Péché à moitié avoué …

Fable si peu dominicale

La faute n’en sera pas pardonnée !

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Il était une fois, au bord d’une rivière, une jeune demoiselle prénommée Lysette, pourvue de tous les appas pour faire tourner les têtes. L’histoire aurait bien pu se passer en bord de Loire,où les marins d’eau douce, de toutes parts, étaient capables de pareils débordements. Mais c’est entre Truyère et Lot que me fut contée la chose. Il fallait du relief pour donner un décor grandiose à la légende ; c’est en ce lieu magnifique que nous satisferons à cette exigence.

Lysette revenait de la rivière, toute guillerette d’avoir vendu toutes ses noix et noisettes qu’elle avait portées au meunier pour qu’il en fasse de l’huile. L’homme avait, en bord de Truyère, une retenue d’eau alimentant un moulin qui lui permettait de broyer les fruits secs. À deux pas de là, le Lot coulait majestueux et impétueux.

Sur cette rivière, il y avait, en cette époque lointaine, grand mouvement de gabarres chargées du vin du pays, le plus apprécié alors de nos amis les Anglais. La commune gérait ses affaires sans se soucier des Princes et des Rois et s’exemptait des péages et des taxes. Les consuls, élus pour l’année, avait établi ici un paradis sur terre.

Lysette avait de l’instruction car les enfants de ce pays allaient à l’école. Il fallait, en effet ,que les femmes fussent instruites, elles qui géraient les affaires quand les hommes allaient sur l’eau assurer le transport des précieux tonneaux. La communauté des Gabales, ce peuple fier aux origines néanderthaliennes -comme l’affirment encore les plus acharnés d’entre eux- élisait le directeur ou la directrice de l’école tout comme elle gérait les ponts, l’hospital, l’armée et quelques services publics en un temps où le féodalisme pesait d’une main de fer sur le reste du pays.

Lysette rentrait donc chez elle sans se soucier des tous ces hommes qui vaquaient à leurs occupations. Elle avait bien l’intention, en cours de chemin, de retrouver, au détour d’un bosquet ,le gars Fleuret pour lequel elle avait un doux sentiment. Tous les deux aimaient à échapper ainsi à la surveillance générale pour quelques baisers innocents. Le temps viendrait assez tôt où Fleuret ferait sa demande. Chacun d’eux avait assez de patience pour ne pas aller plus loin qu’il n’était permis à l’époque ; c’est du moins ce que pensait la demoiselle.

Ce jour-là, pourtant, Fleuret se montra plus pressant qu’à l’accoutumée. La faute en incombait peut-être à ce souffle printanier, ce je ne sais quoi dans l’air, qui transforme la nature et lui donne des allures de fête. Le garçon alla beaucoup plus loin dans ses caresses et Lysette, après en avoir éprouvé autant de plaisir que son gentil galant, se refit apparence honnête et rentra chez elle, sans rien laisser paraître.

Cependant le temps était venu pour elle d’aller à confesse. Il y avait bien longtemps qu’elle n’avait respecté ce rite religieux et monsieur le curé lui faisait les gros yeux. Lysette se décida à donner au brave homme assez pour alimenter sa curiosité tout en taisant la réalité de la faute. Monsieur le recteur fut bien assez choqué à l’évocation de caresses interdites ; il n’était pas besoin de lui faire étalage de ce qui était, pour lui, turpitudes et péché mortel. Le temps viendrait bien assez tôt de la régulation divine …

La demoiselle, après avoir récité une ribambelle de prières pour le prix de ses vilaines fautes, rentra chez elle en prenant le chemin de la colline. Elle chantonnait, soulagée d’avoir joué ce tour à ce pauvre homme si sourcilleux. Elle n’allait pas se priver d’autres moments d’égarement avec son Fleuret par la faute d’un directeur de conscience qui ne savait rien de l’amour et des plaisirs charnels …

Brutalement le temps changea avec une soudaineté qui surpris la donzelle. Elle qui pourtant vivait en ce pays vallonné, n’avait pas anticipé la venue d’un orage ou d’une tempête. Le ciel devint noir, la lumière déclina et bientôt il fit presque nuit au milieu de la journée. Lysette cheminait sur un sentier étroit, entouré d’une végétation dense, qui allait bientôt atteindre le faîte de la colline avant de plonger de l’autre côté de la petite vallée.

Des éclairs zébrèrent le ciel. La jeune fille tremblait de tout son être, prise d’un étrange pressentiment. Elle était inquiète, n’ayant jamais connu pareil phénomène. Soudain elle vit surgir un cavalier tout blanc dans ce décor tout noir. Semblant venir du ciel même, Il portait une tenue guerrière et son cheval piaffait.

L’homme s’approcha, menaçant , et demanda à la pauvrette d’où elle venait. Celle-ci lui débita son histoire, la bredouillant plus qu’elle la raconta vraiment. L’homme se mit à rire, d’un rire à vous glacer les sangs. Il comprit sans doute que la demoiselle n’avait pas tout avoué à son confesseur et lui en fit le reproche.

Lysette s’évanouit. L’effroi sans doute ! De terribles croyances lui étaient remontées en mémoire. Saint Michel en personne se présentait à elle; c’est lui qui avait bouleversé le temps. Ce cavalier n’était pas homme : il ne pouvait être que l’envoyé de ce Dieu vengeur qui interdit aux petits enfants nés hors mariage et morts dans le péché ou avant le baptême, d’être ensevelis dans le cimetières du pays … Dans ce contexte de superstition, il n’en fallait pas plus pour qu’elle perde conscience !

Ce fut seulement le lendemain que l’on retrouva le corps de Lysette , après une nuit d’orage comme on n’en avait pas connue de mémoire d’anciens. La pauvrette était dans un tel état ! La grêle et la boue avaient fait leur œuvre. Elle avait les robes relevées et il régnait un tel désordre dans sa vêture qu’il n’était pas besoin d’être grand clerc pour comprendre ce qui c’était passé. Des traces de sabots eussent pu cependant éveiller la curiosité des enquêteurs …

Pourtant dans tous les pays, on se contenta bien vite de l’hypothèse divine. Saint Michel était venu frapper celle qui n’avait pas tout dit en confession. Fleuret, le pauvre, avait vendu le morceau, trop troublé, pour mettre un peu de raison dans le drame qui détruisait sa vie. La thèse qui circula bien vite dans tout le pays fut celle de Saint Michel en personne, surgissant des cieux pour punir la pauvrette qui avait omis l’essentiel en confession. On oublia bien vite le viol et cet étranger qui avait traversé la contrée sur un cheval blanc.

Ainsi devait périr celle qui avait osé profiter de la vie avant que ne lui en fût donnée l’autorisation par le sacrement du mariage. Son malheur servit à l’édification des autres jeunes filles, une précaution de plus qui n’était pas superflue. Fleuret demeura, jusqu’à la fin des ses jours, mélancolique et seul. Lysette avait fait le bon choix, il était fou amoureux d’elle. Bien mince consolation pour la jeune morte !

Je vous laisse juge de la morale de cette histoire . Quant à moi, je l’avoue, j’ai bien du mal à croire au Ciel quand il commet de tels forfaits. Mais je ne suis qu’un mécréant dont on ne peut rien attendre de ce côté-là !

Confessionnement sien.

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A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
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