La pluie me rebute

Billet de circonstance.

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« La pluie me rebute ! »ce message obsédant , phrase lancinante, affleure à ma conscience, sonnant le glas de mes espérances, d’un doux rêve et d’un moment merveilleux . Et me voilà seul à tourner comme un lion dans sa cage; le ciel s’est drapé de noir et pleure toutes les larmes de sa voûte. Que faire ? Comment supporter ce temps chafouin, cette intrusion de l’automne au début de l’été ?

L’humain n’est jamais content, c’est bien là sa principale caractéristique. Pourtant la pluie sera bénéfique pour notre Loire dont le niveau était triste à chagriner les hérons eux-mêmes. Les grandes pattes d’échassier leur semblaient démesurément longues dans ce mince filet d’eau qui coulait encore. La colère des cieux va nous apporter une hausse du niveau de plus d’un mètre et les oiseaux pêcheurs retrouveront les joies du plongeon de haut vol.

Le ciel menaçant est si beau pourtant, chargé de nuages pesants qui font la joie de l’ami Alain Pavard-Doisneau. Nous savons qu’avec lui, les photographies deviendront tableaux magnifiques, invitations à l’admiration. Je le devine, emmitouflé sur les quais pour saisir l’éclairage qui fera de son cliché un instant magique. Plus le ciel est nébuleux, plus il se réjouit des contrastes et des variations qu’il lui apporte . En voilà au moins un que la météo fait jubiler.

Quant à moi , je suis seul; désespérément seul par ce temps qui ne pousse pas à la visite impromptue. Non que la pluie m’empêche de sortir : je sais l’affronter, armé comme il se doit de la tenue idoine pour ne pas subir ses vilains assauts. Mais comment arriver chez les gens, « affistolé » de la sorte, ruisselant et faisant gouttes sur le pas de leur porte ? Je ne serais sans doute pas le bienvenu : de quoi doucher une relation !

En pensant à cette visite qui ne va pas se faire, le chagrin me gagne : c’est trop injuste de devoir repousser son attente à cause d’un impondérable météorologique ! Voilà le lot de ceux qui ne se déplacent qu’en deux roues. Il y a parfois des moments où l’envie leur prend de rester au sec, de ne pas affronter ce pavé qui glisse, ces éclaboussures d’automobilistes indélicats, ce risque de dérapage sur les marques blanches de nos routes patinoires.

Je n’ai d’autre issue que de prendre le clavier et coucher sur l’écran cette langueur qui me saisit. Le toit tambourine les assauts furieux des averses. C’est au rythme de l’eau qui tombe que tombent les mots, les uns après les autres, que la rage s’exprime et que le temps s’écoule lui aussi. Que d’eau ! Pourtant il me faudrait penser aux pauvres hères, bloqués dans des abris de fortune: pour ces exclus des reliefs de notre opulence, ce temps est pire que tout.

Il faut encore penser aux vacanciers sous des tentes, pauvres protections incertaines qui les emprisonnent dans ce modeste réduit. Les affaires mouillées, l’impossibilité de bouger, l’humidité qui s’infiltre, qui s’insinue partout. L’été commence, comme il en a pris la mauvaise habitude depuis quelques années, par un début de juillet chagrin. Pauvre gens qui ont mis tant d’espoir dans un projet qui, lui aussi, tombe à l’eau !

Morosité ambiante qui concerne, ne les oublions pas, les agriculteurs . La pluie qu’ils espéraient tant, arrive au mauvais moment. La moisson qu’il faut différer, les champs qui se gorgent soudainement de cette eau importune qu’ils réclamaient en vain depuis si longtemps. Le temps se joue de nos désirs, le temps se joue de nos prévisions. On nous bassine d’un réchauffement climatique qui se fait dérèglement éponyme. Il y a quelques jours, des grêlons gros comme des balles de tennis (je n’exagère nullement) ont ravagé les serres de notre Val.

Alors, il faut se dire que ce n’est qu’un mauvais moment à passer. Nous sommes bien moins à plaindre que tous ceux-là dont le ciel conditionne les activités professionnelles, c’est à dire les revenus. Je leur souhaite patience et courage ; le temps se venge de nos abus de toutes sortes, le ciel nous fait payer notre égoïsme et notre refus de respecter notre planète. Ce n’est que le début du grand déluge des temps futurs.

La pluie me rebute. Tant pis , de mon humeur maussade elle n’a cure, indifférente, elle tombe sans discontinuer. Devrait-elle ouvrir le parapluie et choisir le bon moment pour arroser le sol et les gens? Insensés que nous sommes: nous voudrions que tout se plie à nos désirs et à nos caprices ; êtres bien incapables de doucher notre folie égoïste ! Le climat se détraque mais sans doute bien moins que cet humain rendu fou par quelques gouttes de pluie. Je vous abandonne à ce mauvais moment ; demain le soleil brillera à nouveau et le sourire refleurira sans doute.

Météorologiquement vôtre.

Photographie de Alain Pavard-Doisneau

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Bonimenteur de Loire
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