Son plus beau Tango du monde.

Josette.

Il y a 4 ans déjà … (2)

Josette

Josette n’a que huit ans lorsque Georges est pris en otage. Son monde aussi a pourtant basculé. La même horde soldatesque : ces brutes sanguinaires de la division « Das Reich « , aborde les mines de charbon de Saint Perdoux.

C’est là que travaille son père à qui elle voue une passion enfantine, figure tutélaire dans un foyer, où la mère, paralysée, ne peut tenir tout à fait la même place pour la fillette. Josette, malgré son jeune âge, doit s’occuper de la maison et de ses cadets ; trois frères et sœurs pour lesquels elle remplace les jambes et les bras d’une maman.

Le 3 juin 1944, la vie de la famille bascule comme celle de beaucoup d’autres, dans un département devenu le martyr de cette division, qui sema sur son passage mort et désolation. Les monstres vert-de-gris, ce matin-là, pénètrent dans la petite maison familiale …

Ils frappent une femme qui ne peut se défendre, repoussent les plus jeunes, dénudent entièrement le maître de maison qu’ils exposent, ainsi, devant la fenêtre, sous les yeux à jamais traumatisés de ses propres enfants. L’humilier de cette manière n’assouvit pas leur haine inexpugnable, ils emmènent le pauvre homme avec sept autres innocents pour le passer par les armes !

Josette gardera toujours en mémoire ce jour maudit entre tous. Lorsqu’elle m’évoque ces souvenirs terribles, elle fond en larmes mais veut aller au bout de son récit. La suite sera pour elle un long tunnel qui va la priver d’enfance.

Les survivants vont s’ installer à Saint Céré pour fuir le souvenir atroce. Josette va grandir, au service des siens, sous le joug autoritaire d’une mère devenue acariâtre. Un beau-père viendra prendre la place de celui qu’elle ne peut oublier : pourtant, ce réfugié espagnol lui sera un doux réconfort.

Les années passent, elle travaille au noir pour la boucherie du coin. Dès cinq heures jusqu’à midi, elle s’affaire pour son employeur avant de revenir travailler à la maison. Elle reprend le collier de quinze heures à vingt heures puis, une fois encore, enfile le tablier chez elle.

Un jour pourtant, à seize ans, elle profite de l’invitation d’une bonne marraine pour partir à Paris. Elle y déniche un emploi gare Saint Lazare, la liberté et un peu de joie de vivre. Un administrateur zélé des affaires sociales du Lot la retrouve pour lui rappeler qu’elle est pupille de la nation et soutien de famille. Elle doit retrouver ses habits de Cosette au nom de la République.

Trois années durant, elle vivra son enfer avec la bénédiction de l’administration française. Seuls quelques bals avec son amie Colette lui font oublier, l’espace d’un instant, cette vie terrible. C’est à celui de Saint Jean Lespinasse qu’elle trouvera l’amour de sa vie …

Deux garçons qui ne sont pas du canton arrivent- le fait est assez rare pour être remarqué- dans une belle quatre- chevaux. L’un d’eux est raillé par Josette : avec sa chemise et ses chaussettes blanches, il est vraiment grotesque. Mais l’autre porte chemise bleue et il l’a déjà invitée à danser un tango !

Il lui fait tourner la tête, son bel inconnu de la Saint Jean ! Georges et Josette ont scellé leur destin. Ils avaient partagé à distance le même malheur ; la vie se chargera de leur offrir maintenant plus de cinquante ans de bonheur.

C’est assis à leur coin de table qu’ils m’ont confié leurs souvenirs, afin, qu’à mon tour, je les mette en mots !

Coupdefoudrement vôtre

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A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
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2 commentaires pour Son plus beau Tango du monde.

  1. fatizo dit :

    Merci de nous permettre de nous souvenir que pour nos ainés la vie n’a pas été un long fleuve tranquille. Ils y a beaucoup de Josette dans notre pays, de femmes qui ont connu un parcours aussi rude.
    Bonne soirée CNabum

    • cestnabum dit :

      Fatizo

      Et pourtant les gens de cette génération ont tenu la rambarde et ont fait avancer le pays. Les générations suivantes, élevées dans le coton ne sont plus capables que de réclamer et de ne jamais rien donner

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