Le Saint Bernard des canards …

Quand la réalité est aussi une fable :
Un Pirate au grand cœur.

J’avais conté l’aventure attachante de ces canards de barbarie qui avaient été abandonnés en bord de Loire, à Saint Loup, par un rude hiver. Je me souviens de ces premières images de bêtes transies de froid, incapables de se débrouiller seules. Elles tremblaient sur la muraille de la caille, perdues et effrayées.

Puis les humains leur tendirent la main ; les canards eurent de quoi supporter la mauvaise saison et s’habituer à une certaine forme de vie sauvage. Au fil du temps, ils retrouvèrent, peu à peu, leurs capacités d’antan, oubliées ou endormies. Leur vol , d’abord court et incertain se fit de plus en plus lointain et assuré. Petit à petit, ils prirent de la hardiesse et affrontèrent le fleuve.

Nos canards trouvèrent leur place sur le duit, firent leur nid et eurent des portées. Ils ne cessaient cependant d’être surveillés par un drôle de personnage qui s’inquiétait pour eux. Notre Pirate, en effet, aime les animaux comme beaucoup d’entre nous, certes, mais, lui, pousse la chose au-delà de la simple posture de principe.

Les couvant du regard, s’enquérant de leur santé, les protégeant des chiens et des vilains, il a suivi les portées, déploré le sort d’un petit sans défense à chaque fois qu’un corbeau en faisait un festin, s’est réjoui de les voir grandir , capables enfin d’échapper à cette terrible destinée de la nature. Ses clichés nous ont permis de suivre l’évolution de ces vies toujours menacées.

Pourtant , un jour funeste, notre Pirate indigné de constater que des bêtes manquaient à l’appel : en l’occurrence deux gros canards blancs, mena l’enquête et s’aperçut que des pauvres gens sans doute, des personnes de peu de scrupules peut-être, venaient faire leur marché en bord de Loire. Cette fois, le Pirate se fâcha, tança, gronda et finit par effrayer ceux qui trouvaient normal de prélever des animaux sans défense pour leur pitance.

Cette fois, c’est une autre bataille qui le mobilisa. Une femelle avait été blessée par un chien qui échappait régulièrement à la surveillance de ses maîtres. Il la protégea et remua ciel et terre pour savoir comment lui venir en aide. Il publia des photographies de la pauvrette pour émouvoir et appeler aux bonnes idées.

Il fut secondé par quelques bonnes âmes qui lui fournirent le numéro de téléphone d’un bénévole de la Ligue de protection des oiseaux. Il le contacta et les deux hommes se mirent d’accord pour un rendez-vous. Mais celui-ci n’était pas proche : il fallait passer la nuit et le matin suivant. La cane allait être en danger.

Notre pirate, tel un bon samaritain, vint la veiller. Il mit son corps en travers du chemin d’un molosse qui voulait la dévorer et resta là jusqu’à que le spécialiste de la LPO arrive. Grâce au geste héroïque de son protecteur, la cane était encore en vie. Un autre amoureux des animaux le relaya et prit en charge la pauvre bête pour la conduire chez un troisième qui allait la garder jusqu’à complète guérison de sa blessure.

Cette chaîne humaine peut paraître dérisoire pour un simple canard de barbarie. J’avoue pourtant avoir été touché par le récit de ce sauvetage et surtout par la passion de notre Pirate . Il venait de téléphoner pour prendre des nouvelles de sa protégée et espère bien retourner la chercher quand elle sera guérie, pour la remettre dans son domaine ligérien.

« Oh, ce n’est pas pour moi, me dit notre ami, c’est pour son compagnon. Il fallait le voir la protéger quand elle était couchée sur le dos, les deux pattes en l’air et l’aile cassée. Il avait l’air si malheureux ! Il lui fera la fête à son retour, j’en suis certain ! »

Pour certains c’est de la sensiblerie ; c’est en tout cas fondamental pour ce garçon qui, vivant au plus près de la Loire, y passe le plus clair de son temps en canoë. La société a décrété qu’il était un adulte sous tutelle, incapable de se gérer et devant toujours rendre des comptes. Il nous prouve chaque jour qu’il y a bien des manières de trouver sa place dans cette même société et que la sienne vaut bien des nôtres.

Il rêve d’obtenir, enfin, d’une curatrice qu’il juge intransigeante, ce déblocage financier qui lui permettrait de réaliser son vœu le plus cher : se construire une toue cabanée pour y vivre à plein temps sur sa chère Loire. Nous aurions alors un formidable Saint Bernard de la rivière et de ses hôtes. Puisse cette petite histoire adoucir la dame ! Notre Pirate le mérite bien !

Naturalistement sien.

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Bonimenteur de Loire
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