Lundi de Pentecôte.

Plongée au pays de Kafka

images

La journée du lundi de Pentecôte est une journée de solidarité afin que jamais nous n’oubliions les quinze mille morts d’une année de canicule. Comme ces pauvres vieux et gentilles vieilles, victimes du coup de chaleur meurtrier d’un été torride, n’eurent même pas droit, en leur temps, à la plus petite minute de silence officielle, monsieur Raffarin nous pria de travailler gracieusement afin de rattraper cette bévue scandaleuse.

C’est bien dans la pensée habituelle de nos chers hommes et femmes politiques de nous faire payer leur incurie. Une journée à l’œil, un jour férié offert au patronat, c’était une belle entourloupe, une innovation de qualité de la part d’experts qui n’en ont vraiment que lorsqu’il s’agit de nous faire cracher au bassinet.

Puis, les années passant, le jour férié supprimé revint au galop. Les uns travaillaient quand d’autres devaient rattraper à un autre moment, une journée de travail, dite de solidarité . Quel magnifique cafouillage ! Mais il se trouve toujours de doctes discoureurs qui, malgré le bégaiement permanent de cette mesure, viennent nous expliquer les sommes mises à disposition de nos têtes blanches par l’entremise de cette savante combinaison.

Mais qu’importe ! En France on ne revient pas sur une idée lamentable surtout lorsqu’elle crée de formidables inégalités. Nous ne changerons jamais cette vaste fumisterie qui se moque de la logique et de l’équité, qui met en avant bien des stratégies honteuses pour échapper à la corvée et faire semblant de remplir ce nouveau devoir sans y toucher vraiment.

Moi qui ne fais jamais les choses comme les autres, j’ai travaillé le Lundi de Pentecôte, encadrant une sortie scolaire dont on m’a bien fait comprendre qu’elle était placé sur la double marque du volontariat et du bénévolat. C’est, il faut le reconnaître, une grande spécialité de l’Education Nationale, à condition que les personnels sollicités ne soient pas issus des corps les mieux rémunérés. Ne nous offusquons pas, c’est bien la particularité de cette maison d’attendre moins de présence de la part des gros salaires …

Comme je suis consciencieux et que je savais que le mercredi devait, en prime, (si j’ose utiliser cette formule) être travaillé, j’avais anticipé pour proposer une sortie vraiment pédagogique à une autre classe : en l’occurrence, un salon du livre pour enfants. Que nenni, la sortie en question ne fut pas possible car ce mercredi après-midi ne se fera pas avec les élèves. Il faut admettre qu’il est bien plus simple de tirer au flanc quand ils ne sont pas là, ces empêcheurs de somnoler en chœur !

Pour ajouter la farce au franchement comique, l’après-midi en question, consacrée à la concertation -cette vaste entourloupe du système- ne durera que deux heures. Les vieux n’ont qu’à bien se tenir : les enseignants n’ont pas trop envie de leur tendre la main, pas plus d’ailleurs qu’aux plus jeunes …

Cette fois, c’en est trop pour moi ! Je veux bien être pris pour une vache à lait, je le veux bien car j’ai encore, chevillée au corps, cette conception de mon métier qui justifie de travailler pour la seule gloire si elle bénéficie aux jeunes qui nous sont confiés, mais je me refuse à faire des grimaces et perdre mon temps en simagrées inutiles. Ma journée de solidarité, je l’ai faite vraiment, le reste ne me concerne pas.

Vous devez vous demander quelle mouche me pique. Certainement pas celle du sommeil qui ne fut pas mien lundi matin. Quand d’autres restaient benoîtement chez eux, mes collègues de sortie et moi-même ne mesurions pas notre peine et, je l’avoue, notre plaisir, à mener à bien un formidable projet. Mais j’aurais aimé qu’il fût pris en compte pour nous épargner cette parodie pour tous les autres.

J’agis sur le coup de l’exaspération tout en écrivant cela car j’ai la conviction que les enseignants contribuent grandement à la déliquescence du système éducatif par de petits comportements de la sorte. Le mien n’échappe pas à cette constatation mais je me refuse à être pris pour un imbécile heureux sur ce coup-là. Cette concertation de deux misérables heures se fera sans moi ; je me suis concerté avec mon sens de l’honneur et de la décence pour agir ainsi, tandis que mes collègues du primaire n’échapperont pas, eux, une fois encore, à l’injonction laborieuse.

Solidairement leur.

Publicités

A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
Cet article a été publié dans Agissons l'internet, C'est politique, L'école en questions..., Plumes de vies..., Questions de société ?. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s