Maux et mots de tête.

 À vous d’écrire …

La mission impossible.

tanguy-2001-08-g

On ne prête pas qu’aux riches et il m’arrive parfois de recevoir des bouteilles à la mer, des textes jetés en vrac sur un clavier, pour que je leur donne une meilleure mine, leur confère une dimension plus romanesque à moins qu’il ne s’agisse d’ouvrir les chemins de la compréhension.

Encore faudrait-il que je parvienne, moi aussi, à tirer au clair ce qui est parfois embrouillamini obscur et confession maladroite.

Celui que R… m’a adressé m’a laissé perplexe. Il y avait dans ce cri autant d’espoir que de désespoir, d’aveux que d’omissions, de fausses pistes et d’ impasses. Qu’importe, j’avais promis, il me fallait tenter de tirer un brin en espérant y trouver le bon fil. Le risque est grand de la confusion mais finalement, dans cet exercice, je n’ai rien à perdre.

Il y a au commencement une relation trouble à une mère. La chose est finalement assez banale. Elle se complexifie quand la dame est supposée avoir laissé en héritage une tumeur au cerveau qui avait déjà emporté sa propre mère. R… se tourmente, ne veut pas de ce maudit cadeau et se met à consulter.

Le mal est profond, hantant une histoire dont R.. ne me livre rien. Je devine les non-dits, lourds de souffrance. Les psychiatres qu’elle consulte sont sans doute de cet avis. Derrière ces inquiétudes, il y a en toile de fond, un rapport à la langue, celle qui structure l’inconscient et qui, dans le même temps, ouvre parfois les portes de l’écrit et de l’introspection.

R… se trouve en mal d’écriture. Sa langue est héritée d’ancêtres normands. Elle est parsemée d’expressions et de tournures vernaculaires qu’une professeur de français, rigide et indigne, repousse d’un revers méprisant : «  Quand on ne maîtrise pas le français, on n’a pas la prétention d’écrire ! » L’argument est violent, il est terrible également. Comment se confier au papier quand on vous l’interdit ainsi ?

R… doit donc faire avec son angoisse sourde qui ainsi reste muette ! Cela ne l’empêche nullement de devenir institutrice. Il faut croire que son français était suffisamment acceptable pour satisfaire aux exigences de ce métier. Par contre, la santé mentale de R… n’est pas de nature à en faire une institutrice sereine. Les vieux démons refont surface. Par deux fois, des directrices obtiennent son internement. Il ne m’appartient pas de prendre position, la mesure est assez exceptionnelle pour qu’elle soit considérée comme significative.

Le temps passe. R… a des enfants, sans doute un époux. Je n’en sais rien. Son récit est trop partiel pour que je puisse combler les trous de sa biographie. J’apprends, sans être particulièrement surpris, que ses relations à ses descendants, ne sont pas excellentes (doux euphémisme). Reproduirait-elle ce qu’elle a reproché à sa mère ? Mystère …

C’est pourtant un récit de vie qui s’impose à elle pour mettre en mots ce trouble qui ne cesse de la hanter. L’écriture devient compulsive, les pages s’accumulent et un livre vient tenter de donner des réponses à des questions intimes. 360 pages pour trouver enfin « Un coin de ciel bleu! » J’avoue ne pas tout saisir du parcours de ce roman qui est sans doute passé par plusieurs mains, afin de lui donner une forme moins tourmentée.

Le livre est refusé, il faut encore le remanier. D’autres écrivains publics sont sollicités. R… affirme que son dernier chapitre a été piraté par une édition spécialisée dans les récits psychologiques. La ficelle est un peu grosse ; elle n’est pas pour me surprendre, je reconnais bien là l’un des moteurs des difficultés qui demeurent en arrière-fond.

R… ne désarme pas. Elle ne renonce pas à son grand dessein littéraire. Elle s’est attelée à un second ouvrage : «  Recherche et vie d’une institutrice ordinaire » Je la devine partie à la recherche d’un temps jamais vraiment trouvé ou définitivement perdu. Son récit me laisse dubitatif. Que puis-je pour elle ? Elle veut de belles phrases, de jolies tournures pour lui offrir un peu d’écoute. Les enjolivures ne changeront rien à ces tourments qui la rongent ….

Ai-je donc, moi aussi, dit le contraire comme l’autre, un des ces écrivains publics dont le travail n’a pas fait écho auprès de R… ? Je doute qu’elle puisse être un jour satisfaite d’un écrit, elle qui n’en a pas terminé avec les maux qui la dévorent de l’intérieur. Je n’ai fait que survoler une histoire qui reste à écrire, un parcours qui n’a pas encore trouvé son fil de narration. Je lui enverrai ce petit essai, certes pas transformé. Il n’apporte rien de plus, si ce n’est le fait que je lui ai accordé un peu de mon attention sans trouver les clefs de son malaise.

Psychologiquement sien.

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Ce que je reçu par mail

Au moment du décès de ma mère en 1972, j’apprenais qu’elle allait rapidement mourir d’un cancer au cerveau, aussi je me suis jurée de chercher à contrer ce maléfice car ma grand-mère maternelle, elle aussi, avait perdu la tête. A partir de là j’ai cherché mais surtout face à mes élèves difficiles!

Puis, j’ai rencontré, après bien des déboires, de très bons psy qui m’ont conseillé d’écrire un livre sur ma mère, ce que je refusais absolument! Je lui en voulais trop pour trier quoi que ce soit…

Le temps passait j’écrivais beaucoup…Tout est à jeter, j’ai gagné des petits prix pour des contes!!! Mais dans mon adolescence j’ai été humiliée au dernier degré par une « perverse » prof de français qui ne ratait jamais une seule de mes erreurs. S. R.. ne parle pas français, répétait-elle durant des heures! C’est la vérité je vous assure.

J’étais seulement née à Paris de parents normands…et en effet, après recherches, là aussi je me rendis compte que je répétais le langage argotique des Havrais …Voir Annie Ernaux qui, elle, se souvient de toutes ces expressions et qui reprenait ses parents….pas moi!

En retraite, j’arrivai à Brive pour diverses raisons mais aussi pour trouver un écrivain capable de faire de mes écrits un roman !En vain:l’un voulait se faire payer pour raconter en mieux ce que je disais, un autre se servait de mes écritures pour inventer tout autre chose. Quand j’ai arrêté de lui envoyer quoi que ce soit parce qu’il avait inventé un héros américain (alors que je déteste les Américains, nos prétendus libérateurs qui,en réalité, ont sans vergogne tué et saccagé notre Normandie et ses habitants . Montgomery se payait pour seulement s’amuser des clochers normands!) ce monsieur n’avait plus d’idées….Il est maintenant en panne……………

Bref! Je me suis décidée enfin à écrire « Un coin de ciel bleu » :360 pages bien serrées. Les éditions « Jacob », spécialistes de psychologie, m’ont piqué le dernier chapitre mais n’ont rien édité car mon texte ne correspondait à aucune collection. Il faut que ce soit du genre romance ou un essai… je le constate : c’est partout pareil.

Je suis donc trop originale. Alors j’ai fait appel à un écrivain public éditeur….

Alors là je le qualifierais de salaud, de voleur et pire encore ! Certains n’ont pas froid aux yeux ! J’avais lu quelques-uns de ses livres: ils détestait les instits, et, quand il traduisait la vie des anciens, il ne posait des questions que sur ceux qui avaient réussi dans la vie : ceux qui avaient finalement gagné beaucoup d’argent! Mais j’avais repéré qu’il signalait dans un village un pauvre gars qui avait perdu sa mère jeune et qui ne travaillait pas très bien en classe….ce pauvre mec ne l’intéressait pas, mais pas du tout…il fut largué.

De plus monsieur n’invente que des polars où les macchabées s’accumulent. Ce n’est pas mon style.

J’étais tellement furieuse que j’ai décidé de corriger mes très nombreuses fautes d’orthographe et que j’ai tout relu plusieurs fois…le texte est maintenant définitif mais n’a intéressé personne, pas même mes enfants sauf mon fils qui, du coup, est revenu me voir ! Mais les autres n’ont toujours rien manifesté..

Petite explication…..je n’en voulais pas réellement à ma mère de son éducation, très bonne finalement, je crois ; en effet, si elle était trop sévère je lui pardonnais bien volontiers!!! Mais c’est qu’elle m’avait mariée à un horrible personnage sous prétexte que ce monsieur sortait des grandes écoles! Mais il était si peu recommandable que, loin de lui en être reconnaissant, il médisait d’un membre de sa famille qui lui avait permis de faire des études et même sauvé la vie…quant à ses propres enfants infantilisés évidemment par manque de père à l’écoute,ils sont persuadés de sa supériorité sur moi qui devenais dépressive. Comment pouvait-il en être autrement avec un tel individu qui ne cessait de me battre en paroles et en gestes souvent dissimulés aux yeux des autres. Par ailleurs grand ami de notre cher Hollande.

Je passe une ligne car l’horizon s’ouvre, je suis en train d’écrire la suite qui sera plus intéressante pour tous: « Recherches et Vie d’une instit….ordinaire » Mais je viens de visionner le DVD  « les choristes » : c’est exactement ce que j’ai fait mais comme il s’agissait de petits, je ne pouvais pas faire de chorale et je n’avais pas besoin d’écrire de la musique : les chansons et comptines enfantines foisonnent.

Et, bien sûr, je fus envoyée me faire soigner chez les fous par mes deux directrices successives, mais contrairement à la morale des « choristes, ces dernières , elles, ont reçu les compliments de la hiérarchie et les palmes académiques.

Maintenant cher Nabum qui écrivez si bien (j’aimerais, c’est vrai, écrire certaines de vos belles phrases poétiques mais, chacun son style, je les lis plusieurs fois) je vous permets de faire un texte de blog avec cet email car parfois les écrivains ont eux aussi besoin d’inspiration à condition cependant que vous ne disiez pas le contraire de ce que j’ai dit comme l’autre qui, lui, n’a en plus aucune psychologie, mais ce fut pour moi une expérience !

Et bon travail ! Amicalement votre

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A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
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