qui lui aurait dérobé son casse-croûte ou bien son fléau. L’autre n’avait plus qu’à rentrer sous les rires de tous en se jurant de ne plus se faire avoir.

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Le Drak se mit alors au service des humbles pour punir les puissants. Il fallait user d’un dérivatif, d’une soupape de sécurité pour supporter les injustices flagrantes de l’époque. Le Drak devint personnage grotesque, géant à tête hideuse qui était de sorti une fois l’an pour la grande sarabande de la fête des fous. Sous le masque, les propos les plus rudes étaient alors envoyés à la face de l’important qui ne pouvait que se taire et subir les quolibets. Il fallut l’intervention de Maurice de Sully, alors évêque de Paris pour que l’église se lance dans une chasse impitoyable à ces pratiques qui persistèrent encore de longues années.

Le Drak se fit progressivement plus noir et plus dangereux.Les nuits de pleine Lune, dit-on ,c’était lui qui sortait des ténèbres pour venir torturer les vivants. Le Diable était passé par là, la foi avait fait son œuvre et bientôt, nos bons petits Draks devinrent créatures de l’enfer. La farce tournait au cauchemar, l’effroi supplantait la peur et les bonnes leçons.

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Le mot disparut du paysage ligérien. Il partit sous d’autres cieux. Une nouvelle légende s’installa, un mythe fait de morts-vivants et de crucifix, de gousses d’ail et de vampire. Quelque part en Roumanie nos bons petits Draks devinrent les compagnons de Dracula. Il faut toujours que nos traditions de bord de Loire soient copiées de par le monde. C’est la rançon du succès et d’une culture si riche qu’elle ne pouvait qu’essaimer à travers les autres contrées. Le Drak avait dû croiser la route d’une lamproie pour devenir ce personnage assoiffé de sang. Il n’y avait pas lieu de s’en offusquer puisque, lui-même, nous était venu d’ailleurs.

Ténébreusement vôtre.

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Bonimenteur de Loire
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