Souvenirs d’un gars bien de chez nous.

Portrait ligérien

La Loire lui a montré la voie …

tireur-de-sable

Le petit José a six ans lorsqu’il arrive en France en 1956. Ses parents fuient la misère qu’impose alors un franquisme redoutable. Il pose ses valises, forcément en carton, en bord de Loire dans le quartier Saint-Marceau. Bien vite la rivière va devenir le point de ralliement de la famille pour la sortie du dimanche.

Son père, qu’il appelait Pépé, devint pêcheur dominical. Il avait fait du duit le royaume de la famille. Maria préparait la paella sur le pavé et avait un grand succès. À cette époque, existait encore le passeur du Châtelet qui conduisait à la « bourde » les promeneurs pour les laisser sur la digue. Il n’était pas rare que l’un d’eux profite du plat de la Mama.

José découvrit bien vite les joies de l’eau. Pépé surveillait son bouchon tandis que le gamin allait à l’aventure sous les arches, une modeste bouée autour d’un ventre, qui, a l’époque, était fort plat. Un jour qu’il se frotta bien trop près de la muraille, la bouée perça et le chenapan tomba dans l’eau. Il ne savait pas nager mais découvrit bien vite les rudiments de la nage du chien pour se sortir de ce mauvais pas …

Il venait d’être baptisé. Ligérien il était, homme-grenouille il allait être. Pépé et Maria ne surent rien de l’aventure, c’est du moins ce qu’aime à croire aujourd’hui notre José qui a conservé la petite tendance à cette exagération méridionale qui lui va si bien. Il se fit pêcheur de goujons en maitrisant la barbote, cette science du patouillage et spécialiste des barbeaux. Il renonça aux mulets quand il faillit s’étrangler avec une arête !

En 1962, le gamin avait grandi avec le diable au corps ; à l’époque un tireur de sable œuvrait avec sa toue au pied de la cale des Tourelles. Ce pauvre sablier, José n’avait de cesse de l’importuner ; l’homme, qui avec sa patte raide ne pouvait lui courir après, lui jetait des cailloux en l’insultant. Pour se venger, le garnement lui fit couler son embarcation. C’est pas bien joli tout ça !

José s’assagit à peine et dut franchir le pont pour se faire oublier un peu sur la rive opposée. Sa famille s’installa rue des quatre fils Aymon. C’est là qu’il connu les joies de la piscine de Loire et le passeur du cabinet vert : le brave Gaétan. C’est pourtant un peu plus loin qu’il choisit son terrain de jeux, du côté des Châtaigniers à Saint-Jean-de-Braye.

Il y avait alors la « plate » appartenant à la mère Paluche, surnommée ainsi à cause des battoirs qui tenaient lieu d’extrémités à ses membres supérieurs. L’embarcation était accrochée à un câble pendu au-dessus de la Loire et la bonne vieille s’en servait pour faire traverser ceux qui le voulaient. José et sa bande aimaient le soir décrocher la barque pour aller faire les fous sur le duit.

Il ne s’en tinrent pas à ce seul forfait, À l’époque, il y avait encore des pêcheurs aux engins. La troupe aimait à se mettre à l’eau à Combleux pour se laisser dériver jusqu’à la cale du cabinet vert où des comparses les attendaient en mobylette ( des vieilles blueus ….) Nos jeunes brigands n’oubliaient jamais d’emporter une grosse bouée : une chambre à air de camion, non par souci de sécurité mais pour commettre des larcins peu avouables.

Sur leur parcours en effet, ils levaient les engins des pêcheurs pour leur dérober les seules anguilles. Voilà un bien curieux choix qui s’explique par la présence au Châtaignier d’un estaminet : la Brêche. Fernande y tenait le bar et son cuisinier de mari, Serge de retour du Canada, était le grand spécialiste de l’anguille en matelote, le plat préféré de nos lascars. C’est encore sur le pont de la Brêche qu’il compta fleurette à une petite charlusette qui devint plus tard son épouse … Mais ceci ne nous regarde pas, il y avait déjà anguille sous roche.

Voilà comme a grandi en bord de Loire ce gamin venu de son Ibérie natale. La rivière avait fait de lui, un vrai gars de chez nous. Il se prit de passion pour l’eau, non pas dans son verre, rassurez-vous, mais comme élément de jeu. C’est lui qui encadre la sortie-plongée où je conduis, un lundi de Pentecôte, mes gentils élèves, ceux dont je ne parle jamais dans mes chroniques..

C’est durant la longue attente du car-le chauffeur, sachant qu’il revenait au collège avait tout bonnement oublié de se réveiller-qu’il me raconta ses souvenirs de Loire. Venu me voir lors d’un concert de LaBouSol , il savait bien que j’allais l’écouter d’une oreille attentive.

La Loire était, à l’époque qu’il m’évoquait, encore lieu de vie et facteur d’intégration. Par la suite, les interdits ont fleuri un peu partout ; on lui fit si mauvaise réputation que bien vite, les enfants n’eurent plus le droit d’y tremper le petit orteil. Il faudra bien du temps chez nous pour lever cette malédiction qui pèse encore, et plus que jamais ,sur cette belle dame Liger.

Diablement vôtre. 

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A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
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3 commentaires pour Souvenirs d’un gars bien de chez nous.

  1. C’est le plus beau fleuve de France mais tellement maltraité parfois.
    Ils sont beaux ces souvenirs, on a tous les siens avec l’eau, mon mari c’était l’Oise près de Noyon avec les péniches et moi une toute petite rivière qui s’appelle le Dom à Montdidier dans la Somme, elle était pleine de tétards mais aussi des sangsues.
    Amitiés.

    • cestnabum dit :

      claudielapicarde

      Grandir près d’un cours d’eau c’était alors une belle occasion de découvrir et d’aimer la nature, qu’importe l’approche que nous puissions en avoir

      Aujourd’hui le principe de précaution est tel que les enfants ne savent plus ce que c’est que de ce confronter à cet élément extraodinaire

      • Petite marrante dit :

        Oui, à chacun son cours d’eau et les souvenirs et poésies qui vont avec… Moi c’est la Seine que j’adore, la Seine parisienne avec ses ponts, sa nonchalance, ses multiples visages. Si j’aime de nombreux coins de France et m’y échappe des que possible, Paris et sa Seine restent pour moi un enchantement, pourquoi ne pas le dire !
        Bonne journée.

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