Ma ville, la nuit.

Belle mais pas silencieuse

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Qui se souvient encore de cette ville morte à la tombée du jour ? Les rues désertes, les bars qui se ferment, les ombres qui se dépêchent de rentrer au logis. Orléans, la vieille endormie, ville ouverte qui se refermait sur elle-même, cité bourgeoise, hautaine et lointaine. Il y a si longtemps et c’est tant mieux !

La métamorphose a eu lieu. La ville a retrouvé la Loire. Les quais, vidés des voitures inertes qui nous privaient de la vue de la Loire, se sont refait une beauté, se sont ouverts aux piétons, aux flâneurs, aux vélos et aux badauds. Quelques terrasses, des restaurants, des bars et des lieux culturels se sont proposés à notre nouvel appétit de liberté.

Les bateaux ont repris la place qu’ils avaient abandonnée, un siècle durant. La ville a retrouvé le rythme de la rivière, son souffle et ses colères, ses lumières , ses invitations à la rêverie. Des propositions fleurissent pour retrouver cette vie d’antan quand la Loire était le cœur de la cité ; le bateau-lavoir, l’ »Inexplosible » et les balades marinières vous tirent par la manche.

Rien de tout cela n’est critiquable, bien au contraire, c’est un bonheur sans cesse renouvelé que de voir ainsi les Ligériens reconquérir leur rivière. Mais toute médaille a son revers ; toute initiative s’accompagne de son cortège de désagréments. Les quais sont devenus le domaine de l’irrespect, le siège de la goujaterie de masse.

Quelques-uns se sont appropriés cette aubaine. Ils transforment chaque soir ce lieu idyllique en décharge à ciel ouvert. La liberté, pour certains, c’est de laisser derrière leur passage, des monceaux d’immondices. Leur plaisir ne doit pas s’accompagner de quelques contraintes élémentaires, de simples marques de savoir-vivre ensemble.

Ils souhaitent boire et manger ? C’est très bien mais pourquoi leur faut-il systématiquement abandonner canettes et bouteilles là où elles ont été consommées ? Pourquoi encore doivent-ils nous faire connaître leurs goûts alimentaires-si douteux-en laissant là papiers gras et ces redoutables boîtes en polystyrène ? (à moins que ce ne soient des cartons de pizzas)

Il faut ajouter à ces menus désagréments l’inévitable ribambelle de mégots de toutes natures qui jonchent le pavé ou bien finissent dans la rivière. Les porcs laissent leur souille dans un tel état qu’il faut, au petit matin, des équipes de nettoyeurs pour effacer le passage de ces malotrus. C’est le prix à payer pour redonner vie à la ville …

Non seulement, ils se conduisent fort mal mais en plus ils le font savoir. Le bruit est le corollaire de leurs manières si légères. Ils doivent se faire entendre, vociférer ou bien laisser beugler des appareils musicaux qui vomissent des sons désolants. Ces gens-là imposent leurs préférences ; les autres n’ont qu’à se boucher les oreille !

Pourquoi les laisse-on agir ainsi ? C’est qu’il faudrait une présence permanente sur les quais alors qu’il est plus facile de circuler à distance en voiture de police sur la piste cyclable. Il faudrait encore la volonté d’expliquer et d’imposer, de refuser le laisser-aller. C’est un problème d’éducation collective, c’est aussi une nécessité par respect pour des riverains excédés qui savent que les beaux jours sont pour eux synonymes d’insomnie.

Je n’évoque pas non plus les actes de vandalismes dont sont victimes les bateaux. La ville se targue d’avoir replacé la Loire au cœur de la cité mais se montre impuissante à préserver les embarcations qui font sa fierté. C’est comme si, à la nuit tombée, la civilité n’avait plus sa place en ce lieu. On baisse les bras devant cette invasion de trublions joyeux. On accepte leur code, leur comportement parce qu’ils relèvent du phénomène de société.

Ce n’est pas ainsi que nous ferons changer les choses. Il ne faut pas renoncer à inculquer le respect de l’autre et du lieu et cela ne passe pas nécessairement par une répression ponctuelle et aveugle. C’est un travail de chaque instant, une volonté de modifier un état de fait qui ne peut s’installer durablement sous peine de remettre en cause le vivre-ensemble. Ceci est vrai dans cette ville comme dans bien d’autres : il ne faut plus laisser des zones de non-droit par lâcheté et manque de volonté politique.

Tranquillement vôtre.

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A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
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8 commentaires pour Ma ville, la nuit.

  1. hrbd dit :

    Ma ville la Nuit!

    Je garde pour ma part à contrario de ce bel article, un souvenir impérissable et impécable de ma ville la nuit.

    Il y a certes des quais mais pas de bousculade sauf dans ce lieux de rencontre symbolique et centenaire près du trésor public, ou trainent capotes et accessoirs en tout genres.

    Mais ne nous y trompons pas, ces gens qui laissent ici tant de saletés remercient à leurs manières les façons dont on les a traité!

    Au delà de ce bout de quai, ma ville natale dort, sous ses ponts, ses sauls, un calme plat rêgne.

    Ma ville n’a pas eu besoin de renover ses quais, elle ne les a jamais abandonner elle.
    Ses gens ne les ont pas abandonné non plus, ils ne s’y sont jamais promenés à tort!

    Inutile de vous parler de la serre cachée qui surplombe la rivière pas la peine non plus de lever le nez dans tout les quartiers là où ma ville garde tout ses trésors cachés, que personne mis a part quelques vrais amoureux de ma ville ont pris la peine de découvrir!

    Je suis né dans une ville de passage d’où chacun rève de partir mais où tous demeurent et meurent.

    Ma ville n’a jamais rien abandonné et n a donc pas eu besoin de se rénover, au pire un beau jardin promis au patrimoine mondiale de l’Unesco…au delà elle est restée ce qu elle a toujours été fidèle à son passé…comprenez donc que ses habitants soient comme moi fidèles à ce qu elle est, même si vous dites que c’est la plus laides des villes de France…

    La politique chez nous on s’en cague pas mal, on est de gauche ou d extreme gauche depuis une centaine d année….pensez bien que nos quais ne se mesurent pas à leur fréquentation, mais à la fidélité dont notre ville a toujours prêté tant d attention!

    CCCP

    Vive Vierzon!

  2. cestnabum dit :

    Claudielapicarde

    Les autres ? Quels autres ?
    Pour le profit de quelques-uns, nous avons été éduqué dans le mépris des autres et le seul désir de satisfaire nos envies … C’est ce cette éducation type du consommateur utile qu’est née cette manière d’ignorer son voisin.
    Cette société est immonde

  3. Une ville est faite pour vivre mais comme le respect des autres n’est plus qu’un lointain souvenir ça pause des problèmes de nuisance.
    Où est le temps où nous passions les soirées d’été dehors et nos parents disaient « chut » il y a des gens qui se lèvent tôt demain et c’était les chuchotements qui prenaient le dessus.
    Bon weekend.

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