À la fête des Duits

Compère qu’as-tu vu ?

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J’ai commencé cette visite avec ma bonne copine Hélyette de Sully sur Loire. Grand marque alors de bicyclettes qui joua un rôle important dans l’économie locale. Elle n’était plus que rouille et abandon, le signe d’un monde perdu.

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J’ai vu, le long de notre Loire, un tepee où deux chanteurs avaient élu domicile . Ils reprenaient de vieux airs du far west, attendant sans doute que la prochaine vague les emporte très loin vers l’ouest. Ils étaient si heureux que j’en ai oublié ce ciel de traîne si menaçant.

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J’ai vu une plasticienne partie à la recherche d’une mariée sans tête. Elle venait d’apprendre que les pompiers avaient enlevé celle qu’elle avait placée sur l’île des fantômes. Il y avait de quoi s’arracher les cheveux.

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J’ai admiré, tout le long du chemin, des totems et des personnages, des lutins en zinc qui semblaient me prendre par la main. Ils égayaient ma déambulation, faisant de ce duit une galerie à ciel ouvert au milieu d’une végétation sauvage et touffue.

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J’ai découvert des collages poussant dans les arbres, des messages d’amour s’accrochant aux racines, des exclamations se prenant pour des cierges. C’est alors qu’une princesse au nez rouge qui faisait sa récolte de songes, accrocha des poissons écarlates dans le ciel !

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Tout le long de cet étrange chemin, j’ai mis mes pas dans ceux d’un Petit Poucet étourdi, semant, à la place des cailloux, des elfes et des lutins, des monstres et des poètes, des chanteurs et des musiciens. J’allais à l’aventure, le cœur ouvert à toutes ces merveilles …

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J’ai joué ma survie avec un dé suspendu entre ciel et Loire. J’avais croisé mon destin ; une sourde rumeur venant de la ville voulait m’entraîner en des pièges incertains. Il fallait ouvrir l’œil et se garder des chausses-trappes qui ne manqueraient pas de surgir !

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J’ai rencontré des guetteurs, les pieds dans l’eau. La rivière les avaient contraints à se figer là, attendant que sa colère cesse et qu’elle retrouve son cours paisible de nos étés ordinaires. Qu’importe, il fallait poursuivre l’aventure ; ils veillaient sur toutes nos pérégrinations bienheureuses.

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J’ai abandonné ma vie de citadin sous un pont de béton et de fer. Pauvre épave urbaine perchée sur des bidons, elle avait ses ailes pour espérer s’envoler de là, retrouver ses comparses qui passaient au-dessus de sa tête sans même un regard pour cette carcasse flottante.

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Je ne pouvais y échapper : une fée s’est mise en travers de mon chemin. Elle avait dû me prendre pour le gentil Merlin et voulut me faire un petit câlin. Je pensais avoir le ticket mais bien vite, sous le regard de Jeanne de la Lune, je dus le confier à la poinçonneuse des dégâts.

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J’ai posé ma besace au pays des merveilles de Juliette. Au milieu des pierres d’un château abattu où le rêve m’avait conduit, des branches de châtaigner prenaient vie sous mes yeux ainsi que les merveilleux maléfices d’un prince de l’enchantement.

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Le cauchemar m’attendait plus loin. Des agents de décontamination annonçaient sans doute l’horreur nucléaire. Un surveillant démantibulé quémandait un peu de compassion et quelques signes d’espoir. D’une main désespérément tendue dans le vide, il nous appelait à l’aide.

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J’ai entendu l’appel déchirant de violoncelles qui mesuraient le temps. Métronomes du silence, ils furent battus en brèche par un visiteur impromptu sur un bateau pneumatique, fendant la vague et brisant la quiétude de l’instant, pour le seul plaisir d’un seul.

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J’ai retrouvé le calme le long d’un jeu de l’oie caché entre deux rideaux. Des pions espiègles vivaient l’aventure, préférant le paradis à l’enfer.

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J’ai entendu la musique silencieuse d’une harpe éolienne. Orgue de bambou, elle vibrait en résonance de mes émotions. Elle m’offrit une symphonie intérieure que vainement, je tente de vous faire partager. Les mots me sont de bien peu de secours ….

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J’ai pris la peine de m’arrêter devant ce troupeau d’autruches. Elles balançaient leurs plumes au rythme envoûtant des accords désopilants de deux baladins hirsutes, distillant des escarbilles luminescentes. À la vue de mon carnet, le plus vilain des deux s’écria : « Ciel, un journaliste ! », puis, sans plus s’inquiéter de moi, il entonna de délicieux borborygmes dans une langue créée pour la circonstance. Son comparse d’occasion, sans plus de préparation, se mit au diapason pour nous transporter en frissons d’émotion. Cette fois, il me faut en faire le constat : ses notes primales étaient bien plus puissantes que mes phrases trop savantes.

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Tout à mon bonheur d’avoir croisé ces deux merveilleux diablotins, je me pris au piège d’une immense toile d’araignée. J’allais alimenter le réservoir de ces dames métalliques, venues du pays du soleil levant. Je me laissais dévorer, prisonnier de toutes mes émotions.

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Je n’avais plus qu’à reprendre la passerelle quand une demoiselle ailée, nymphette délicieuse, se percha sur un rouleau de corde pour finir de me charmer. L’espace de quelques contorsions, elle s’était transfigurée en notre dame Liger.

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Artistiquement leur.

Photographies : Pirate de Loire

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A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
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