La courtoisie fout le camp.

La politesse du cœur.

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Autrefois, la noblesse du cœur se traduisait par un comportement emprunt de générosité et de délicatesse vis-à-vis de ses pareils. Un individu, pour être honnête aux yeux de ses semblables, devait être porteur du talent social de la civilité. Aujourd’hui, dans nos cités, sur nos routes, dans les entreprises, dans les écoles ou dans les rues, ce noble sentiment est presque perçu pour un anachronisme improductif, inutile et parfaitement déplacé.

La courtoisie, puisque c’est d’elle qu’il est question, était parvenue à s’émanciper des effets de cour, des aménités de classes et des courbettes de componction pour s’étendre à toute la population d’une société où chacun avait sa part de considération et voyait en l’autre son compatriote. Je vous parle d’un temps où l’individu ne se déterminait pas par une appartenance religieuse, un train de vie, une tribu vestimentaire, un groupe ethnique ou un clan idéologique.

Contrairement à l’interprétation abusive des admirateurs du mari de la chanteuse, courtoisie n’a pas pour étymologie la juxtaposition de deux termes : « court et toise ». Bien trop de gens extrapolent et font, de cette merveilleuse qualité, l’affreuse capacité de considérer son semblable à l’aune d’une taille de référence : l’un de ces innombrables marqueurs sociaux qui désormais nous distinguent, nous séparent en segments socio-professionnels, nous classent , nous compartimentent, nous catégorisent selon nos parcours scolaires, spirituels, culturels et surtout financiers.

Cette approximation lexicale justifierait le mépris dont usent à loisir ceux qui se sont élevés dans notre société par la seule vertu de l’argent et qui toisent avec condescendance ceux qui n’ont pas le même train de vie. Elle peut tout autant expliquer les regards de haine que portent aux mécréants, ceux qu’une foi quelconque fait planer au-dessus des pauvres miséreux qui se refusent à croire en la transcendance.

La courtoisie est cette politesse raffinée qui, spontanément, fait de l’autre l’égal de sa propre personne, sans la moindre considération vaseuse, pompeuse et fallacieuse. Nul besoin de connaître son prochain pour lui offrir cette reconnaissance qui ne tient compte ni de la fortune ni de la réputation ni de l’origine pas plus que des croyances. Nul besoin de juger, jauger, évaluer au préalable ! La courtoisie ne se mesure pas !

Les insultes à l’affabilité sont nombreuses et le lieu de l’expression sublime de tous ses contraires n’est plus le seul espace routier. Si cette qualité, issue de la chevalerie, n’avait sans doute pas supporté le passage au cheval-vapeur – la voiture étant vite devenue le réceptacle idéal de la grossièreté, de la goujaterie, de l’égoïsme rustre- l’évolution de l’espèce a franchi, depuis longtemps, les limites de ce cadre, pour faire du piéton un malotru ordinaire.

Croiser un humain est désormais une aventure risquée pour peu qu’il soit différent de vous. La taille, l’âge, la provenance, la vêture, la démarche et bien d’autres critères encore, font que vous serez ignoré, méprisé, insulté ou bousculé. Les chances d’être salué s’amenuisent de jour en jour ; la probabilité d’une agression verbale ou physique augmentant de manière inversement proportionnelle. Les risques explosent si vous avez l’idée saugrenue de vous aventurer dans un espace sur lequel un groupe humain a fait main basse .

Même nos chers marchés sont devenus une mine de grise mine. La multiplication des files d’attente permet à certains virtuoses de l’irrévérence de multiplier les occasions de discourtoisie. Des retraités, forcément pressés d’en finir, qui doublent, interrompent une commande pour demander, sur le champ, un prix pourtant ardoisé ou retrouvent leurs jambes pour «sauter » un client. Des gens importants qui passent là , simplement pour se faire voir et qui s’exaspèrent de cette insupportable promiscuité. Ils traversent du regard cette plèbe goguenarde : ces gens du peuple, ces gens de si peu..

D’une manière quasiment systématique, c’est la file d’attente : la queue, le mal absolu. Juste retour des choses diront les tenants de l’à-peu-près. Triste incivilité de la bande, de la foule qui attend et doit en supporter d’autres qui entravent ce droit inaliénable à la ruse. On se bouscule, on se marche sur les pieds ou les spatules, on rejoint un éclaireur opportun, on bloque un groupe rival pour favoriser les siens ; on ne se regarde pas, on se parle pas, on triche !

Descendre d’un métro ou d’un tramway est devenue une opération guerrière. Face à vous, un mur de futurs passagers si pressés qu’ils ne pensent même pas vous laisser sortir. Ils vous barrent l’issue. Pire même, ils vous passent sur le corps pour entrer avant que vous ne puissiez esquisser le moindre mouvement de fuite. Ne vous aventurez pas à un sourire ou à bonjour : la ville est devenue un champ de bataille ! Face à vous, une horde innombrable d’ennemis potentiels ….

L’art de bien vivre ensemble, cette amabilité générale, cette convenance des bonnes manières, cette aménité bienveillante a beau multiplier ses synonymes ad libitum, elle se cogne désespérément à l’immense variété des grossièretés sociales, des impertinences comportementales que notre vocabulaire moderne a su synthétiser sous le vocable explicite de « Connerie ! ». Ce terme générique regroupe tout ce que nous sommes devenus, façonnés que nous sommes par une société qui divise, sépare, distingue, fragmente, émiette à loisir.

Ne désespérons pas de l’humanité cependant ; des gens se lèvent de-ci de-là sur la toile pour élever le débat et refuser toutes nos bassesses, pour relever cette toise et sourire à tous leurs semblables. La Fraternité est inscrite sur les frontons de nos institutions, il est grand temps de lui redonner ses lettres chevaleresques. Commençons, dès aujourd’hui, par nous dire bonjour dans la rue. Voilà bien un geste révolutionnaire qui pourrait, à moyen terme, faire vaciller un système qui se nourrit de nos divisions.

Courtoisement vôtre

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Bonimenteur de Loire
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