Au bout du comptoire, la Loire.

Monologue théâtral …

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Un fou de Bassan est venu déployer ses ailes au Girouet. Curieusement, l’étrange animal se nomme Sterne : confusion des genres et des espèces. Rien n’a cependant d’importance au pays de la comédie. La scène , c’est la taverne, la cour est devenue salle et le jardin se fait Loire. Les spectateurs seront aussi clients ; la pratique n’est pas très nombreuse mais elle a posé ses soucis pour partir dans l’au-de là d’un rideau qui ne se lèvera pas ….

Un personnage portant chemise à jabot et frac défraîchi, le tout dissimulé sous un « Trench Coat » qui en fait immédiatement un comparse de l’ami Colombo, pénètre dans le bar. Il réclame le tenancier, un certain Dario qui jouera la fille de l’air toute la soirée. Monsieur Stéphan restera seul, désespérément seul avec ses souvenirs, ses folies et ses tirades d’amuseur.

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Le décor est planté ; la pluie qui bat les vitres semble avoir été voulue par le metteur en scène. Nous sommes alors immédiatement emportés dans un univers visqueux, glauque, désolant, où nous sourions souvent, malgré tout, du naufrage d’un homme qui ne s’accroche à rien d’autre qu’à sa bouteille de whisky qu’il boit sans et à volonté !

Il le dit d’entrée : « Le succès facile détruit le véritable artiste ! » Rien n’est facile pour Monsieur Stéphan qui se croit encore un artiste, lui qui n’est plus qu’une épave chargée de jouer le Monsieur Loyal dans son casino balnéaire. Il nous prend par le main avec son chagrin et ses pirouettes, ses délires et ses soliloques. Nous le suivons volontiers ; il y a un peu de nous tous dans ce personnage en quête de lui-même.

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Et ce sont les absents, les autres, qui, comme toujours, ont tort les premiers. Monsieur Stéphan, en se comparant à eux, immanquablement, trouve désolant d’être chargé de les annoncer. À commencer par ce ventriloque pitoyable et son canard, usé jusqu’à la corne de son bec. Une pauvre marionnette qui ne donne même pas le change pour un numéro auquel personne ne croit, pas même l’artiste en déroute.

Mais lequel est le plus mauvais, le ventriloque qui remue les lèvres ou bien le présentateur avec sa pauvre blague éculée ? Ce ne sont pas les verres qui se succèdent malgré la recommandation formelle du patron : «  quatre verres à volonté par jour ! », qui nous donneront la réponse. C’est la volonté qui défaille, tout autant que l’espoir de sortir de ce trou à rat. La plage reste déserte, le casino misérable pour une solitude qui se heurte à l’absence de tous les autres : « Il n’y a même pas un chien sur le trottoir … »

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Monsieur Stéphan a beau se contorsionner, il ne retombera plus jamais sur ses pieds. À l’instar de ces antipodistes , même pas Australiens et si dénués d’humour, que c’est à désespérer de la terre entière, il se plie, se tord, se contracte dans un rôle aussi mal taillé que son costume. Il nous conduit dans sa chute, en nous prenant à partie, en faisant de nous ses témoins, désolés, certes , mais souriants.

Voici à présent qu’il évoque son double : ce frère jumeau qui a gagné le gros lot, même si la méthode était discutable. C’est lui qui a perdu au change, condamné qu’il est désormais, à tourner à vide autour de ces roulettes dont jamais ne sortira le numéro gagnant pour lui. Il se console dans l’écriture d’une autobiographie qui ne s’achèvera jamais …

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Où se situe l’accident de son existence ? Est-il déjà survenu ? Faut-il encore l’attendre ? Point n’est besoin de s’interroger. Il est permanent et nous sommes témoins de la lente agonie d’un vieux pachyderme qui, indéfiniment, vient mourir dans son cimetière des éléphants. Qu’il soit peintre raté, incapable de reproduire une réalité qui sans cesse se dérobe à lui, ne change rien à l’affaire ; il peut s’engager dans la légion étrangère, partir dans ses rêves, il sera éternellement cet acrobate misérable, accroché à un lampadaire, en dehors du cirque.

Tout déborde durant cette confession auquel nous assistons. Monsieur Stéphan n’est qu’une casserole d’où le lait s’échappe sans cesse. Que lui reste-il encore ? Cela n’a guère d’importance ; il nous a conduits là où l’on ne revient pas. L’artiste sort, il abandonne ce bar qui lui a fait vider son sac à misère. Nous quitte pour aller s’accrocher au premier lampadaire venu.

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Christian Sterne est tout aussi époustouflant qu’est vaine ma tentative de vous décrire ce moment magique. Prenez le temps plutôt de vous installer dans un bar, de siroter une consommation tout en le regardant, l’écoutant, l’admirant, dans ce numéro de haute voltige durant lequel il ne cesse de s’écraser magnifiquement.

L’acteur donne vie à cette angoisse existentielle, à cette plongée aussi vertigineuse que drolatique. N’hésitez pas à contacter la compagnie pour faire venir ce comédien et ce spectacle. Un curieux moment, un si beau moment qui vous donnera à réfléchir et à rire. C’est du grand théâtre ; faites-moi confiance, contactez-le !

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Admirativement sien.

 

La pièce s’intitule : « Au bout du comptoir, la mer ! » Elle a été écrite par Serge Valleti et vous est proposée par la compagnie : « Les Fous de Bassan. » 

Photographies : Bertrand Deshayes

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Bonimenteur de Loire
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