Il voyage en classes « Affaires »

Le voyageur sans bagages.

sarkozy-politique-fiscale

C’est un voyageur sans bagages, un homme qui ne s’embarrasse pas de culture générale ni de circonlocutions langagières. C’est un taureau furieux, un excité permanent qui confond l’agitation et la réflexion. L’homme agit sans mesure, parle sans distance, il fait des grands moulinets, il brasse de l’air et pourfend l’intelligence.

Il s’est fait le spécialiste de l’affaire interlope si bien que désormais, on le surnomme dans le milieu : « Le Grand quincaillier ! » Il traîne des casseroles qu’il n’oublie jamais de rafistoler et de rétamer ; avec lui, on n’est jamais sûr d’employer le terme approprié. Il est vrai qu’il bouche les trous à coups de millions, de fausses factures et d’exonérations fiscales.

L’homme n’est pas sans ressource. Il peut trouver dans une vulgaire enveloppe de papier kraft de quoi organiser des cérémonies fastueuses, des meetings dignes des grandes vedettes du show-business .Rien n’est trop luxueux pour lui : il dispose d’une douche dans sa loge, de toilettes grand confort pour son derrière princier, de la meilleure sonorisation pour grand tapage. Il veut se faire entendre et aime qu’on le voie. C’est une rock-star sur talonnettes. Car si l’homme maltraite à plaisir la langue française, il n’hésite nullement à user de l’anglicisme à la mode.

Notre petit bonhomme se joue des règles et des usages. Il ment, triche, fait le coq, insulte le quidam, vitupère contre les humbles, se fait obséquieux devant les plus puissants que lui. Il ne recule devant aucune bassesse, il avance la tête haute. La tourmente ne le dérange pas ; il se nourrit des critiques, se renforce des attaques.

Plus il est montré du doigt, plus il est certain de son retour en grâce. Il sait qu’il n’a rien à craindre de la justice ; il y aura toujours une erreur de procédure, un vice de forme, une maladresse ou bien un coup fourré pour le faire sortir blanchi et grandi. Quant à la populace, elle est si stupide, qu’elle lui déroulera le tapis rouge pour lui faire retrouver ce qu’il n’aurait jamais dû perdre.

L’homme sans bagages est prêt. Au moindre signe du pied, il peut réintégrer ses appartements princiers. Il n’attend que ça d’ailleurs car il lui faut un écrin pour y ranger son bel instrument italien. La foule, oublieuse et prompte à pardonner, effacera les soupçons, les zones d’ombre, les dérives et les fautes, pour lui restituer ce trône dont le suivant n’a rien su faire.

Qu’importe les affaires, demain il sera rappelé ! C’est le destin des nations sans mémoire que d’effacer l’ardoise des plus grands gredins. Napoléon en personne avait obtenu une seconde chance au grattage après pourtant bien des vicissitudes. Pourquoi ce grand ami de la Corse ne bénéficierait-il pas lui aussi de ce privilège ?

Avocat d’affaires, il est parfaitement bien placé pour connaître sa bonne fortune. Non pas celle qui l’a fait naître sous une bonne étoile, mais celle qui permet de se payer les meilleurs juristes habiles à trouver la faille. Ici, il n’est pas question de vérité : chacun la subodore et elle n’est pas reluisante. Ici donc, seul compte l’effet d’annonce. Un non-lieu vous assure une virginité nouvelle, une respectabilité qui ne se discute pas !

Je dois, à ma grande honte, reconnaître qu’il me tarde de le revoir revenir aux affaires. C’est un si grand spécialiste de la chose … Je veux naturellement parler de toutes ces affaires qui lui collent aux basques et dont le bon peuple n’aura cure quand il faudra le supplier de remplacer la bande d’incapables qui lui a succédé.

Je retrouverai enfin mon inspirateur, ma muse au masculin, ma source inépuisable d’inspiration. L’homme sans bagages est une bonne affaire pour le polémiste, un don du ciel pour le pamphlétaire en mal d’inspiration, une pochette-surprise pour le chroniqueur quotidien. Avec lui, chaque jour est l’occasion de frasques inénarrables ou de pantomimes guignolesques, de déclarations à l’emporte-pièce et de discours historiques. Il ne recule devant aucune grimace, aucune filouterie pour faire de son règne un théâtre fascinant.

Au lieu de quoi, nous avons pour l’heure un tragédien sans souffle, un pâle comédien qui bafouille et hésite, se dandine ,dodeline et fait le pas de deux sans trouver danseuse à son goût. L’actuel est si pitoyable que je n’éprouve nulle envie de le croquer ou de le pourfendre. Alors que l’homme sans bagages ne me laissera jamais sur ma faim. Vite, qu’il revienne, puisque les moutons de ce pré ont déjà oublié et ferment les yeux pour ne rien voir, autant qu’on s’amuse à nouveau !

Bagagistement sien.

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A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
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2 commentaires pour Il voyage en classes « Affaires »

  1. fatizo dit :

    Voilà un magnifique papier que l’on aimerait tant pouvoir lire dans un grand journal.
    A noter que pour passer à la télé il se rase. Il aurait pu le faire lors des cérémonies de l’anniversaire du DDAY; Cela prouve que ce type ne respecte rien.
    Bonne soirée CNabum

    • cestnabum dit :

      Fatizo

      Merci !
      Pour la presse écrite, je crois qu’il est trop long et qu’il est relativement bien écrit ce qui lui interdit de prétendre à cet honneur.

      Quand à ce sinistre personnage, la lame du rasoir peut un jour nous rendre justice.

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