Ventura Highway*.

Quittant la très mexicaine vieille ville de San Diego tout droit sortie d’un décor de Zorro, nous remontons la Californie… Lagons bleus et hélicos de marines en manœuvre, comme une carte postale oubliée sur la plage arrière du véhicule.

« Ventura Highway in the sushine, when the days are longer  the nights are stronger than moonchild….you’re gonna go, I know, I know » : Pris comme un insecte dans la fourmilière autoroutière de la « One O One » entre Los Angeles et Santa Barbara que nous n’atteindrons jamais à cause des distances, je réalise que la chanson du groupe America climatise de nouveau ma tête… Pourtant l’ambiance n’a plus rien à voir avec le souvenir d’enfance de l’auteur dans les années soixante : je suis bel et bien tombé dans le panneau de la mégapole de 17 millions d’habitants qui roulent en boucle jour et nuit, seuls dans leur habitacle, et pour qui une chaîne de télé diffuse en permanence le trafic routier. Que dire de Santa Monica et ses coconuts déplumés sur la jetée qui conclut la route « 66 » ? Sous la chaleur écrasante, la température de l’océan pacifique refroidit définitivement les pieds, c’est physique. Fin de séries multicolores pour fitness exhibitionniste… Malibu la sauvage est plus propice à la sieste en fin de journée avec son vent fais qui caresse les joues. L’embouteillage humain de l’Universal Studio et du Hollywood Boulevard m’a achevé pour un temps comme un décor fatigué. Heureusement les lacets du « Mulholland  Drive » cher à David Lynch serpentent vers le ciel et offrent avec le parc Griffith le répit tant attendu ; lieu unique pour voir et apprendre l’alphabet du cinéma en toutes lettres – à condition de trouver le chemin qui y mène !

« If I was in L.A… » serine le « California dreamin* » des Mamas and Papas – « If you’re going to San Francisco*… » lui répond aussitôt l’autre chanson de Scott Mc Kenzie. L’estuaire paisible d’Alameda près d’Oakland  et les hauteurs de Berkeley nous accueillent déjà, avec à la radio locale « Mon ami Pierrot prête moi ta plume… » Pas de doute, cette université appartient bien à un autre monde. Nous  arrivons à San Francisco par le Bay bridge et non par le rouge Golden Gate embrumé…entre brouillard et lumière du rêve. Conduire dans les rues en montagnes russes de cette ville qui m’est plus familière. Ne pas tomber de l’autre côté de la « Lombard  street » et casser le châssis de la voiture, vertige d’une poursuite à la Steve Mac Queen dans « Bullit » ou Michael Douglas dans «les Rues de San Francisco » … Ne pas oublier les sans-abris en déroute qui déambulent dans le centre-ville, surtout des Noirs, mais pas seulement. Les fumeries sur ordonnance de cannabis à usage médical dorment en plein boulevard….. Le tram « Cable cab »pour ceux qui n’aiment la conduite…  Chinatown et ses pagodes, Little Italy et ses restaurants, Mission la latine colorée peinte sur les murs. Les drapeaux militants de la cause homo flottent sur Castro, en écho à ceux qu’accrochent les Américains sur leurs voitures et leurs maisons. Les demeures se serrent les unes contre les autres pour se protéger du vent qui chante. La maison bleue de Maxime retrouvée sur la colline dans la 18me rue. Et les vues sur la ville: de face depuis « l’Ile au Trésor » – mais surtout depuis les hauteurs de « Twin peaks » (encore David Lynch)  où des rafales soufflent sur une beauté glaciale et inquiétante …

 « La Californie est une frontière entre terre et mer, le ciel et la terre, le désert et la vie… » Les paroles d’Etienne Roda-Gil sur la chanson de Julien Clerc gardent tout leur sens.

La nature unique du parc de Yosemite avec les séquoias géants et les sapins qui dansent sur nos têtes. Le Tioga Pass dans la  sierra Nevada et la route lunaire de Mono Lake vers Bridgefront. Les collines en flammes dans la nuit de Carson city. La pluie de grêle sur la baie d’émeraude du lac Taho et la renaissance du monde après l’orage. Les bougainvillées  habillant les autoroutes qui mènent à Sacramento, comme jadis la ruée vers l’or. Mais l’Eldorado d’aujourd’hui, c’est la Silicon Valley. …. Beaucoup d’Indiens venus d’Asie vivent dans cette véritable Mecque des nouvelles technologies. Christophe Colomb aurait-il eu raison avant tout le monde ? Les autres, qu’on appelle indiens amers, gardent leur réserve.

Je marche lentement sur le sable blanc de Carmel-by-the Sea , sur les traces de Jack London et de Clint Eastwood qui en fut le maire, avant de rejoindre  le « seventeen miles drive», ses cyprès et les phoques de la baie de Monterey…

Une autre mélodie glisse sur Half Moon Bay, petite merveille de la baie de San Francisco. Tandis que les surfeurs filent la vague, quelques kids jouent dans le square d’une avenue mystérieusement appelée « Alsace-Lorraine » – en californien dans le texte…Plus loin la Frenchmans Creek road et le Ruisseau Français…c’est vrai qu’en septembre 1786 les deux frégates l’Astrolabe et la Boussole du marin Jean-François de  La Pérouse  mouillèrent un temps dans les parages…

 

http://www.youtube.com/watch?v=f5J54RVZjYs

 

« What are you doing the rest of your life » at Half Moon bay 1973 Bill Evans

http://www.youtube.com/watch?v=cvmAwwu_EGQ

 

 

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2 commentaires pour Ventura Highway*.

  1. cestnabum dit :

    Lacafeu

    Ailleurs !

  2. Safia Belhocine Zemirli dit :

    Quel tour d’horizon!Et quelle philosophie!

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